Sibylle philosophe sans gravité...

13 septembre 2017

Plurivers

sans-titre

Hier soir sur les ondes d’un célèbre canal audiovisuel fût diffusé un reportage sur Titan l’un des plus imposants satellites de Saturne. Défile au grès de l’émission tout le périple de la sonde Cassini- Huygens, près de 8 milliards de kilomètres parcourus avant sa descente dans l’atmosphère du satellite.

En deçà des anneaux de glace de Saturne et sous les brumes de Titan, on découvre ce que « nous humains » nous reconnaissons comme étant une mer, des lits de rivières, des lacs de méthane. L’astrophysicien décèle à travers des champs magnétiques, à travers des poussières aussi un véritable écosystème : un espoir, une découverte, une forme possible de vie ?

Au-delà de cette pluralité des temps, des mondes : que sommes nous, nous pauvres humains avec toutes nos considérations personnelles, nos préoccupations quotidiennes ? Il existe un tel décalage entre nos représentations et le reste (de ou) des univers que nous apparaissons d’un coup comme des petits êtres nombrilistes.

Ne serait-il pas bon ou opportun de revisiter nos modes de temporalisation, de représentation devenus complètement hétérogènes à l’échelle de l’univers ?

Comment se défaire de toutes ces catégories d’hominisation ? Une chose est certaine, plus les scientifiques tentent de « co-naitre » c'est à dire dans l’absolu de « naitre avec », de pénétrer les origines des structures gazeuses, liquides, solides qui composent les éléments de notre galaxie et plus nos valeurs, nos repères deviennent obsolètes, inadaptés...Certes, cela force notre inventivité avec la création de nouveaux paradigmes, mais jusqu'où sommes nous prêts à renoncer, à nous défaire de nos schèmes de pensée ?

Pour autant, reste un point d'accroche, la fin de notre existence demeure comme un critère à partir duquel tout commence ou tout s’arrête, c’est selon, mais là encore émerge une « réalité » qui ne vaut que pour nous.

 

 

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25 août 2017

Une boucle nouvelle

 

souvenir

Qu’est-ce qui fixe le souvenir, cet instant vécu plutôt qu’un autre ?  Nous retenons semble-t-il la durée plutôt que l’instant qui sautille, qui hésite, mais quel est le pinceau qui trace et dessine les lignes mnésiques ?

Je ne crois pas possible de revivre un retour de l’instant à l’identique, car il est toujours empreint de l’imagination post évènementielle qui colore les tableaux du passé. Ceci explique sans doute quelquefois le sentiment de déception lorsqu’on retrouve des lieux d’antan où l’absence de tonalité affective qui ébranle l’instant présent.

Pourtant, l’âme humaine tisse des liens avec le monde, avec autrui et les lieux qui l’ont vus grandir devenir elle, mais elle est incapable de réactiver l’émotion de jadis source de joie ou de peine.

Faut-il habiter sa mémoire en poète et vivre à la lisière du souvenir si l’on veut être libre de son passé, qui à coup sûr ne reviendra jamais...

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28 juillet 2017

Terres natales

Haguenau

Hagenau

 

« Les songes descendent parfois si profondément dans un passé indéfini, dans un passé débarrassé de ses dates, que les souvenirs nets de la maison natale paraissent se détacher ». (Bachelard).

Pour autant, quelques effluves remontent, transpirent à des moments inattendus, si peu choisis dans l’existence.

Nous partons cet été dans le Nord Est de l’hexagone : terres rondes et natales de mon Démocrite et d’un certain « jardinier philosophe » qui nous accompagnera aussi dans ce périple. Après tout ce temps, oui tout ce temps…je sens de l’émotion dans leurs yeux  humides et joyeux, dans leur voix pétrie d’impatience et de doutes…

Que vont-ils (re)trouver, découvrir ?

Le souvenir de l’origine, de l’enfant qui courait dans la ferme, qui s’amusait avec les chiens. Le regard protecteur et toujours bienveillant de grands parents là, oui bien là. Mouvement circulaire et inédit du temps. Les souvenirs rêvés tels des bourgeons se mêleront sans doute à la nouveauté du moment et tenteront une belle ramille. Le parfum des vignes libérera l’espace nécessaire à cette imagination « recréatrice » d’une matière douce et tempérée, celle des trésors de l’enfance.

Les mots de Rilke résonnent encore : « Gain d’espace. Combien parmi ces places des espaces furent déjà à l’intérieur de moi-même. Plus d’un vent »…

Belles vacances à vous tous chers lecteurs,

 

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29 mai 2017

SONABIA

Sonabia calanque_

(Cantabrie : 27 mai 2017 - Photo de Démocrite non libre de droits)

Très agréable séjour en Cantabrie avec mon atomiste. Loin du Béarn et de sa chaleur caniculaire, nous nous posons dans un petit paradis des mille et une nuits lové dans un jardin d’Eden.

Là-bas, tout se prête à flâner, à se délasser au milieu des citronniers, des amaryllis et des cordylines. Au crépuscule dansent les nymphes.

A quelques vols d’oiseau, respire l’océan tandis que sur la grève l’écume dépose ses baisers. Il me semble voyager dans le pur éther des courants ascendants. L’océan à flanc de montagne livre des contes avant de susciter des rêves.

Le son de l’océan projette des visions : des orchis, des glaïeuls fauves naissent au creux des nuées. La roche sauvage sculptée par l’air salin offre aux crabes caillou un abri plutôt sûr.

Sur le sable, les gemmes sont des étoiles. C’est un ciel inversé qui vibre et se dessine sous l’écume des jours et des nuits.

 

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20 avril 2017

Sans pour-quoi

Librairie

(Librairie de Montaigne - 15 avril 2017- Photo de Démocrite non libre de droits)

Splendide week-end montaignien en bonne compagnie. Un atomiste ému par l’antre du philosophe ne retient pas sa joie et son plaisir de se trouver dans ces hauts lieux, où Michel Eyquem, seigneur de Montaigne, commit ses «  Essais ».

Sur les murs de sa librairie (1571) dont la figure est ronde , un texte magnifique sur l’amitié est accroché. Une amitié rare, voulue par le destin peut-être, quintessence et naissance d’une relation unique entre Etienne de la Boétie et Michel de Montaigne

 

lettre à Boétie

(Librairie de Montaigne - Photo de Démocrite non libre de droits)

 

Nous étions juste de passage dans cette Tour du « Maître ». Tout était fait à sa dimension. Les aiguilles du temps de l’horloge semblaient tourner en sens inverse pour remonter le temps.

Notre présent s’oublie, s’effondre et coule dans ces mots de sentences latines et grecques sculptées sur les poutres et les solives du plafond.

De quoi peut-être nous rendre plus humbles, mieux avisés, êtres de surface que nous sommes quant à ce qui nous obsède, souvent « sans pour-quoi » et qui nous dépossède de l’essentiel.

 

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14 avril 2017

VERTIGE

vertige

La probité et l’honnêteté supposent une forme de courage extrêmement rare. Voilà des qualités qui semblent être en voie de disparition. J’aime à penser que pour bien connaître autrui, il faudrait pouvoir pratiquer plusieurs niveaux de réduction, à l’instar de la méthode phénoménologique.

C’est un fait, le noyau eidétique, celui qui apparait après avoir soustrait une à une toutes les couches superficielles qui recouvrent chaque personne, peut être l’occasion d’une découverte radicale, au point que ce que l’on croyait être vrai depuis si longtemps ne s’avère être que de la supercherie.

Le culte de l’apparence qui occupe le devant de la scène publique, privée aussi, néantise toute possibilité d’approche et de relation authentiques.Il nous rend aveugle, insensés que nous sommes. L’essentiel étant le paraître, c'est-à-dire : ce qui sert pour davantage plaire, luire et reluire.

Cela donne envie de fuir sur une île déserte. Presque toutes les relations qu’elles soient politiques, amicales, que sais-je encore, sont hélas contaminées par cette peste noire.

Où sont passés les hommes de bon sens, de bons sentiments qui œuvraient pour les idées, pour des projets communs, et capables de construire un tissu relationnel sain.

L’innocence comme le mal s’enracinent dans l’homme moderne concret et total. La première semble appartenir au mythe, la seconde est aujourd’hui devenue affaire courante. Que vaut la nature humaine si nature il y a ?

Pour l’heure, je suspends tout jugement car il pourrait être amer : vertige de ma liberté de conscience.

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11 avril 2017

ENBATA

Jaizkibel occident

(Jaïzkibel - Photo de Démocrite non libre de droits- Dimanche 9 avril 2016)

Splendide phénomène météorologique que les basques nomment selon leur enracinement géographique : Enbata, brouillarta, Galerna sur la côte cantabrique. L’entrelacement aérien de l’humidité et de la chaleur accomplit une œuvre silencieuse. Le bel azur se couvre d’un voile floconneux.

Démocrite, l’amateur de nuages prévoit l’arrivée imminente de ces nébulosités sur les sentes ensoleillées de cette corniche basque espagnole. Je le regarde avec étonnement, puis un sourire, sa prédiction est juste.

Les nuages s’enroulent sur la crête des vagues, c’est un enchantement actif, fertile pour l’imagination. Les nuées primordiales courent dans cette demi-clarté. Dans cette lumière laiteuse, l’Atlantique s’endort l’instant d’une sieste océane "fécondeuse" de rêves et de mystères aussi.

Un elfe dans les airs transparents ouvre des inter mondes. Dans cette lenteur muette, tout est envolement.

 

Jaizkibel

(Jaïzkibel - Photo de Démocrite non libre de droits)

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06 avril 2017

Connivence

Gavarnie

Gavarnie (Photo de Démocrite non libre de droits)

Nos rêves sont comme des meubles anciens qui protègent les jardins secrets de notre enfance. Pour quelle raison aimons-nous tant tel ou tel paysage ? Probablement parce qu’il réveille des sensations, il provoque un élan de plaisir qui s’origine dans ces lointaines réminiscences qui tapissent ma mémoire. Insondable creuset dans lequel je puise de quoi vivre au fond de moi-même. Le monde ne s’affirme jamais tel qu’il est mais toujours pour ce qu’il est pour moi.

Ma présence œuvre sur ces hauteurs pyrénéennes, discourt avec les risées printanières. Etroite connivence de mon for intérieur avec le clapotis des eaux d’une cascade antique, source d’un preux chevalier..

 

Pic Pasino

Lac Pasino (Photo de Démocrite non libre de droits)

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29 mars 2017

Equilibre

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(Sibylle- Photo de Démocrite non libre de droits)

Si l’on doit poser une quelconque téléologie dans l’existence, il me semble que la seule qui mérite une certaine attention est celle qui nous aide à préserver un équilibre. Nous le sentons bien, des lignes de forces s’opposent, se mêlent, se construisent et se réciproquent continuellement.

Réaliser une collaboration harmonieuse entre le corps et l’esprit et ce, dans une coappartenance originaire, ou savoir conjuguer l’effort philosophique avec une pensée rieuse et joyeuse d’élans poétiques, « réussir » à communiquer avec l’autre…sont des challenges, des combats.

Nos prises de conscience ne sauvent rien, elles apportent simplement un éclairage sur notre modalité de présence saisie au vol.

Nombreuses sont les sphères de l’existence, petites unités ouvertes au sein desquelles nous nous immergeons, nous nous débattons, nous nous projetons aussi. Ces intentionnalités qui sont les nôtres, nous dépassent et sont les traces mnésiques de tout notre régime de dépossession, de tentatives aussi de réappropriation.

Celui qui pense être libre se fourvoie toujours et encore dans ces attachements archaïques qui le rongent, le constituent et le ramènent à l’être aimé, perdu ? Dispersion des forces dans un avoir-été originaire qui bannit tout horizon de nouveaux commencements. Le temps est alors vécu comme un mode de rétention répétitif et qui retourne « inla-ssablement » le sablier de l'existence.

En dehors de tout discours, il me semble que les murmures, les palpitations des forêts de l’âme et les influx physiologiques révèlent QUI nous sommes.

neo cuba

 

( Août 2016 - Ile néo-cubaine -Photo de Démocrite)

En ces lieux perdus au bout du monde, les alizées tournoient...

Le corps parle, ô combien avec justesse…comme signe d’une co-présence la plus immédiate à soi-même.

 

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21 mars 2017

Gazelles de Sarnath

pic Pourtalet - Ossau_modifié-1

(Pic du Pourtalet - Dimanche : 19 mars 2017- Photo de Démocrite non libre de droits)

Les matières naturelles ont toujours produit un effet ambigu sur la subjectivité. Elles suscitent un va-et-vient entre l’introversion et l’extraversion. Nous éprouvons notre réversibilité du sentant-senti. Nous sommes traversés par des influences atmosphériques dans un clos-ouvert : paradoxe peut-être du vivant.

Toute tentative d’accommodation est vaine. La matière minérale des éléments crée une cinématique inédite de nos mouvements. Elle dissémine nos réflexes posturaux pour inventer une autre verticalité. Naissance d’un psychisme ascensionnel, à la fois descente et montée qui fond et surplombe tel un oiseau de proie.

Voler librement, ne rien vouloir, délivre de toute attente, de toute dépendance aussi qui leste notre esprit.

Les gazelles de Sarnath ne sont plus, à ces altitudes, seules les paroles de Bouddha résonnent encore.

 

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