Sibylle philosophe sans gravité...

18 avril 2018

Tout là haut

Teide VUE

Teide : 3718 m ( Photo de Démocrite non libre de droits : avril 2018)

Ces îles volcaniques néo-cubaines offrent en ce joli mois d’avril à Démocrite et Sibylle un sentiment d’ivresse et de douceur de vivre. Ces terres noires, alcalines et de silice ont jailli jadis des profondeurs sousmarines.

Des vents humides soufflent ces éclats de feu au Nord-est de l’île sur les montagnes d’Anaga entre forêts primaires et océan.

Près de l'Orotava, se dresse le géant de toute l’Ibérie, mont sacré des guanches, "el echeide" qui signifie « enfer », majestueux, immense, la pointe saupoudrée de petits cristaux à peine floconneux.

Pour Démocrite, c’est un espace heureux qui s’offre à lui, qui le possède et qui l’attire, qui aimante aussi son regard.

A l’automne passé, nous étions cinq sur ce sommet mythique. L’altitude provoquait des effets à la fois stimulants et harassants. Les battements de cœur s’accéléraient, la pression augmentait, mais peut-être était-ce juste cette intense émotion de toucher et de fouler la terre d’un sommet qui tient encore toutes ses promesses.

Tous là-haut, tout là-haut, étranges sentiments mêlés d’efforts et d’impatience. Des mots résonnent dans ma tête, l’altitude peut- être…  comme le dit le poète René Maria Rilke : « hors abri, une sûreté là-bas où porte la gravité des forces pures, ce qui enfin nous sauve, c'est d'être sans abri, de retourner dans l'ouvert », et de savoir l’accueillir.

 

Teide

Le Teide (Photo de Démocrite non libre de droits)

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20 mars 2018

AMITIE

 

 

hemingwayfitzgerald

Etrange amitié que celle qui se tissa entre Scott Fitzgerald et Ernest Hemingway. Deux écrivains, deux talents au style si différent. Pour autant, ils s’aimaient au risque de se détester parfois, mais faussement.  

« Dans Paris est une fête » Ernest Hemingway écrivait « le pis, c’est quand vous êtes séparé d’un ami par l’esprit ». C’est exactement ce que je pense et ce que je vis, voilà pourquoi leur histoire me touche et me bouleverse.

Avez-vous déjà éprouvé une forte connivence avec un être où tout ce qui vous relie dépasse la simple attirance physique, où quelque chose de singulier s’immisce dans un va-et-vient insistant qui anime une force de vie : une joie véritable.

Je ne sais pas si comme Scott Fitzgerald l’écrivait « tendre est la nuit », je crois que le jour aussi porte ses rayons de tendresse à condition que l’autre aussi partage votre passion pour l’acte qui, sans prétention, vous rend le mieux à vous-même.

Quinze années d’échanges épistolaires entre ces deux grands de la littérature américaine, passionnantes correspondances où se mêlent vérité et désespoir : désespérante vérité sans doute..

Scott aide Ernest à promouvoir ses écrits et réciproquement, même si cela ne durera pas. La mauvaise rencontre de Scott avec Zelda, l’alcool  comme unique breuvage et pharmacopée à son spleen existentiel auront raison de sa jeune vie.

Comment un ami peut-il aussi bien décrire celui qui représentait à ses yeux le talent par excellence de l’écrivain né : « Scott était un homme qui ressemblait à un adolescent dont le visage hésitait entre la joliesse et la beauté. Il avait des cheveux ondulés très blonds, un grand front, un regard vif et cordial et une bouche délicate, aux lèvres allongées, typiquement irlandaise, qui, dans un visage de fille, auraient été la bouche de la beauté. Cette bouche si troublante encore pour qui ne connaissait pas Scott et plus troublante encore pour qui le connaissait. »

Admiration, jalousie peut-être ici s’entremêlent dans une sensibilité à fleur de peau, à fleur de l’être. Scott se tenait sans balancier sur le fil du rasoir avec « ce goût de l’intensité au mépris du risque ». Ernest l’encouragea en vain à continuer d’écrire, mais le mal était déjà là, trop présent, trop puissant...

Ironie du sort Ernest Hemingway se suicida quarante années plus tard avec un fusil W. & C. Scott & sons.

