Sibylle philosophe sans gravité...

30 août 2019

Naturellement vôtre

Crête du Lion

Crête du lion ( Hautes-Pyrénées pHoto de Démocrite non libre de droits)

Très beaux séjours de Démocrite et Sibylle ici et là cet été. Des plaines gersoises aux montagnes pyrénéennes espagnoles et françaises, nous pûmes vagabonder sur des sentes fleuries d’iris, de Joubarbes et d’orchis… Comme le dit le poète, philosophe aussi « On cueille de telles fleurs dans les œuvres de Novalis, de Shelley, d'Edgar Poe, de Baudelaire, de Rimbaud, de Nietzsche ».

Ces petits jardins de montagne agencent les couleurs, suggèrent des nuances nouvelles qui abondent notre imaginaire. L’âme souffre de ne plus pouvoir rêver au gré de ses envies, et de ne pas pouvoir s’oublier plus souvent.

J’observe ce pas sûr et ancré qui m’ouvre la voie. Il modère mon rythme toujours trop rapide de mes pas impatients. Ces éclats de ciel d’un bleu profond et marin humidifient les monts, sculptent leurs flancs. Le bel atomiste capture l’instant de ce tableau de maitre, sans pinceau ni toile de lin, juste l'inscription de lignes parfaites.

Pic de Bastan

Pic de Bastan (Parc de Néouvielle- Photo de Démocrite non libre de droits)

Les mots d’un vieux monsieur résonnent…

 

En rêvant près de la rivière,
j’ai voué mon imagination à l’eau,
à l’eau verte et claire,
à l’eau qui verdit les prés.
Je ne puis m’asseoir près d’un ruisseau
sans tomber dans une rêverie profonde,
sans revoir mon bonheur…
Il n’est pas nécessaire
que ce soit le ruisseau de chez nous,
l’eau de chez nous.
L’eau anonyme sait tous mes secrets.
Le même souvenir sort de toutes les fontaines.

(Gaston Bachelard)

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05 juillet 2019

Le visage de l'oubli

Derrida

Ce matin dans le Monde, un titre attire mon attention : Derrida, langue vivante. Je devine ici ou là quelques sourires : Derrida : langue vivante !!

La photo du philosophe pleine page ou presque, un peu surannée mais particulièrement belle souligne ce même regard qui animait ceux que je fréquentais pendant mes études. Un regard lointain, pensif, serré aussi.

Un titre : «  la vie la mort » séminaire du philosophe et l’un de ses propos retenu par le journaliste comme : «  la destruction de la vie est déjà la destruction de ce qui est déjà mort pour que renaisse et se régénère la vie vivante ». Pessimisme ou optimisme foudroyant : les deux mon capitaine, à ceci près que nous nous tenons toujours entre les deux extrémités, en filigrane dans ce que nous pouvons expérimenter comme étant le fil de l’existence.

Elan vitaliste en vérité qui jaillit dans cette apparente contradiction entre la dégénérescence et régénérescence de tout être vivant, de tout état social.

Où en sommes –nous aujourd’hui, pauvres marionnettes dressées par les programmes informatiques ? La conquête de l’autonomie autrefois tant convoitée par nos illustres prédécesseurs n’est plus. Nous sommes devenus pour la plupart des automates, des « petites poucettes » reliées à un cordon ombilical en 5 G.

La volonté de puissance est devenue la volonté des puissants eux-mêmes addicts à quelque chose qui les dépasse. De cette forme de dégénérescence cher Jacques Derrida, qu’adviendra-t-il du dernier homme, de celui que d’aucuns nommaient « humain trop humain », le visage de l’oubli ?

 

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14 mars 2019

Libre

Volcan

(Fuencaliente-Février 2019- Photo de Démocrite)

Les sols comme les cœurs sont des éponges aux couleurs ferriques, eidôlon [εἴδωλον] des peines et des colères de l’océan souterrain. Ces monts volcaniques désormais apaisés accordent de bonne grâce un humus puissant aux pins canariens fragilisés par les feux.

Splendide randonnée pour Démocrite et Sibylle en ces lieux inouïs. Comme tout le reste semble dérisoire lorsque l’hydre de notre imaginaire nous porte sur ces sentes de cristaux noirs. Une joie dynamique pétrit notre âme, inonde notre corps de ce que d’aucuns nomment le conatus. Les pensées des bilieux et des mélancoliques sont soufflées par les vents.

Heureux marcheurs dans ces contrées oniriques où sur la route des volcans les matières foisonnent. Tout passe, tout coule, la simplicité et la sincérité de l’instant donnent aux randonneurs une légèreté, douce sensation aérienne de la liberté.

 

Fuencaliente

(Douceur vespérale - Photo de Démocrite-Ile neo-cubaine)

 

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28 février 2019

Des pierres de feu

Tenerife

( Tenerife : photo de Démocrite - Février 2019)

 

Des pierres de feu protègent les dunes : ces belles endormies des cris telluriques. Jadis, bleuis par l'azur et l'astre nocturne, les fonds sous-marins rougissent, abondent de leur puissance les champs de lave terrestre.

Mars découvre enfin son visage sur ce miroir sans tain. Là, l'envers et l'endroit ondulent et se confondent dans le creuset des premiers commencements.

 

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12 février 2019

Le vent du Nord

« Le vent du Nord a régné en hiver et le vent du Sud en été… ».

L’un et l’autre irriguent les humeurs. Ils charrient leurs miasmes : la bile, les fièvres et les dysenteries. Etranges balancements entre l’abattement d’un jour, l’excitation le lendemain. Ces affections le thumos, ou phrên, lorsqu’elles se manifestent ne sont pas dialectisables, elles s’enracinent dans l’histoire et la structure de chacun.

Le thumos se gonfle dans la colère, et les phrenes (le diaphragme) vibrent dans les émotions, le rire et les larmes. Lorsque la chimie du corps possède les bons dosages, l’âme est en repos mais lorsqu’elle se dérègle, les relations de soi à soi et de soi aux autres en pâtissent.

 La psukhê portée par les veines de bile noire parcourt le corps. Que faire ? Faire confiance au flair du médecin, ou se perdre, errer dans les vapeurs nauséabondes de l’existence pour peut-être trouver du nouveau, comme l’équilibre des quatre éléments.

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31 janvier 2019

Penser

René Char

René Char

« L’un des grands avantages de notre temps, c’est ce qu’a dit René Char : «  Notre héritage n’est précédé d’aucun testament », cela veut dire que nous sommes entièrement libres d’utiliser où que nous le voulions les expériences et les pensées du passé(…).

Cette liberté (…) ne repose que sur la conviction que chaque être humain en tant qu’être pensant peut réfléchir aussi bien que moi et peut former son propre jugement s’il le veut.

Ce qu’on ne sait pas, c’est comment faire naitre ce désir en lui. Réfléchir, cela signifie de toujours penser de manière critique, cela signifie que chaque pensée sape ce qu’il y a en fait de règles rigides et de convictions générales. » ( Hannah Arendt – « Edifier un monde. Interventions)

 

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29 janvier 2019

Non avenu

Thomas_Hobbes_Léviathan

Voici quelques années, je me suis risquée dans la vie politique locale par ce qui me semblait être un pur hasard. En effet, le premier édile cherchait alors des personnes disponibles sur sa commune pour compléter sa liste électorale. J’hésitais, ne sachant pas en quoi consistait cette « tâche » difficile d’élu local.

L’insistance du Maire en question finit par me convaincre que je pouvais être très utile à la gestion des affaires communales. J’étais assez perplexe et ce, d’autant plus que l’univers politique me paraissait opaque, complexe et surtout fait pour les autres. Ce que je ressentais à l’époque, c’était mon inaptitude à franchir le pas, le cap vers ce monde de requins.

Après tout, j’étais juste une petite apprentie philosophe qui avait travaillé en philosophie politique pour tenter de creuser le bien-fondé, la légitimité du régime démocratique.

Ironie du sort, on me demandait d’aller me frotter à la réalité du tumulte politique et des passions humaines. J’avais mon petit Thomas Hobbes (et son De Homine ) en poche, Aristote, Hannah Arendt et Tocqueville qui m’avaient donné quelques idées sur la question. Jean Terrel, mon directeur de DEA me félicitait d’avoir l’extraordinaire opportunité d’allier la théorie à la pratique. Le challenge était de taille.

Les élections se passent et à ma grande surprise, je me retrouve Maire-adjointe : l’horreur absolue ! J’avais pris l’habitude d’être transparente, discrète et de passer inaperçue. J’étais venue juste pour voir de loin les affaires de la cité avec une implication somme toute très minimaliste.

Impossible de me cacher ou de me glisser sous la table. J’étais prise au piège du jeu électoral qui m’avait placée troisième sur vingt-sept élus. Ce poste m’obligeait à choisir une présidence de commission, mais laquelle ? Par défaut, je pris la responsabilité « des affaires scolaires » ou si l’on préfère l’Education en sus de toutes les autres commissions auxquelles je devais également participer. Ce fût une expérience difficile car très chronophage..

A chaque conseil municipal, j’avais l’impression d’être au sein d’une agora. J’observais l’ensemble des élus, tous fiers d’être dans cette majorité municipale (à laquelle au fond je n’appartenais pas). Les plus courageux et aguerris, prenaient la parole pour défendre la position du Maire et enfoncer le clou. Au fil du mandat, il m’était devenu impossible de me taire. Je m’opposais farouchement à des prises de parole sur des dossiers importants pour nos concitoyens. L’urbanisme, les finances publiques, l’aménagement du territoire, l’éducation, m’apparaissaient comme des sujets si peu familiers que je devais apprendre tous les tenants et les aboutissants pour me glisser avec habileté dans ces nouveaux domaines de compétences. Il s’agissait d’être efficace, tout en faisant face aux lions lâchés dans l’arène.

Je réalisais à quel point Hobbes avait raison concernant toute son anthropologie politique. Sa modernité était flagrante. Pourquoi la coordination entre les hommes qui devrait avoir en politique des intérêts semblables en vue du bien commun, échoue-t-elle aussi tragiquement ?

Il semblerait que nous soyons dans l’incapacité de créer une coordination mixte entre les citoyens d’une part, et d’autre part avec les gouvernants. De ce désaccord ou dysfonctionnement fondamental, les plus grands maux naissent et prêtent le flanc aux plus vils instincts.

Que manque-t-il aux politiques pour que le pacte sous-jacent à la finalité de la gestion des affaires communes fonctionne ?

Quel est ce renoncement qui ne dit pas son nom auquel les hommes s’agrippent désespérément et qui participe à l’inanité du politique ?

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27 décembre 2018

le "jargon" de l'authenticité

granel

Gérard Granel (était un philosophe français influencé à la fois par Marx et par Heidegger) et Martin Heidegger

Je rencontre souvent de fervents adversaires du courant philosophique que représente la phénoménologie. Les mêmes mots reviennent : confus, nébuleux, incompréhensible ou littérature pour « esprits légers ».

Je n’insiste plus pour tenter de rectifier ces points de vue, ou convaincre telle ou telle personne de l’intérêt de ce courant : qu’importe après tout ! Je garde cette idée en tête, j’ai eu la chance inouïe d’avoir d’excellents professeurs en la matière qui m’ont donné le goût pour effectuer certaines de ces lectures.

