Sibylle philosophe sans gravité...

14 février 2017

Le Phénix

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La musique immatérielle par essence, est une force qui interrompt le flux continuum du temps. Elle fait irruption dans nos sens, bouleverse, irrigue nos émotions. Le plus beau signifiant acoustique reste en deçà ou en dehors de toute portée musicale. La musique semble jouer contre ces sons articulés, enfermés par la langue. Elle murmure tout ce qui est caché, elle crée, libre, insoumise les écarts d’un battement de cœur au rythme irrégulier et puissant. Les dimensions spatiales s’abolissent, s’évanouissent, s’effondrent aussi.

Les pieds brulés par le Phénix, le danseur se soulève. Il invente un espace, celui que son corps éprouve, sculpte dans un demi-soupir, dans une clé « hors sol », une ronde blanche : le clair-obscur de son âme.

 Ces notes qui sourdent en moi, où je m’abandonne enfin, ne font-elles pas danser le monde et ses mystères, sans bruit et sans fureur ?  

 

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31 janvier 2017

Ainsi volait Zarathoustra

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La tristesse peut nous prendre lorsqu’on se sent blessée par des paroles ou des actions ressenties comme injustes. L’âme, momentanément ébranlée s’émeut, bascule dans le vide. Renversement et naufrage sur l’île de Tsalal.

Puis, une petite voix résonne qui se veut rassurante. Dans le fond, tout cela ne m’appartient pas, ne me concerne pas.  Si de l’autre côté de l’horizon le ciel s’assombrit, je ne suis pas responsable des ires de Zeus..

Je ne crois pas en la vérité, je ne la cherche pas. Ce concept est une coquille vide car, trop souvent adossé à une volonté de puissance et de reconnaissance. Transmutation des valeurs, éternel invariant théorique..que nous voulons figer. Nous parlons et vivons tous à partir de notre histoire, de notre vécu, alors quel serait le référent qui pourrait évaluer la dose de vérité enfouie en chacun de nous.

Ce que je sens, ce que je sais est discret, infime, presque imperceptible et très humble. L’habitacle de mon cœur protège ce bien le plus précieux celui de mon intimité terrestre et secrète.

Je marchais tantôt dans la neige lumineuse, éclairée par un beau soleil d’hiver. Les ailes d’un grand corbeau s’étiraient, se frottaient aux ascendances, ses trilles cisaillaient les nuées. Je le regardais avec admiration et bienveillance : le mage de Zarathoustra peut-être ?

Une sensation de paix illuminait ma volonté, tandis que mes pas réassuraient mon être, cicatrisaient ma peine, mes mains sculptaient l’azur.

Le gîte immémorial de mes respirations et de mes souffles évanescents renaissait enfin.

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18 janvier 2017

AGENCEMENT ENIGMATIQUE

Heraclite-et-Democrite

( Heraclite et Démocrite)

Ce que les grecs nommaient LOGOS se joue dans la relation entre le « ouir » et le « dire », c’est à dire une parole à la fois sonore (du point de vue linguistique) mais qui crée également des résonnances au fond de chacun de nous, puis, surgit simultanement un dire qui n’a plus rien avoir avec le dit mais qui fait signe vers et « qui ne va pas sans dire ».

La chose pensée elle-même n’est pas dans l’énoncé, dans ces épousailles conventionnelles entre le signifiant et le signifié, ce qu’elle recouvre précisément échappe à toute saisie conceptuelle. Le legein semble fréquenter un autre champ sémantique comme celui du legs, il serait le dépôt de quelque chose (modulation du terme Legen en allemand, mettre , poser ?).

Si nous acceptons de cheminer sur ces pentes, ce legs, ce dépôt serait peut-être beaucoup plus riche que ce que suggère son sens premier. Il serait peut-être judicieux d’envisager ce legs comme un terreau qui préluderait à toute récolte dont la cueillette à venir s’incarnerait dans le dire.

Cette cueillette est un recueillement vers l’originaire, une « conversion » ou tournure du regard. Ce qui parle à travers le langage, et ce, au-delà de toute vocalisation, c’est l’empreinte que nous avons, mieux que nous VIVONS du présent « d’un avoir été » en prise directe avec son "ad-venir".

L’eau de la fontaine coule, l’écoulement est sonore (révélation), mais son murmure (recel) suppose que nous sachions être dans l’écoute (Αλήθεια.), dans l’entente avec le logos.

« L’un est toutes Choses » : un agencement pour le moins énigmatique.

 

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16 janvier 2017

AVALANCHE EN OSSAU

Aneou

Photographie de Démocrite ( non libre de droits)

 

Je découvre dans la presse du jour qu’un « collègue-ami » montagnard, skieur et alpiniste confirmé a été héliporté ce week-end. Parmi ses quatre compagnons de route on compte une victime. Nicolas lui, sera tombé en hypothermie. Heureusement, il survivra. Il partait randonner face au cirque d’Anéou. Pour ma part, j'éprouve une curieuse sensation. Ce site est d’une rare splendeur lorsque le soleil ose taquiner ses courbes herbeuses ou enneigées. Les isards guettent le visiteur du soir, de fin d’après-midi aussi.

Je n’ose imaginer ce que l’on peut ressentir enfoui sous des mètres de neige.

Avalanche en Ossau.

Les yeux se ferment, tandis que résonne, frappe dans l’antre du vivre chaque battement de cœur. Les perceptions s’endorment, s’épousent l’une et l’autre pour se confondrent dans un sommeil sans âge. Le temps nous engloutit minute par minute. La neige immense sculpte des sarcophages qui progressivement s’effacent.

Avalanche en Ossau

Le sommeil attendu n’est pas sûr. Une sonde descend, heurte une masse qui bouge. Le néant s’échappe en terre inconnue. N’était-ce donc que cela ? Ne pas se rendormir, non surtout pas.

Sous les paupières lourdes et glacées qui peinaient à s’ouvrir, naissait d'un coup la plus belle des aurores.La toile épaisse de cristaux soufflée par le vent permettait d'exhaler de nouveau les fragrances hiemales.

Avalanche en Ossau

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29 décembre 2016

ENTENTE

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(Ordessa-Photo de Démocrite non libre de droits)

Cheminer évoque une certaine dynamique celle de mes pas, de mon esprit, de mon imagination aussi. Cela sent bon ces petits chemins muletiers des montagnes où coulent dans une gorge profonde des eaux cristallines. Dans sa coquille diaphane, mon corps se joue des nébulosités aériennes.

A flanc de montagne se dresse une grange, vieille maison de pierres où vont et viennent la rosée et l’étoile. Un petit visiteur au regard curieux profite des lieux pour saisir quelques baies. Son pelage brun demeure un abri..

Le murmure du vent, le fracas des rochers lorsqu’ Eole les pousse surprennent le caprin, mais ne l’effleurent jamais. Il dresse ses oreilles, il incline sa tête, écoute le melèze verdir.

Il entend déjà la sève qui annonce le printemps. Ici, les parfums du silence résonnent

 

 

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12 décembre 2016

Le Flux

 

« La route qui monte et qui descend est une seule et la même. » Héraclite.

Belle et juste paroles qui battent en brèche toutes nos interprétations, nos représentations quotidiennes de la réalité mondaine. Nous légiférons sur les actions de nos semblables et nous préjugeons de la nature des choses en appliquant le prisme de la distinction, de la séparation, d’une pseudo détermination qualitative. Le règne du désespoir.

  Nous apposons des notions de contrariété sur des éléments qui n’en recèlent aucune si ce n’est celles, on ne peut plus artificielles, de notre logique discursive, formelle ou mathématique.Toute la difficulté vient de cet attachement viscéral à nos valeurs dites « sûres » du monde comme volonté de nos représentations.

  Récemment, un ami me disait en relisant quelques fragments héraclitéens ceci : «  j’ai peut-être l’âge d’un homme mûr qui avance pas à pas, mais ce même pas qui me porte à cet instant n’a pas plus de valeur que le précédent ou que le suivant. La jeunesse et la vieillesse ne s’excluent pas l’une et l’autre mais participent d’un seul tenant au flux continuum de l’existence, à la présence muette des choses. Je suis à moi même tout ce que je suis à cet instant, ici la conscience jugeante se délite, se fond dans l'un-multiple, dans l'in-distinction.

Heraclite

 

 

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29 novembre 2016

IVRESSE D'ENFANT

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Réminiscence de parfums d’antan, la commode, le lit et les armoires d’une maison de campagne. Des bouquets de lavande glissés entre deux draps embaument la chambre au plancher verni. Les branchent du cerisier rient à la fenêtre. Elles tendent leurs clochettes aux grenats délicieux.

La sieste des aïeux est d’une grande attente. L’arbre devient un nid pour des papilles d’enfant.  La maison endormie soustrait à tout regard l’escalade interdite à de petites jambes, des mains habiles aussi faites pour cueillir. La prise est aisée. Les bigarreaux égarés, cerises douces et mûres à souhait, tombent dans ce gosier plein de gourmandise.