 

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03 janvier 2018

Pictural

ballerinas

Il existe plusieurs façons d’être-au-monde, celle qui consiste à se laisser aller dans le flux, le fourmillement de l’hyper activité, de l’hyper relationnel, pour éviter de penser son soi, de se re-garder, de se ressentir.

Faut-il se l’avouer, la solitude, pire l’esseulement nous inquiète, nous projette dans « un avoir à être » qui menace notre équilibre, notre intégrité. Alors, il faut faire semblant d’être et de paraître. Convention que tout cela, convention de feindre, de sourire, de parler à bâtons rompus, d’être ami de…

Sitôt cela, l’ennui nous guette, le désespoir aussi, à moins qu’une autre perception du monde n’apparaisse à l’orée d’un texte, d’une parole, d’une œuvre qui vous transporte dans ces interstices empruntés par des perceptions peu communes.

Il est bon d’être rétif au flot de la routine, à la surface des liens sans profondeur animés de strictes convenances. C’est manquer sa vie que de ne pas savoir écouter son propre rythme, ses notes qui dansent et qui sourdent dans notre intimité. Sans doute chuchotent-elles des sons inédits, ceux-là mêmes qui explosent dans la peinture de Kandinsky ou de Klee.

Kandinsky-Eklektike

Les pas du danseur dessinent ces rythmes, épousent les pulsations de l’espace, disloquent toutes perspectives statiques de la scène. Ils prêtent vie à l’irrésolu, à la création de tous les possibles dans la dissolution de tous référentiels.

Le mouvement est le berceau du danseur, sans dehors ni dedans en crevant « la peau des choses » pour encore et toujours naître-au-monde.

 

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16 décembre 2017

Embarquement

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(Photo de Démocrite non libre de droits)

 

Ce matin, les brumes dansent autour des crêtes, elles dessinent leurs contours, les protègent des gelées hivernales. Le paysage matérialise la rêverie, invite à retrouver cet élément berçant qui tisse le passage entre veille et sommeil.

« Il y a quelque chose qui passe l’homme » (comme le disait Pascal) de cette accablante réalité qui scande notre existence. Serait-ce cet enveloppement de matières éthérées qui soulève chaque être en apesanteur ?

Là, le rêveur se déshabille de tous ses oripeaux diurnes et s’immerge dans les profondeurs. Flotte alors le merveilleux d’une terre étoilée et d’un ciel d’argile empreint de nos pensées somme toute vagabondes.    

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30 novembre 2017

Hors d'atteinte

enfant

Toulouse Le Mirail, fin des années 80, le bac en poche, me voilà étudiante à l’UFR de philosophie. Toutes ces déclinaisons de matières auxquelles il faut s’inscrire m’impressionnent : épistémologie de la physique, philosophie morale, philosophie politique, philosophie anglaise, un autre nom bizarre de matière totalement inconnue : la phénoménologie ??? Diable ! Si on m’avait dit tout cela auparavant, j’aurais réfléchi à deux fois avant de m’inscrire.

 Moi, je voulais juste rencontrer des gens qui me ressemblaient, qui se posaient les mêmes questions comme : l’existence a-t-elle un sens, ou allons nous dans cet univers toujours en expansion, comment se fait il que des guerres persistent et pourquoi les hommes se regardent-ils toujours en chien de faïence ?

Et puis, écrire oui écrire, cet exercice m’a toujours soulevé, m’a toujours procuré des sensations fortes, des tourbillons insensés d’oubli du monde, brève libération de la présence intempestive de ces gens qui vous parlent de tout sauf de sujets essentiels. Je n’ai pas de temps à perdre, il me faut des réponses, je dois savoir, je veux comprendre où va le monde, hum et moi avec…

Kant est au programme, Hans Jonas, les œuvres logiques de Platon que je découvre littéralement et puis Heidegger et Merleau-Ponty, mais qui sont tous ces gens, tous ces philosophes, qui me dit-on, se posèrent eux aussi beaucoup de questions.

 Sur le mur de briques, l’emploi du temps est donné. Je note entre autre, trois heures de phénoménologie chaque mardi matin : « aïe ! » me dis-je, qu’est-ce donc que cela ? Vais-je tenir le coup ?

Le jour venu, je me fais discrète au fond de la classe près de cette grande baie vitrée, baignée de lumière qui donnait sur un carré de verdure et d’arbustes, quelques oiseaux sautillaient et chantaient leurs amours.

