Sibylle philosophe sans gravité...

20 avril 2017

Sans pour-quoi

Librairie

(Librairie de Montaigne - 15 avril 2017- Photo de Démocrite non libre de droits)

Splendide week-end montaignien en bonne compagnie. Un atomiste ému par l’antre du philosophe ne retient pas sa joie et son plaisir de se trouver dans ces hauts lieux, où Michel Eyquem, seigneur de Montaigne, commit ses «  Essais ».

Sur les murs de sa librairie (1571) dont la figure est ronde , un texte magnifique sur l’amitié est accroché. Une amitié rare, voulue par le destin peut-être, quintessence et naissance d’une relation unique entre Etienne de la Boétie et Michel de Montaigne

 

lettre à Boétie

(Librairie de Montaigne - Photo de Démocrite non libre de droits)

 

Nous étions juste de passage dans cette Tour du « Maître ». Tout était fait à sa dimension. Les aiguilles du temps de l’horloge semblaient tourner en sens inverse pour remonter le temps.

Notre présent s’oublie, s’effondre et coule dans ces mots de sentences latines et grecques sculptées sur les poutres et les solives du plafond.

De quoi peut-être nous rendre plus humbles, mieux avisés, êtres de surface que nous sommes quant à ce qui nous obsède, souvent « sans pour-quoi » et qui nous dépossède de l’essentiel.

 

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14 avril 2017

VERTIGE

vertige

La probité et l’honnêteté supposent une forme de courage extrêmement rare. Voilà des qualités qui semblent être en voie de disparition. J’aime à penser que pour bien connaître autrui, il faudrait pouvoir pratiquer plusieurs niveaux de réduction, à l’instar de la méthode phénoménologique.

C’est un fait, le noyau eidétique, celui qui apparait après avoir soustrait une à une toutes les couches superficielles qui recouvrent chaque personne, peut être l’occasion d’une découverte radicale, au point que ce que l’on croyait être vrai depuis si longtemps ne s’avère être que de la supercherie.

Le culte de l’apparence qui occupe le devant de la scène publique, privée aussi, néantise toute possibilité d’approche et de relation authentiques.Il nous rend aveugle, insensés que nous sommes. L’essentiel étant le paraître, c'est-à-dire : ce qui sert pour davantage plaire, luire et reluire.

Cela donne envie de fuir sur une île déserte. Presque toutes les relations qu’elles soient politiques, amicales, que sais-je encore, sont hélas contaminées par cette peste noire.

Où sont passés les hommes de bon sens, de bons sentiments qui œuvraient pour les idées, pour des projets communs, et capables de construire un tissu relationnel sain.

L’innocence comme le mal s’enracinent dans l’homme moderne concret et total. La première semble appartenir au mythe, la seconde est aujourd’hui devenue affaire courante. Que vaut la nature humaine si nature il y a ?

Pour l’heure, je suspends tout jugement car il pourrait être amer : vertige de ma liberté de conscience.

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11 avril 2017

ENBATA

Jaizkibel occident

(Jaïzkibel - Photo de Démocrite non libre de droits- Dimanche 9 avril 2016)

Splendide phénomène météorologique que les basques nomment selon leur enracinement géographique : Enbata, brouillarta, Galerna sur la côte cantabrique. L’entrelacement aérien de l’humidité et de la chaleur accomplit une œuvre silencieuse. Le bel azur se couvre d’un voile floconneux.

Démocrite, l’amateur de nuages prévoit l’arrivée imminente de ces nébulosités sur les sentes ensoleillées de cette corniche basque espagnole. Je le regarde avec étonnement, puis un sourire, sa prédiction est juste.

Les nuages s’enroulent sur la crête des vagues, c’est un enchantement actif, fertile pour l’imagination. Les nuées primordiales courent dans cette demi-clarté. Dans cette lumière laiteuse, l’Atlantique s’endort l’instant d’une sieste océane "fécondeuse" de rêves et de mystères aussi.

Un elfe dans les airs transparents ouvre des inter mondes. Dans cette lenteur muette, tout est envolement.

 

Jaizkibel

(Jaïzkibel - Photo de Démocrite non libre de droits)

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06 avril 2017

Connivence

Gavarnie

Gavarnie (Photo de Démocrite non libre de droits)

Nos rêves sont comme des meubles anciens qui protègent les jardins secrets de notre enfance. Pour quelle raison aimons-nous tant tel ou tel paysage ? Probablement parce qu’il réveille des sensations, il provoque un élan de plaisir qui s’origine dans ces lointaines réminiscences qui tapissent ma mémoire. Insondable creuset dans lequel je puise de quoi vivre au fond de moi-même. Le monde ne s’affirme jamais tel qu’il est mais toujours pour ce qu’il est pour moi.

Ma présence œuvre sur ces hauteurs pyrénéennes, discourt avec les risées printanières. Etroite connivence de mon for intérieur avec le clapotis des eaux d’une cascade antique, source d’un preux chevalier..

 

Pic Pasino

Lac Pasino (Photo de Démocrite non libre de droits)

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29 mars 2017

Equilibre

Lac Castérau_modifié-1 (2)

(Sibylle- Photo de Démocrite non libre de droits)

Si l’on doit poser une quelconque téléologie dans l’existence, il me semble que la seule qui mérite une certaine attention est celle qui nous aide à préserver un équilibre. Nous le sentons bien, des lignes de forces s’opposent, se mêlent, se construisent et se réciproquent continuellement.

Réaliser une collaboration harmonieuse entre le corps et l’esprit et ce, dans une coappartenance originaire, ou savoir conjuguer l’effort philosophique avec une pensée rieuse et joyeuse d’élans poétiques, « réussir » à communiquer avec l’autre…sont des challenges, des combats.

Nos prises de conscience ne sauvent rien, elles apportent simplement un éclairage sur notre modalité de présence saisie au vol.

Nombreuses sont les sphères de l’existence, petites unités ouvertes au sein desquelles nous nous immergeons, nous nous débattons, nous nous projetons aussi. Ces intentionnalités qui sont les nôtres, nous dépassent et sont les traces mnésiques de tout notre régime de dépossession, de tentatives aussi de réappropriation.

Celui qui pense être libre se fourvoie toujours et encore dans ces attachements archaïques qui le rongent, le constituent et le ramènent à l’être aimé, perdu ? Dispersion des forces dans un avoir-été originaire qui bannit tout horizon de nouveaux commencements. Le temps est alors vécu comme un mode de rétention répétitif et qui retourne « inla-ssablement » le sablier de l'existence.

En dehors de tout discours, il me semble que les murmures, les palpitations des forêts de l’âme et les influx physiologiques révèlent QUI nous sommes.

neo cuba

 

( Août 2016 - Ile néo-cubaine -Photo de Démocrite)

En ces lieux perdus au bout du monde, les alizées tournoient...

Le corps parle, ô combien avec justesse…comme signe d’une co-présence la plus immédiate à soi-même.

 

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21 mars 2017

Gazelles de Sarnath

pic Pourtalet - Ossau_modifié-1

(Pic du Pourtalet - Dimanche : 19 mars 2017- Photo de Démocrite non libre de droits)

Les matières naturelles ont toujours produit un effet ambigu sur la subjectivité. Elles suscitent un va-et-vient entre l’introversion et l’extraversion. Nous éprouvons notre réversibilité du sentant-senti. Nous sommes traversés par des influences atmosphériques dans un clos-ouvert : paradoxe peut-être du vivant.

Toute tentative d’accommodation est vaine. La matière minérale des éléments crée une cinématique inédite de nos mouvements. Elle dissémine nos réflexes posturaux pour inventer une autre verticalité. Naissance d’un psychisme ascensionnel, à la fois descente et montée qui fond et surplombe tel un oiseau de proie.

Voler librement, ne rien vouloir, délivre de toute attente, de toute dépendance aussi qui leste notre esprit.

Les gazelles de Sarnath ne sont plus, à ces altitudes, seules les paroles de Bouddha résonnent encore.

 

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14 mars 2017

AZUR WINDOW

arche~

(Photo de Démocrite Azur Window - prise le 27 février 2017 - non libre de droits)

Nous pouvions encore voici quelques jours contempler cette arche naturelle du XIX ième siècle : fleuron de cette petite ile de l’archipel Gozo-maltais.

Cette splendide photo de Démocrite est devenue aujourd’hui « historique » puisque une tempête a eu raison de cette sculpture rocheuse naturelle. «L'être voué à l'eau est un être en vertige. Il meurt à chaque minute, sans cesse quelque chose de sa substance s’écoule » (Gaston Bachelard «  L’eau et les rêves »).

Les flots ont rongé les pieds de ce géant calcaire : Azur Window. L’âme d’Edmond Dantès, amère et vengeresse pleure peut-être encore cette fenêtre d’azur.

Les eaux turquoise même limpides peuvent être terribles, leurs morsures deviennent mortelles. L’Arche engloutie épouse sans doute la mer primordiale sans rivage et sans fenêtre, celle d’une cosmogonie oubliée : celle des atlantes et des colonnes d’Hercule..

 

Gozo~ (2)

( Falaises hautes de 160 mètres - Gozo- Photo de Démocrite non libre de droits)

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07 mars 2017

Lourd héritage

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Sud de l'île de Malte : Grotto

Sibylle et Démocrite

( Mars 2017- Photo de Démocrite non libre de droits)

Avec sa position stratégique en Méditerranée. Les îles de Malte et de Gozo connaîtront l'occupation de toutes les puissances qui se succéderont pour le contrôle de la Méditerranée : les Phéniciens, les Grecs, les Romains, les Barbares, les Byzantins, les arabes Aghlabides d'Ifriqiya, les Normands, les Hohenstaufen, les Angevins, les Aragonais.

Retour de notre voyage sur l’archipel Gozo-maltèque avec mon atomiste où l’on découvre un mode de vie ilien, presque autarcique. Leur langue contient quelques sonorités étranges, mélanges d’intonations, de rythmes inédits portés à nos oreilles. Absence de repères, de sons familiers… une tour de Babel.

S’il y a des mots qui sont en pleine fleur, en pleine vie et qui sont les bijoux mystérieux d’une langue, d’autres, par leur brutalité sonore cèlent tout espoir, toute espace onirique.

Comment s’identifier, comment se reconnaitre et s’éprouver dans ce tumulte des origines sur l'onde d’une mer en apparence calme où dorment les étoiles?

Marsaxlokk : l’âme des pécheurs flotte sur ces barques. Les eaux claires contrastent avec la prunelle noire de leurs yeux qui suscite chez l’étranger une forme de mélancolie. Toute sensualité est absente.

 

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Village de pêcheurs de Marsaxlokk ( Mars 2017- Photo de Démocrite non libre de droits)

Leur ailleurs ne semble pas aller plus loin que leurs refuges religieux chargés d’or et de lumière. Edifices qui favorisent à la fois tout ce qu’ils pensent être comme précieux, mais qui dans le fond ne privilégient aucune joie, aucun sourire. Gravité des lieux ou de leur naissance, un héritage austère semble les accabler.

Que veulent-ils sauver, que veulent-ils fuir ?

Nous ne sommes pas dans le secret de leur cœur, moins encore des dieux et des longs chapelets qu'ils egrennent en priant.

 

 

 

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21 février 2017

Point trop n'en faut !

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« A chaque jour suffit sa joie » (Clément Rosset). Clément Rosset est toujours là où le commun ne l’attend pas. C’est probablement ce qui me plait le plus en lui : malin comme un singe, espiègle aussi, qui tel le berger perçoit la chèvre que vous ne voyez pas ( Clin d'oeil) . J’entends cette phrase comme une invitation à apprendre à vivre avec sa propre temporalité, celle du moment.

Le challenge, est de ne pas se laisser narrer sa vie par un passé oublieux du présent, qui rongerait, et grignoterait toujours déjà ce que chaque petite perle du temps ou de joie souvent m’offre sur le passage.. Ne sommes-nous pas capables de retrouver une unité fondamentale des trois phases temporelles ?

La véritable déchéance serait l’oubli de soi dans un présent-passé, un présent-ad-venir, une chute dans l’abime à la fois du ressouvenir et de l’attente.

Vivre en bonne compagnie avec le temps qui passe c’est accepter d’être contemporain avec soi-même, c’est de dire à haute et intelligible voix : «  A chaque jour suffit sa joie » !.

Et pour en sourire, mais point trop n’en faut tout de même.

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20 février 2017

Singularite

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Paul Ricoeur

L’état d’exception socialement compris, consisterait selon moi à ne pas avoir besoin du regard d’autrui pour exister. Ceci doit probablement relever du fantasme, de l’affabulation puisque chaque fois que nous sommes en société, nous sortons souvent nos plus beaux atouts pour pouvoir nous mirer dans le regard d’autrui.

Séduire toujours et encore sans cesse…Cela doit assurément procurer une montée de jouissance extraordinaire puisque cette conduite, addictive pour beaucoup, se reproduit inlassablement à chaque rencontre.

Pour autant, j’ai l’impression qu’en vivant de la sorte, l’âme n’est jamais en repos, car jamais satisfaite. S’accroissent alors toujours davantage les susceptibilités et autre vexations lorsque la cible est manquée.

L’affaire ne relève pas de l’intellect mais d’une faille narcissique, d’affects profondément innervés par un « fichu » besoin de reconnaissance. Etre reconnu, c’est être capable de réaliser des actions qui se tiennent au-dessus de l’EXTRA-ORDINAIRE pour le moins c’est ce que l’on croit.

Que cherchons-nous au juste ? Peut-être un sentiment qui nous sécurise, qui comblerait cette anxiété originaire à savoir celle troublante en effet, que nous existons si peu dans ce monde. De cela nous voulons le taire, ne pas le savoir, ne pas y penser.

La véritable force n’est –elle pas celle qui nous permet de nous arracher à cette attraction intersubjective qui parasite cette vision de nous-mêmes et de « l’avantage d’être bien né », c’est-à-dire d’exister par soi et pour soi.

Sans mépriser aucunement autrui, je me confirme dans ce que je suis, dans ma toute belle et unique singularité ou que j’identifie comme telle. Qui pourrait bien la contredire ?

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