Sibylle philosophe sans gravité...

14 juin 2018

Idylle

danse

La danse est l’expression  des mouvements « sur l’abime » : en dehors de toute foi, hors-la-loi : un envol sans filet ..Une idylle des corps éveillés et des amours retrouvés.

Posté par Sibyllinne à 15:57 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

13 juin 2018

Stimmung

Certains esprits dépriment profondément, car terriblement sensibles au manque de lumière et de beau temps. Ce matin, je regardais dans le miroir ces grands yeux verts qui mangent mon visage et cette étrange silhouette d’adolescente éternelle.

Le reflet me convient et j’ai appris à l’aimer.Le printemps est toujours là me dis-je, malgré les giboulées.

Hier après-midi, une étrange nouvelle, surprenante, totalement inattendue…

Des mots sont là, posés sur le papier. Que disent-ils, tout ce qui fait mal, tout ce qui inquiète. L’intranquillité qui nous menace, qui creuse dans tous les humains, tous sans exception, les sillons de la souffrance. Construction–déconstruction : l’éternel retour du même, de la route de nos humeurs, de notre tonalité du vivre captive des turbulences des nôtres et de celles d’autrui.

Je commence à comprendre que l’équilibre est dans la convergence des forces, dans cettre dynamique, et faut-il oser le dire : dans ce champ où elles tentent de s’apprivoiser. Les images primordiales qui nous animent sont celles de l’enfance, elles nous chahutent parfois, nous réconfortent aussi. Inutile de vouloir les réactiver, de jouer avec elles, elles remontent à la surface des choses, des évènements, à l'envie.

Mais qu’est-ce qui fait le commencement de l’existence ?  Le verbe, l’action, non fondamentalement, c’est tout le pré-réflexif qui nous anime.

Hier encore, je dansais, j’évoluais dans l’espace avec ce corps qui sait si bien l’aimer, qui m’arrache à mon passé et me déploie dans l’a-venir. Danser c’est vivre l’instant « comme si la dimension humaine s'agrandissait en nous » pour devenir alors aimable tout simplement. N'est-ce pas là l'essentiel ?

équilibre

Posté par Sibyllinne à 15:38 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,
08 juin 2018

Intranquillité

-pessoa1

Certaines traductions en disent long…J’en veux pour preuve le titre du dernier ouvrage paru de Fernando Pessoa livre de l’inquiétude, de l’intranquillité ou que sais-je encore ?

Quel est donc ce fond amer qui ronge nécessairement le cœur des hommes, des poètes, des écrivains, des philosophes ?

D’aucuns s’acharnent à vouloir réaliser l’impossible, ils sculptent, ils imaginent leur image, ils la confondent avec une réalité qui jamais ne sera incarnée.

L’imaginaire et l’univers onirique combleront peut-être cette béance qui les nourrit et les tourmente. Fernando Pessoa affronte « son » réel : « Je ne suis rien. Ne serai jamais rien. Ne puis vouloir qu'être rien. A part ça, je possède en moi tous les songes du monde ».

Difficile projet, ambition ingrate, inadéquate qui sape toute assise d’une mer tranquille ou d’un rivage doux de l’existence.

Les mots de Cioran résonnent et lui répondent : « Je ne connais la paix que lorsque mes ambitions s'endorment. Dès qu'elles se réveillent, l'inquiétude me reprend. La vie est un état d'ambition. La taupe qui creuse ses couloirs est ambitieuse. L'ambition est en effet partout, et on en voit les traces ».

Faut-il s’échapper et fuir ce trou noir ? Pessoa s’aventure volontiers dans les intermondes de la création, du rêve aussi pour sentir mieux encore ce sujet inachevé, ce « je » qui est un autre.

Comment faire surgir cet être qui n’est pas le soi ordinaire, qui ne coïncide avec rien de connu mais de justement senti. Pessoa nous dit qu’il n’est ni dans l’acte d’écrire, ni dans le sujet qui lit, entre les deux peut-être.

Comment puis-je faire voler en éclats tous ces artifices pour libérer le « je » inconnu, le moi créateur ? L’hétéronomie du sujet est notre propre énigme. La réponse s’invente probablement en chemin.

Elle s’effectue et se vit au creux de cette insistance qui remonte comme un souffle, dans cette présence immanente où l’être et les choses se rencontrent et se réciproquent.

 

Posté par Sibyllinne à 16:04 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,
07 mai 2018

De quoi sommes nous faits ?

anti matière

Je lis un article d’un journal intitulé «  L’antimatière, clé du mystère de l’Univers ? ». Fascinant, lorsque l’on sait que l’Univers se composerait de 70 % d’énergie noire (elle est censée expliquer l’accélération et l’expansion de l’univers), à 26 % de matière noire ( elle expliquerait certaines irrégularités observées dans le mouvement des galaxies) et seulement 4 % de matière ordinaire.( Nous faisons partie de ces 4 %) . Ce qui signifierait que 96 % du contenu de l’univers demeurerait un immense point d’interrogation.