Personne ne me voyait, j'étais sereine, absente du monde des humains mais terriblement présente à la lecture d’extraits de la Phénoménologie de la perception : œuvre majeure de M.Merleau.Ponty.

J’ouvrais mon cahier, j’écoutais cette petite dame rousse aux grands yeux bleus, à la voix douce, un peu hésitante par moment, elle nous parlait de l’œuvre d’art chez Merleau Ponty, de l’étincelle du « senti-sentant », de l’odeur des couleurs que le peintre rend en peinture, du nécessaire désœuvrement de l’œuvre pour qu’elle soit réellement perçue par l’AMATEUR d’art.

Je peignais à l’encre bleue sur une double page ce drôle de nom de philosophe Merleau (Ponty), presque « œnologique » qui allait occuper tout notre premier trimestre.

Je ne prends pas de notes, je n’ai jamais su le faire, juste des citations çà et là qui me parlent, qui éveillent en moi des bouleversements, des chavirements.Je décore mes titres de cours, mes lettres redessinées, ourlées, ombrées accompagnent mes pensées. Tous mes compagnons de fortune sont penchés sur leur pupitre, ils écrivent, écrivent tout ce que dit notre professeure.Je les observe un instant, je m’interroge, j’hésite et s’ils avaient raison, pour réussir il faut tout prendre, tout noter, surtout ne rien manquer.

Rien à faire,  je ne peux pas, ce n’est pas moi je suis ailleurs. Je me sens traversée pas les paroles de l’auteur comme une belle évidence, c’est cela oui, c’est exactement cela, pensais-je. Il a trouvé les mots JUSTES. Il sait voir une œuvre.

La fin des cours sonne : trois heures que je suis assise, il me faut attendre le mardi de la semaine prochaine pour connaître la suite. L’attente va être longue.D’ici là, j’irai à cette belle librairie qui résonne comme un doux oxymore : «  Ombres blanches » : Merleau-Ponty, Bachelard m’attendent, plus tard Husserl, Hobbes et Heidegger, avec celle également qui me donna beaucoup à penser et surtout des raisons de vivre encore un petit peu, au delà de mes vingt deux printemps : Hannah Arendt.

Je connais trop bien cette sensation, où par habitude, par précaution, je m’absente du monde. Cela nourrit, certes mon imaginaire, mais cela protège aussi ma chère (chair aussi) petite âme, qui pendant des années demandait juste à vivre… en se tenant hors d’atteinte.

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28 novembre 2017

Le rythme

klee

(Paul Klee)

Petit texte que je dédie à une professeure émérite, une grande dame, qui me donna accès au visible.

( Merci à vous chère Eliane Escoubas)

 

« Quand un peintre peint il fait rayonner l’espace,  il façonne les couleurs » Merleau-Ponty.

 Le rythme déborde la représentation dans le tableau, la peinture est rythmique. Chaque œuvre d’art est contemporaine du regard qui le regarde, c’est une structure en mouvement. Le regard du « spectateur » comme celui de l’artiste est pictural, il élargit le tableau et ce, à l’infini.

Des sons en corps à corps, en désaccord aussi, créent le mouvement nécessaire à la torsion et à la profondeur des couleurs. Le peintre sculpte l’espace,  il tisse l'entrelacs de la visibilité du visible, un être- là qui devient à chaque fois présent, à chaque fois différent.

 

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26 novembre 2017

Un avant- projet

Route des volcans

Route des volcans ( Photo de Démocrite non libre de droits)

 

Nous retournons régulièrement avec mon atomiste sur des îles « néo-cubaines », certaines d’entre elles sont de véritables petits trésors : avec cette douceur de vivre, cette végétation presque tropicale qui couvre les sols volcaniques.

Ce qui me surprend, c’est ce sentiment insulaire qui flotte ça et là, partout dans ces lieux que l’on dirait être « au bord du monde ». C’est en marchant sur des chemins escarpés pour rejoindre les sommets culminants de ces îles que l’on mesure ce point d’exil, cette sensation d’être à la fois « dans » et « hors de soi ».

Rivé sur l’infini de l’espace océanique, le regard dit cet éloignement des terres natales dans un alphabet dont les sons restent silencieux.

«  Le lointain fabrique des miniatures » de mondes imaginés, rêvés, de ce qui nous anime secrètement comme un avant-projet de nous-mêmes.  Et si nous savions lire ce parchemin, quelle nouvelle tonalité prendrait notre existence, que pourrions-nous découvrir : une nature sans artifice, sans faux fuyants, une variation de nous mais sur d’autre thèmes …

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26 septembre 2017

PARFUMS

 

 

foret_jpg

 

 

Ces formes sylvestres longilignes que j’admirais ce soir dans les bois aux pieds de ces si belles montagnes s’arc-boutaient pour s’épouser en ombre portée sous un halo de douceur épris d’un clair-obscur .

Des petits passereaux bruitent leurs ébats, ils frissonnaient de concert avec les feuilles d'automne dans cette tranquillité caillée par des battements d’ailes. Les poètes le savent, vous ne traversez pas la forêt, c’est elle qui vous habite. Elle est un cœur qui bat, une pulsation astrale, un rythme hors du temps suspendu dans l’éther..

Elle est sans dehors ni dedans, peut-être dans l’entre deux d’une dimension oubliée, qui doucement se retire comme une marée basse.

Elle est mon unique présent, celui qui escamote le passé, floute aussi l’avenir. Ses racines se perdent dans les rhizomes ancestraux, résonnent à mon oreille des petits pas sonores, des éclats de sabots…

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13 septembre 2017

Plurivers

sans-titre

Hier soir sur les ondes d’un célèbre canal audiovisuel fût diffusé un reportage sur Titan l’un des plus imposants satellites de Saturne. Défile au grès de l’émission tout le périple de la sonde Cassini- Huygens, près de 8 milliards de kilomètres parcourus avant sa descente dans l’atmosphère du satellite.

En deçà des anneaux de glace de Saturne et sous les brumes de Titan, on découvre ce que « nous humains » nous reconnaissons comme étant une mer, des lits de rivières, des lacs de méthane. L’astrophysicien décèle à travers des champs magnétiques, à travers des poussières aussi un véritable écosystème : un espoir, une découverte, une forme possible de vie ?

Au-delà de cette pluralité des temps, des mondes : que sommes nous, nous pauvres humains avec toutes nos considérations personnelles, nos préoccupations quotidiennes ? Il existe un tel décalage entre nos représentations et le reste (de ou) des univers que nous apparaissons d’un coup comme des petits êtres nombrilistes.

Ne serait-il pas bon ou opportun de revisiter nos modes de temporalisation, de représentation devenus complètement hétérogènes à l’échelle de l’univers ?

Comment se défaire de toutes ces catégories d’hominisation ? Une chose est certaine, plus les scientifiques tentent de « co-naitre » c'est à dire dans l’absolu de « naitre avec », de pénétrer les origines des structures gazeuses, liquides, solides qui composent les éléments de notre galaxie et plus nos valeurs, nos repères deviennent obsolètes, inadaptés...Certes, cela force notre inventivité avec la création de nouveaux paradigmes, mais jusqu'où sommes nous prêts à renoncer, à nous défaire de nos schèmes de pensée ?

Pour autant, reste un point d'accroche, la fin de notre existence demeure comme un critère à partir duquel tout commence ou tout s’arrête, c’est selon, mais là encore émerge une « réalité » qui ne vaut que pour nous.

 

 

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25 août 2017

Une boucle nouvelle

 

souvenir

Qu’est-ce qui fixe le souvenir, cet instant vécu plutôt qu’un autre ?  Nous retenons semble-t-il la durée plutôt que l’instant qui sautille, qui hésite, mais quel est le pinceau qui trace et dessine les lignes mnésiques ?

Je ne crois pas possible de revivre un retour de l’instant à l’identique, car il est toujours empreint de l’imagination post évènementielle qui colore les tableaux du passé. Ceci explique sans doute quelquefois le sentiment de déception lorsqu’on retrouve des lieux d’antan où l’absence de tonalité affective qui ébranle l’instant présent.

Pourtant, l’âme humaine tisse des liens avec le monde, avec autrui et les lieux qui l’ont vus grandir devenir elle, mais elle est incapable de réactiver l’émotion de jadis source de joie ou de peine.

Faut-il habiter sa mémoire en poète et vivre à la lisière du souvenir si l’on veut être libre de son passé, qui à coup sûr ne reviendra jamais...

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