Sibylle philosophe sans gravité...

09 novembre 2020

Conscience de notre terre

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Cette crise sanitaire « inédite » nous invite à repenser sérieusement les liens ténus tissés entre l’environnement, le social et l’économique. Le premier est le point de départ de notre crise, puisque c’est en affectant plus que de raison notre écosystème que nous avons provoqué peut-être l’irréversible. La déforestation a entrainé le déplacement dans nos villes d’êtres vivants qui s’adaptent comme ils peuvent à leur mode de vie forcé. Ils ont donné naissance malgré eux au terrible virus qui nous oblige à être masqués.

A l’économie réelle nous avons substitué l’économie strictement financière. C’est une économie où l’on ne fait pas de l’argent en vendant des biens de première nécessité, mais celle où l’on fait de l’argent, avec de l’argent pour thésauriser à l’infini sur les intérêts des intérêts et pour le coup, qui ne servent en aucun cas notre intérêt principal, à savoir notre propre survie.

Tous les philosophes du contrat s’accordent pour dire que notre premier désir est de pouvoir persévérer dans notre être et ce, le plus longtemps possible. D’aucuns diront bien sûr et ce, a minima, mais dans quelle condition ?

Nous déambulons, tels des anti-héros, avec nos costumes de protection contre l’ennemi invisible le plus féroce, du moins officiellement, car l’instigateur de tout cela n’est personne d’autre que l’homme. Nous avons perdu la conscience de notre terre et de la vie qui l’irrigue. Nous sommes en train de nous courcicuiter dans tout ce qui est le plus précieux pour nous.

Le temps de la conscience est sans cesse remanié par le flot des autorisations, des interdictions que l’Etat décrète au fil des fluctuations des taux d’incidence du virus. Tout est morcelé, quantifié, presque chronométré dans nos espaces publics.Nous oublions de vivre dans tout ce qui pouvait constituer notre dignité, notre idée d'un bien vivre ensemble aussi.

J’envie les périodes où les personnes vivaient dans une temporalité plus lente, plus marquée par les astres du jour et de la nuit. Si je m’interroge sur la période dans laquelle je vis, et que je la regrette, une chose est certaine c’est que je suis dans ce temps, je suis de ce temps bien malgré moi.

Le plus beau reste t-il à venir ou bien est-il déjà advenu? 

Les dés du hasard ne sont pas encore retombés...

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04 septembre 2020

Un mercredi soir sur la terre

Orhy depuis Escurets

(Les Escurets - Photo de Démocrite non libre de droits)

Des notes de musique, des touches de peinture déposées çà et là par un soleil du soir. L’astre majeur glisse sur les lignes de crêtes, poudroie de ses éclats de lumière les monts à peine endormis.

Des successions de pourpres ceignent en harmonie le proche et le lointain. Les lignes de séparation s’estompent, fusionnent, irriguent la toile. Les perspectives se brouillent. C’est à ce moment-là que la nature sculpte, arrondie les reliefs et initie le tableau.

Par son imaginaire, le photographe capture cette texture éphémère du réel. L’esthète nait dans le creuset des choses mouvantes de ce coucher de soleil parce qu’il est en mesure de voir l’au-delà de la simple donnée de vision.

Et si c’était cela explorer l’invisible, ce qui, au fond sous-tend toutes choses, mais que nous oublions de voir..

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10 juillet 2020

L'ordinaire

Coucher de soleil

( Photo de Max Lerouge, que je remercie chaleureusement pour cet oeuvre)

Un ami me demandait tantôt ce que recouvrait pour moi l’ordinaire. De fait, lui répondis-je, la notion d’ordinaire n’est pas facile à circonscrire.

D’un premier abord, il faudrait peut-être fuir l’ordinaire. L’ordinaire comme tout ce qui s’apparente à la répétition, à l’ennui, au quotidien, à la domestication, à la conformité à l’ordre normal qui nous effraie.

Savons-nous pour quelle raison ? Nous questionnons rarement l’ordinaire parce qu’il nous sied bien quelquefois de ne pas aller au-delà, de ne pas nous interroger, cela nous arrange. Le « bel ordinaire » est ce rideau de la convention qui voile notre propre subjectivité. Il nous « protège » de tout investissement subjectif à l’égard de soi et d’autrui.

Là où le « nous » s’exprime, le « je » se tait, n’est-ce pas ?

Jeu de dupe dans la relation de soi à soi, de soi à autrui aussi, il nous éloigne de cette inquiétante étrangereté que le moi représente dans toute sa singularité. Nous ne pouvons jamais nous voir nous-mêmes ou sans doute nous ne voulons jamais nous voir.

Et pourtant, nous devinons en creux un idéal, une forme de sublimité vers laquelle nous aspirons à rencontrer autre chose, à rencontrer l’AUTRE. Quotidiennement, nous ancrons notre réflexion dans une manière commune du vivre pour ne pas que le navire chavire.

Et si c’était dans le tangage que le rayon du soleil qui se reflète dans l’eau était le plus éblouissant, le plus étincelant, le plus inédit ?

L’ordinaire se fond dans son usage, mais l’usage peut changer l’or-dinaire et devenir pour le coup : EXTRA… si vous voyez ce que je veux dire.

 

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17 février 2020

L'atlas de nos origines

Sierra de Salinas (1283 m)

Sierra de Salinas 16 février 2020 ( Photo de Démocrite non libre de droits)

Ce week-end aragonais fût un superbe moment de villégiature, au cœur de la nuit avec les soirées animées de Jaca aux mets délicieux et, de jour avec les randonnées vivifiantes du haut Aragon. Le Mont Oroel et la Pena de San Salvador se cotoyent dans la douceur du couchant.

La montagne travaille l’imaginaire,modèle nos pensées de matière cosmique. Nous découvrons au sommet d’une crête « Salinas viejo » une cabane qui protège bien des secrets, ceux-là mêmes peut-être d’une église cachée dans la sierra herbeuse et vallonnée, cisaillée par d'immenses roches ocres qui sculptent l'azur.

Sensations de verticalité dans ce décor majestueux au mystère colossal qui évoque à lui seul l’Atlas de nos origines.

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05 février 2020

L'amour

Ortega

José Ortega y Gasset

« L'état amoureux est un phénomène de l'attention, un état anormal de l'attention qui se produit chez l'homme normal ». (José Ortega y Gasset «  Etudes sur l’amour »). Etrange définition de l’amour que celle d’Ortega y Gasset car il reste à explorer cette notion on ne peut ambiguë de la norme.

Ce matin, à la radio une « spécialiste » sociologue de l’amour apportait elle aussi sa contribution sur une tentative de définition de l’amour. Est-il nécessairement intéressé, c’est-à-dire relié à des visées pécuniaires ? Est-il relié à un besoin corporel, c’est-à-dire strictement sexuel ?

Les femmes, dit-elle, sont beaucoup plus enclines à une relation d’ordre sentimental alors que les hommes tomberaient dans un «  état » émotionnel beaucoup plus changeant, aléatoire, peu pérenne avec des moments de frénésie, difficiles à qualifier en vérité. Je me demande si cette notion a un sens et ce qu’elle peut recouvrir. L’amour auquel on tente de s’accrocher est probablement idéal, mieux ou pire : simplement idéel. Quel est donc son degré d’existence ?

L’impossible relation à l’autre dans une parfaite réciprocité, la difficile corrélation à l’être « aimé-aimant » ne sont-elles pas des obstacles à l’atteinte de ce sentiment.

Ici l’amour propre et l’amour de soi se combattent dans ce désir de vivre, dans cet instinct vital et probablement, osons le dire, dans une forme d’idolâtrie de soi.

L’homme est comme souvent, à lui-même son propre tyran.

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12 décembre 2019

Décélération

accélération-de-particule-

 

Que sommes-nous au regard de la fuite de l’accélération universelle de ces milliards de galaxies ? Notre hyper activité à l’échelle planétaire représente un immense accélérateur de particules qui nous rapproche semble-t-il du néant. Nous partageons la même généalogie cosmique depuis le plus petit insecte à la plante microscopique qui se dresse sur les plus hauts plateaux et pourtant nous nous battons encore et toujours contre nous-mêmes.

Que cette espèce humaine est étrange et masochiste à vouloir à la fois se perpétuer dans son être et écraser ce qui lui ressemble le plus et qui relève de sa propre survie. L’homme fier de sa toute-puissance se conduit comme un guerrier invincible, imbécile aussi. Nos passions nous dominent et nous privent de l’essentiel, comme savoir accueillir le simple, l’immédiateté d’une perception et se laisser faire dans le rythme indolent du vivre.

J’ai de plus en plus de mal à m’impliquer dans les affaires humaines, car je finis par trouver cela tellement dérisoire, tellement inutile et vain. C’est une impression étrange que de se sentir extérieur à ce que l’on observe tout simplement parce que l’on n’y croit plus ou que cela ne nous importe plus.

La facticité et l’absurdité de l’existence ne sont plus à démontrer, reste alors peut-être la jubilation.

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11 décembre 2019

PRISME

ferme

 

La maison est notre univers intérieur, notre monde onirique, un lieu immémorial où dansent les souvenirs d’enfants. Elle est ce cosmos où scintillent ces éclats de rires, de larmes et de réconforts.

Je me souviens de ces moments où fumait la cheminée de la ferme de mes grands-parents, ardents travailleurs de la terre. Le givre déposé sur les vitres provoquait une belle intensité avec les flammes de l’âtre. Dans la cuisine, la cafetière chuintait et distillait un merveilleux arôme. A l’entrée, un escalier en bois menait au repos. On vivait dans l’intuition de l’instant.

Je sentais souvent chez ma grand-mère le souci du mauvais temps et de ses aléas qui pouvaient réduire à néant tout leur labeur. Mon grand-père, brillant et d’une intelligence rare, était très taiseux. Sans doute était-ce le fruit des évènements de son passé. Il trouva sa mère morte dans la chambre un matin, probablement une crise cardiaque. Son père lui aussi, mort à la guerre. Il se retrouvait seul, enfant unique à quatorze ans pour s’occuper de la ferme. Il fallait alors devenir un homme.

Certains évènements vous font grandir très vite, trop vite. Tout s’accélère et ce, avant même d’avoir vécu votre jeunesse. Le réel fait irruption, fracture votre existence, gomme ces sourires d’enfant et vous somme de faire face.

A neuf ans, j’ai pris conscience de l’absurdité de l’existence, de cette quête d’un sens qui n’existe pas, de l’absence fondamentale de liens en vérité.Tout s'inscrit en pointillé, ce sont les espaces qui donnent une tonalité, qui échappent à la raison et à la volonté.

Reste l’écriture et les petits soleils qui osent vous surprendre lors d’une journée de pluie. Ces gouttelettes flattent la lumière, colorent le réel et bariolent le cœur de mille intensités.

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05 décembre 2019

Le lien

lien

Tantôt, j’assistais à une intervention somme toute remarquable sur la question de la laïcité selon Catherine Kintzler. Dans sa présentation, je fus séduite par l’un des axes de sa pensée.

Celui-ci s’exprimait dans la question de la nature et de la forme du lien rendant possible l’association politique. En effet, ce que l’on trouve au fondement de toute société civile, c’est bel et bien « le pour quoi » et « le comment » d’un ensemble de libertés singulières qui souhaitent pouvoir co-exister au sein d’une même communauté. Toutes les théories du contrat posent le même axiome : les hommes s’associent parce qu’ils veulent que la reconnaissance et l’effectivité de leurs droits soient reconnues et garanties.

Pour autant, se dessine un moment singulier d’avant le contrat.

Ce moment là c’est l’instant « zéro », c’est-à-dire le règne d’une neutralité axiologique, d’une convergence de désirs, d’agrégats volitifs qui s’orientent vers les mêmes lignes de force pour donner corps à une assemblée. Pouvons-nous seulement le concevoir ?

A ce stade-là, on ne peut pas revendiquer d’identité politique, ethnique, religieuse, mais simplement l’assurance de faire partie d’un corps de citoyens qui sera constitué par des règles communes. J’avais envisagé ce schéma dans mon travail sur Thomas Hobbes et la question de la démocratie, une sorte de démocratie originaire non décidée et officiellement anomique..

Ce qui apparait comme une évidence ici, c’est qu’il y a quelque chose qui nous unit, qui nous réunit : un lien « ante-politique » au sens d’une non-appartenance à un type de régime politique particulier et qui plus est religieux.

Ce lien, sans référence aucune à une quelconque transcendance ou frontière de pensée, est toujours en cours et doit être réactivé pour juguler les batailles, les clivages, ou toutes sortes de tentatives d’enfermements communautaristes. Ce lien est constitutif de notre « essence »probablement parce qu’il nous évite de faire face à cette incapacité que nous avons à être seul, à ce besoin « d’être-avec » et de savoir-vivre parmi nos semblables.

La question principielle demeure : comment trouver le moyen idoine pour le faire perdurer ?

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02 décembre 2019

"De l'incon-venant"

lassitude

 

La lassitude est une étrange compagne, si familière, quelquefois sourde, mais toujours là.

Est-elle affaire de connaissance trop sue, trop perçue, trop vécue ou bien est-elle le fruit d’une décision qui affleure çà et là à la surface. L’achèvement de quelque chose se fait voir, peut-être pour commencer quelque chose de nouveau. Elle s’inscrit comme un pouvoir de métamorphose des êtres, des choses, une meta-representation.

Hier, tandis que je marchais dans une forêt saupoudrée des premières neiges, face aux géants rocheux, je sentis plus que jamais ce sentiment d’insignifiance de l’existence. Ce que je percevais me renvoyer à mon for intérieur, hors du temps, hors de toute spatialité objective nouée dans le secret de ma chair, de ma naissance aussi, il y a si longtemps.

 

Les sensations se dilatent pour rejoindre in fine l’immémorial. Ces parfums de l’ailleurs sont des filets qui ne retiennent rien. C’est un fait, les mailles s’effilochent avec le temps. Nous sommes les prisonniers de deux lignes de forces à l’opposé l’une de l’autre, et pourtant c’est dans ce tiraillement qu’il nous faut exister.

La question de l’unité revient comme un boomerang, comme cette volonté de réduire ou supprimer ce difficile antagonisme.

Et si ces deux chemins n’en faisaient qu’un pour s’ouvrir à un monde nouveau : rien d’autre que NOTRE monde, celui dans lequel nous croyons vivre. Ironie du sort, une pensée cioranesque  surgit comme une forme de réminiscence de «l’incon-venant d’être là ».

 

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30 août 2019

Naturellement vôtre

Crête du Lion

Crête du lion ( Hautes-Pyrénées pHoto de Démocrite non libre de droits)

Très beaux séjours de Démocrite et Sibylle ici et là cet été. Des plaines gersoises aux montagnes pyrénéennes espagnoles et françaises, nous pûmes vagabonder sur des sentes fleuries d’iris, de Joubarbes et d’orchis… Comme le dit le poète, philosophe aussi « On cueille de telles fleurs dans les œuvres de Novalis, de Shelley, d'Edgar Poe, de Baudelaire, de Rimbaud, de Nietzsche ».

Ces petits jardins de montagne agencent les couleurs, suggèrent des nuances nouvelles qui abondent notre imaginaire. L’âme souffre de ne plus pouvoir rêver au gré de ses envies, et de ne pas pouvoir s’oublier plus souvent.

J’observe ce pas sûr et ancré qui m’ouvre la voie. Il modère mon rythme toujours trop rapide de mes pas impatients. Ces éclats de ciel d’un bleu profond et marin humidifient les monts, sculptent leurs flancs. Le bel atomiste capture l’instant de ce tableau de maitre, sans pinceau ni toile de lin, juste l'inscription de lignes parfaites.

Pic de Bastan

Pic de Bastan (Parc de Néouvielle- Photo de Démocrite non libre de droits)

Les mots d’un vieux monsieur résonnent…

 

En rêvant près de la rivière,
j’ai voué mon imagination à l’eau,
à l’eau verte et claire,
à l’eau qui verdit les prés.
Je ne puis m’asseoir près d’un ruisseau
sans tomber dans une rêverie profonde,
sans revoir mon bonheur…
Il n’est pas nécessaire
que ce soit le ruisseau de chez nous,
l’eau de chez nous.
L’eau anonyme sait tous mes secrets.
Le même souvenir sort de toutes les fontaines.

(Gaston Bachelard)

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