Des chiffres qui donnent le vertige et qui rappelle à l’homme sa petitesse, son infime place dans un un univers qu’il ne connait pas, qu’il ne comprend pas.

Gabriel Chardin dans son ouvrage «  L’insoutenable Gravité de l’univers » avance une théorie avec comme source première d’élément remarquable : l’action de l’antimatière : un mode miroir de la matière.

Mais pour étudier l’antimatière, il faut en fabriquer : la tâche est redoutable ! De quoi sommes nous réellement faits ?

 

Posté par Sibyllinne à 16:10 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : ,
06 mai 2018

Une familiarité

Gomera-1

Je ne connais pas de plus grand plaisir que de se sentir chez soi ailleurs. Il m’arrive de voyager souvent en terre ibérique sur des îles que j’affectionne tout particulièrement. C’est un sentiment étrange qui se dégage, qui m’anime à chaque fois. La langue de ces iliens est la langue de mes origines, de mes grands parents maternels. Elle m’est si familière, si affectueusement familière, c’est indéfinissable.  

C’est comme une remontée, une coalescence d’intuitions qui légitime ma présence en ces lieux connus ou presque déjà vus.

Ces îles sont délicieuses, étrangement closes et ouvertes sur l’infini océanique. Elles n’ont pas de frontières, de divisions territoriales, elles vous invitent à la marche, à la randonnée pédestre et offrent, sur leur point le plus culminant un magnifique belvédère sur leurs grandes et petites sœurs.

Chacune de ces îles est vécue et rêvée comme une belle évidence qu’il ne faut pas abîmer, que l’on ne peut pas oublier. Je les habite en poète, une façon de vivre et de voir intensément l’inutile et leur beauté naturelle.

Ce n’est pas un hasard si je les ai rencontrées, j’y retourne bientôt, c’est là ma véritable joie…  

Posté par Sibyllinne à 10:16 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , ,

05 mai 2018

La nature des choses

Montesquieu_b

Je ne cesse d’observer la société politique de notre temps et je ne cesse de croire qu’un tournant décisif a été franchi. D’une part, ce qui est remarquable est ce qui aujourd'hui happe l’humain dans sa totalité à travers sa nasse technologique de l’hyper relation du flux numérique et le nouveau visage du législateur, du Prince qui nous gouverne.

On ne peut qu’observer une verticalité du pouvoir ordonnée au grand tout de la finance mondiale mais sans la présence d’abscisse, sans une horizontalité qui modérerait l’exercice du pouvoir politique.

La loi n’est que l’expression d’une seule volonté humaine quasi divine, qui nie toute autorité naturelle qui pourrait surgir des rapports entre les hommes, rapport institué par la diversité des mœurs, des lieux, des climats, des coutumes et des desideratas les plus élémentaires.

Si Montesquieu s’intéressait à la nature des choses, des causes physiques, des êtres et à la  séparation du  juste de l’utile, le législateur d’aujourd’hui devient l’instigateur de cette variable qui irrigue tous rapports de force entre les hommes, entre les citoyens..En définitive, nous pensions être « rentrés » en société pour quitter l’état de nature, état de la guerre de tous contre tous, mais c’est précisément l’inverse qui s’est produit.

Locke et Pufendorf l’avaient déjà observé. Dès que la société se forme, nait un « état de guerre » entre les hommes et entre les nations. Les instincts les plus vils comme l’ambition et la cupidité sont exacerbés. Que reste t-il du bien commun, du bien vivre-ensemble ?

Les mots de Pascal dans Les Pensées et le chapitre intitulé : « la raison des effets »  résonnent encore : «  Ne pouvant faire que le juste fut fort, on a fait que le fort soit juste ».  Pourquoi pactisons-nous, quels sont les gains du contrat ?

Ne pouvons nous pas trouver un exutoire, un garde-fou pour nous prévenir de tout abus de pouvoir, inventer une norme, un pilier qui relierait enfin les deux valeurs que sont peut-être la modération et la vertu ?

Posté par Sibyllinne à 16:12 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , ,
02 mai 2018

Glissement solaire...

forêt

 

C’est près de l’eau et des forêts que j’ai le mieux saisi cette douce lenteur nécessaire à l’univers onirique. C’est une respiration nouvelle que chaque pore prend et souffle dans l’espace, dans les airs quelquefois contrariés aussi.

Les ombres de la forêt protègent ces jeunes jacinthes qui recouvrent la terre d’un habit de reine. Une lumière ambrée agite le feuillage, charrie des images d’une vie éphémère.

N’est-ce pas le familier, ici, que croise notre regard ? Celui qui hante nos rêves, notre pays natal.

Ce glissement en point de fuite sculpte l’image. Il nous happe et nous renverse vers un ailleurs devenu solaire.