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28 novembre 2016

LA DOXA

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Depuis quelques générations maintenant, la politique politicienne occupe, monopolise la scène médiatique avec tous ces discours « PRIMAIRES », insiste sur les tractations, sur le ralliement d’un tel à un tel et autre petit calcul pour ex- futurs ministrables. De fait, la politique se joue de l’opinion, la manipule, la retourne, la phagocyte par medias interposés.Nous avons perdu le sens, celui de notre propre réalité qui n’est plus reliée à l’épistémè, à la vérité mais à la doxa défigurée, reniée.

Le politique comme exercice du pouvoir si singulier qui reposait sur la pluralité : d’êtres égaux mais non identiques est tombé dans l’oubli. Aujourd’hui, l’homme politique se prend pour un dieu, pour un surhomme, à ceci près que lui revient souvent en pleine figure son caractère faillible.

Précisément, c’est parce que nous sommes faillibles que nous devrions être capables d’entendre ce que l’autre peut avoir de juste à dire mais aussi de discutable. Si la doxa se définit comme étant le monde tel  qu'il m’apparaît à moi comme individualité, cela n’est pas répréhensible, en revanche ce qui le devient c’est d’ignorer l’autre dans sa perspective tout aussi singulière du monde.

Nous accordons des droits spéciaux pour le faux et le mensonge, nous réduisons la doxa non pas au frottement de perspectives différentes mais à la construction d'un bloc unilatéral d’un parti, une pensée unitaire, uniformisée. Artefact inespéré comme étant un produit scientifique parfait.

Existe-il un résultat en politique, à l'exception de celui des soirées électorales, autrement dit une science de la praxis (de la gestion des affaires humaines) qui pourrait prétendre s’asseoir sur des fondements inébranlables ?

Une science politique dites-vous ?

Quelle prétention, lorsque l’on sait d’ores et déjà que toutes les actions s’arriment sur des changements perpétuels : les passions, les inclinations, les idées, les rêves voire même les hallucinations.

Raison pour laquelle en politique, il nous faut tenter d’agir en commun, non pas pour chercher le consensus mais pour apprendre à se mouvoir dans l’exercice du conflit, de la joute intellectuelle et de la contrariété des passions.C'est là tout un art qui reste encore  à inventer peut-être...

La véritable doxa deviendrait alors cet « apparaissant commun » qui se structure au bout du bout comme l’expression de l’ensemble de volontés singulières, qui pour le coup n'a rien de "génerale."

 

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23 novembre 2016

Lignes de force et de vie

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Photo de Démocrite ( non libre de droits)

Comme il est heureux de pouvoir partager avec son compagnon de route ou plutôt de « dé-route » le plaisir d’écrire sur ce que chacun de nous vit, éprouve dans nos échappées belles…

Ses talents d’esthète et de philosophe sont multiples : la photographie, l’écriture empreinte de ses sensations vives, joyeuses ou douloureuses, portée par son rythme sur les ondes de Démocrite, institue des images jamais inertes, jamais muettes. Au bout du bout, une forme jaillit, ontophanique car intime et relayée par la chair.

Ses photos, variations perpétuelles d’une mobilité insaisissable, fuyantes à tout regard conventionnel, explosent et dilatent toutes nos dimensions. Le granit hâlé sous le soleil couchant murmure à l’âme sentinelle. Quoi ? L’éternité… 

A cet égard, la publication récente du "numéro un" de la revue "Passe Murailles" (http://blog.lamaisondelamontagne.org/post/2016/08/Soutenez-le-N%C2%B0-1-de-Passe-Murailles-Financement-participatif ) est probablement le lieu de notre concerto à quatre mains et plus encore, d’une myriade aussi  de petites plumes de fées d’orfèvre ( plus de quarante contributeurs).

Elle est aussi une douce invitation à lever l’ancre, à côtoyer avec humilité le tellurisme, de faire songe, de faire rêve en retrouvant l’originaire.

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15 novembre 2016

L'envol

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 (Tendenera - Photo de Démocrite non libre de droits)

Au fur et à mesure que mes pas gravissent ces pentes, je quitte les pins sylvestres pour rejoindre les steppes aragonaises. Libre, je dirige, automnale, ma voile vers les crêtes effilées du Mondoto. La peau de cette montagne respire. Sous mes pieds ses herbes dorées s’agitent. Elles me soulèvent et me transportent vers le bleu de l’azur qui rit à cette terre chaude d’ocres subtilement entremêlés.   

A flanc de montagne, fleurissent les gemmes : émaux et silices discrets d’une terre chamotée. Leurs reflets caressent la surface de mes yeux éblouis. Les formes s'évanouissent, se troublent et se perdent pour épouser enfin, l'invisible éther..

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