Etudiante en philosophie, je réfléchissais alors sur l’intérêt de cette nouvelle appréhension de notre relation au monde. Peut-être que le courant phénoménologique voulait simplement mettre fin à cette fantasmagorie théorique, à cette scission classique entre le sujet et l’objet, à cette construction totalement artificielle qui arrange dans le fond, plus d’un philosophe.

De fait, la phénoménologie raisonne sur l’apparaitre, sur la prééminence perceptive comme dévoilement du sens, d’une orientation de notre rapport-au-monde. Il y avait là, pensais-je, quelque chose qui me correspondait.

Pour autant, je n’aime pas tout, mais certains auteurs comme Maurice Merleau Ponty, Heidegger (texte sur l’art, sur la technique), ou des auteurs beaucoup plus contemporains comme Eliane Escoubas, Gérard Granel, Renaud Barbaras, Françoise Dastur savaient saisir ce qui au fond dans ces textes renvoyait, selon moi à l’essentiel.

Il est fort probable que c’est à l’empreinte sensitive et sensible au sens de l’aisthesis que préside toute saisie phénoménologique de la chose. Mais pour recevoir cet écho, il est nécessaire d’avoir inscrit en soi cet horizon expressif : véritable réceptacle des formes du sensible ». Prisonniers des « nouvelles » technologies, voici une pensée qui nous invite à revenir aux choses mêmes délestées de tout artifice, encore faut-il savoir se tenir dans cet ouvert..encore faut-il pouvoir éprouver cette intuition. Je me souviens d'avoir dit à ma professeure de l'époque ceci: "je crois que pour accéder au mouvement de la pensée de cet auteur (Sein und Zeit d' Heidegger notamment..), il faut renoncer à l'envisager sur le plan strictement conceptuel et se laissait envahir par ce flux, cette attitude si singulière que représente tout accueil.

C’est une joie silencieuse que de savoir revenir à l’originaire, à ce lien ténu qui se tisse entre moi et le monde, là où les choses peuvent toujours et encore éclore dans cette co-apparescence entre elles et moi et ce, dans un fleurissement éternel des humeurs.

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08 octobre 2018

MIROIR

Lac Gentau

(Photo de Démocrite-non libre de droits - 5 octobre 2018)

Dans le reflet d’un lac où l’envers et l’endroit se confondent, le regard se laisse happer par l’étendue cristalline découpée çà et là en cristaux de lumière. Ces eaux qui frémissent sous les risées d’altitude révèlent les plus lointains secrets, ceux qui ont bercé votre enfance.

Quelques jeunes amphibiens s’activent avant leur métamorphose. Des grenouilles, des tritons ou de petites salamandres partageront tantôt ce joli habitacle. Ici, dans l’absolu reflet, celui-là même que les ilots d’étoiles dynamisent la nuit tombée, les barques de souvenirs pesants se délitent…

Démocrite déclame de jolis vers inspirés. Sa voix se perd dans la vallée puis résonne sur les hauteurs de l’Ossau. Un magnifique halo de lumière recouvre ses crêtes pour envelopper de douceur les mots du poète …

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24 septembre 2018

SANCTUS

Lac Lavedan

(Lac du Lavedan - dimanche 23 septembre 2018 - Photo de Démocrite)

C’est dans La beauté des lacs de montagne que s’écoule le flux onirique. Les songes trouvent une épaisseur matérielle, une révélation éphémère de l’identité d’un soi toujours déjà voilé. En fin d’après-midi, des nébulosités s’observent dans ces miroirs d’eau où scintillent çà et là des gemmes. Le randonneur observe ce pancalisme naturel qui ignore toutes considérations intempestives dont les humains se nourrissent.

Les lacs nous donnent un imaginaire fertile et nous donnent à penser que le monde n’est que notre représentation. Mon œil projette une lumière qui me permet de voir ce que je veux précisément voir et danse dans mes prunelles cette beauté que l'on dirait si chère à Narcisse.

3 Lacs Sanctus

(Photo de Démocrite non libre de droits)

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