 

Merci à Max pour sa contribution photographique , homme de talent et au regard de poète.

Posté par Sibyllinne à 15:34 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : , ,
30 avril 2018

Un manque de rien

Tantôt, on m'interrogeait sur la connaisance, l'exploration de mon désir...

Je ne connais personne qui soit à même de répondre à cette question. Si l'on considère que la satisfaction d'un besoin n'est en aucun cas la satisfaction du désir en question, du désir défini comme tel, comme étant le "désiré". En effet, il ne faut pas confondre la visée d'un désir ou plus précisément la satisafction d'un besoin avec "le désiré" qui lui excède tout objet particulier du désir.

Ce que désire fondamentalement le désir est une énigme si l'on tente de le circonscrire. Le désir n'est pas manque, car rien ne peut le satisfaire.Il est mouvement, tension, une incessante avancée vers ce qui fait un monde comme rapport à l'originaire.

Si le désir était la satisfaction d'un besoin, le désir sexuel s'etteindrait de lui même, il ne reviendrait pas. Ce qui signifie, que dans cette relation, l'autre, par le dévoilement de sa singularité devient une possibilité d'atteindre un monde, ce tout qui sous tend la totalité des choses du monde et qui conditionne leur présence.

Ainsi, lorsque j'aime une personne, il y a fort à parier que je l'aime parce que son monde me donne accès à un monde qui m'interroge fondamentalement, qui m'attire, qui sourd en moi, sans que je puisse savoir clairement ce dont il s'agit. Le savoir serait d'ailleurs mettre un terme au désir parce qu'il rencontrerait une totale satisfaction.

Ce qui met en route le désir, c'est cet irrepressible mouvement qui me mène vers le "là" de toute présence, vers ce qui la sous tend et la suscite comme fond commun à tous les choses sans en désigner une en particulier.

Posté par Sibyllinne à 12:31 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , ,
29 avril 2018

FIAT

"Une hirondelle ne fait pas le printemps" ( disait Aristote), non il faut bien plus que cela.

La qualité majeure pour apprendre à philosopher n'est pas l'intelligence mais le courage. Le "fiat" du courage, c'est d'initier cette vertu inaugurale qui nous permet d'entrer dans l'espace public et de faire évènement.C'est oser quitter sa maisonnée pour faire oeuvre publique par la lexis et la praxis.

C'est tisser les fils de la pensée, de sa pensée et de s'y risquer.

Clement Rosset l'a fait. Dans le journal du "Monde" de ce vendredi, un petit article de Roger-Pol Droit annonce la sortie du dernier livre du philosophe de la joie, un titre d'enfer ! : " L'endroit du paradis ". Trois études.

"L'endroit du paradis "c'est le réel, là où vivent les hommes, éphémères et fragiles..." ceux qui expérimentent la vraie joie et la profonde tristesse.

Posté par Sibyllinne à 19:52 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , ,
28 avril 2018

Un acte libre

Que revendique t-on lorsqu'on veut être libre ? De quoi parlons nous précisément ?

De l'excercie d'une souveraineté sur ses choix, sur ses actions, de la capacité que nous avons de ne pas nous soustraire à la volonté d'autrui ? Que sais-je encore ?

Sur le plan strictement individuel, c'est probablement ce vieux fantasme de pouvoir tout contrôler, de pouvoir se maitriser qui irrigue ce désir de liberté. Force est de constater que je ne peux pas tout ce que je veux.La tradition philosophique nous l'impose mais l'expérience s'y oppose.

Au delà du simple concept, la liberté c'est d'abord une expérience, un rapport qui se joue entre les hommes. Hannah Arendt l'exprimait clairement dans son étude sur l'agir politique et posait cette question fondamentale : comment pouvons nous être libres dans un monde qui nous précède ? Comment pouvons nous créer quelque chose de radicalement nouveau en dépit du passé, de cet héritage qui n'est précédé par aucun testament, aucun legs, aucun mode d'emploi .

Pour autant, certaines "actions" se dégagent avec une acuité somme toute particulière dans le continuum du temps, comme la naissance et celles qui font irruption avec d'autant plus de force que leur improbabilité d'ad-venir était infinie.L'action et la liberté sont intimement liées dans leur processus au point qu'un être libre est celui qui naît de ses "agirs".

Je me fais (re)naitre sous une forme d'idotie, de singularité agissante dans un monde nouveau, neuf, oserais-je dire, alors qu'il est dèjà toujours vieux.

Ambivalence de cete temporalité linéaire, voulue, tracée par les hommes qui souvent les accable.Du point de vue de la nature, cette marque temporelle est frappée d'inanité.Du point de vue de l'homme, il nous faut apprendre à penser cette insertion dans la flèche du temps comme un éclair qui peut frapper en tous lieux, à tout moment une terre aride qui deviendait fertile.

 

 

 

Posté par Sibyllinne à 19:58 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , ,