Sibylle philosophe sans gravité...

26 septembre 2016

Elegance

baryshnikov in jeune homme et la mort by max waldman

La danse comme « langage gestuel «  innervé par de puissantes intensités, manifeste ce qu’il y a de plus originaire en nous. Elle est un corps qui précède de loin toute apparition d’une enveloppe simplement charnelle. « Pour qui sait bien danser », la danse est jubilatoire, déploiement insolent de puissance.

Pour autant,  l’apparente légèreté du pas ou du saut du danseur n’est qu’illusion. Le mouvement initié par le cœur de l’artiste sollicite les ressources d’énergie les plus intimes. Elles  révèlent les tensions d’un vouloir vivre mêlée à une souplesse étonnamment accueillante : naissance d’une vitalité.

 Transmutation, habitation  de l’espace .  

«  J’ai dit au vent de m’enlever

L’oiseau m’a appris à planer

Et vers le Sud j’ai volé sur la mer » -

( F. Nietzsche- Ainsi parlait Zarathoustra)

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23 septembre 2016

Clair obscur

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Chaque être possède en lui ce clair-obscur, cette texture indéchiffrable de l’existence. Il suffit d’observer les revirements de certaines attitudes, les micro-coupures relationnelles avec nos proches pour s’apercevoir que rien ne va de soi. Ainsi va la vie et le cours ordinaire des choses, parce que nous sommes effectivement dans l’ordinaire.

L’imagination créatrice nous sauve de ces platitudes, de ces aléas.  Elle sculpte et taille la surface du réel. Qu’il est bon de se sentir happer par ce voyage intérieur.

Sensations..Une main effleurait la vieille pierre d’un muret couvert de mousse et de fougères. Les monts s’arcboutaient sous des cieux bleuis.. Un monde enseveli renaissait. Je parlais aux objets. Peut-être que l’univers alors me répondait.  Il me murmurait alors, devais-je le comprendre, tous mes secrets d’enfance.

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15 septembre 2016

Repli

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Le changement de saison imminent requiert chez moi une aspiration au repos, à la tranquillité. L’activité professionnelle en cette fin d’année est toujours très dense, très prenante, trop accaparante pour ne pas désirer autre chose que de vivre des moments de loisirs et de « pure » détente. Question de rythme sans doute.

Une image surgit, celle de l’art enfantin, d’une petite fille qui prend son pinceau de couleur pour laisser aller sa main sur la feuille de papier canson, en toute liberté. Le grain plus ou moins épais de la feuille blanche chahutte la pointe fine du pinceau, le détourne çà et là de toute tentative de maitrise, de mauvaise précision. L’acte de création, de « petite création » est un acte de vie qui épouse le rythme de chaque respiration, c’est un luxe que l’on oublie malheureusement trop vite.

Toute peinture, me semble-t-il,  est un surgissement, un geste germinal qui chasse, évacue  les nœuds psychiques, libère les cœurs serrés. Lorsque l’enfermement se délite, l’inspir s’enfuit à tire d’ailes et quitte volontiers toutes ces tribulations terrestres aux éclats corrosifs, pour enfin s’abandonner dans les nuées.Libération…

 

P.S Toutes mes excuses à Stéphane, une mauvaise manipulation m'a fait perdre mon dernier message et son très beau commentaire.

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31 août 2016

Vivifiant

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Gavarnie - (Photo de Démocrite non libre de droits )

Se sentir respirer avec douceur, avec une lenteur propre au repos : prélude nécessaire à tout bon sommeil est un bien inestimable. Souvent le corps souffre : lesté par un esprit éprouvé par des nœuds psychiques,  archaïques et ravageurs. Déclamation muette de tout un héritage. Le passé brouille les sensations, agite l’éther mnésique .Le corps se débat jusqu’à faire céder les barrages de l’oubli.

Cette verticalité donne souvent le vertige, une perte de conscience, une perte de soi.  Faut-il se souvenir, faut-il seulement  savoir ? Le corps parle et répond promptement  lorsque les larmes perlent.

C’est une chute ascensionnelle source d’aucune promesse, simplement peut-être celle d’un nouvel inspir.Résonnent ici les vers de Shelley :

Plus haut, toujours plus haut,

De notre terre tu t' élances,

Comme une vapeur enflammée ;

Ton aile bat l' abîme bleu

 

Les mots du poète vivifient lorsque la parole espère, ils soufflent délicatement les embruns des cœurs fatigués…
 

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24 août 2016

REMINISCENCE

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El PINAR ( La Palma) Photo Démocrite non libre de droits

« La forêt est un état d’âme… » Le frémissement de la brise dans les pins canariens souffle une sonorité d’être. Elle soulève, légères et virevoltantes quelques réminiscences d’éclats de nuit intime. Jubilation sans transition de sensations enracinées sur un humus archaïque…La Caldeira hume ces fragrances, reste silencieuse et tait tous ces secrets.

 

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23 août 2016

Une mort fleurie

Nogales

Nogales une plage "rustique"de sable noir volcanique : La Palma - ( Photo Démocrite : non libre de droits)

            Je ne cesse de me « retrouver », de m’éprouver aussi dans des lectures bachelardiennes.. Quel homme admirable, capable d’étreindre une pensée rationnelle et une pensée poétique. C’est le héraut de l’âme et plus particulièrement de l’imagination des matières naturelles : l’air, la terre, le feu et l’eau, que je salue ici.

           Comment ne pas se perdre dans cette poésie de l’eau : dormante et douce des rivières et des lacs, ou bien tempétueuse, houleuse comme celle de l’océan. L’imagination tisse des liens invisibles entre chaque filet d’eau d’une rêverie devenue liquide pour remonter à la plus belle des sources celle des « lit-cœurs ». Elle calme les blessures, lisse et désagrège les mots taillés à la serbe qui enténèbrent l’esprit. Elle brûle les songes des profondeurs obscures, lorsqu’elles deviennent printanières, amoureuses ou brillantes.

         L’être voué à l’eau est un être qui se tient en vertige, qui oscille entre les rais de lumières et la tonicité d’un flux. Seul à bord, sans batelier, sans gouvernail, l’eau coule, ruisselle d’une mort toujours fleurie dans le va-et-vient de gouttelettes éphémères.

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21 août 2016

Terre de repos et d'intranquillité

 

Los Sargos - El Hierro

Los Sargos - El Hierro - Photo de Démocrite (non libre de droits)

 

          Certaines îles de l’atlantique vous réservent des surprises étonnantes. Je pense à une petite île en particulier que personne ne connaît : El Hierro. Une île dont je découvris l’existence avec un célèbre atomiste.

        Son nom résonne comme un élément qui donne cette couleur singulière à la terre en la parant de teintes ocres, rouges, « ferrugineuses » : El Hierro : le fer en espagnol. Métaphore s’il en est de la dureté ou d’une volonté incisive.

         Son sol volcanique entaille vos sandales, retient vos pas et vous rappelle à cette minéralité millénaire : secret d’un feu sacré que l’alchimiste projetait d’utiliser. Une pensée démocritéenne parvient jusqu’à moi : « il faut apprivoiser cette terre sauvage », presque déserte à la fois insolente de repos et d’intranquillité. Cette roche volcanique et ses lieux improbables au dessus des nuées, accroissent votre sentiment d’existence. Des sensations mêlées bousculent le flux habituel de nos pensées.

         D’un pauvre naturel, on ne veut bien que ce que l’on imagine richement, ce que l’on recouvre d’une certaine beauté : le doux, l’agréable, le chaud. La matière reçoit de nos rêves tout ce qu’elle n’est pas. Ainsi, nous sommes toujours remplis d’espoirs et de promesses que nous nous inventons.

        Le silence des lieux de cette petite île canarienne force et remodèle notre condition. Les verrous des hommes de la ville se fissurent. L'esprit, étrangement se libère de toutes entraves, de toutes dérives des continents humains sur le fameux sommet del Malpaso...

El Malpaso - El Hierro

Pico Malpaso (1501 m) - Photo de Démocrite (non libre de droits)

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13 juillet 2016

le philosopher

 

Bachelard

( Gaston Bachelard)

           « Le philosopher est une oisiveté nécessaire ou inutile… » Son épaisseur ne tient pas aux diplômes universitaires qui pour certains finissent par « dés-agreger » leur propre capacité à raisonner et de surcroit les privent de toute forme d’intersubjectivité pour les plonger dans le mondain, l’extra-mondain, le clinquant.

         Revenir aux choses mêmes, aux évidences qui ne le sont pas d’ailleurs,  c’est-à-dire au plus près du réel, voilà la tâche du philosopher. L’homme est toujours déjà un être jeté par l’abandon à lui-même : facticité d’un état par la force ou la faiblesse de notre assignation à un monde que nous n’avons pas choisi.

        Philosopher, c’est donc accepter résolument de se « risquer » et de se mouvoir dans cette enigmaticité de notre existence à laquelle échappe tout « pour-quoi », toute pro-venance aussi. De fait, cette attitude singulière se pose avec d’autant plus d’acuité que cette mécompréhension ou mésentente augmente.

          Dans cette élision du mondain, dans cet espace non familier, je deviens étranger à moi-même. Peut-être  le temps est -il enfin venu de lever le voile…( Alètheia)

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08 juillet 2016

πᾶν

Teide-1

( La Palma : Le Teide) Photo de Démocrite non libre de droits

 

La fréquentation du monde « civilisé » me devient de plus en plus difficile. J’observe mes semblables dans leur jeu de tribulations dociles. Lasse !

Je rêve de contrées inexplorées, d’un kaléidoscope de lumière et de sons qui dynamisent la matière onirique. Je ne veux plus voir pour découvrir mais simplement regarder, sans impatience, sans intention, dans le silence de l’entendement, puis écrire peut-être....

Naissance d’images primitives liées au commencement. La nuit, la voie lactée avec son cortège de poussière d’étoiles irise les intensités que l’on croit immobiles. Dans cette dimension, un temps fluide, immémorial offre la perception naturelle des choses, là où l’infini se rive.

Les puissances de vie ineptes et inaptes peuvent bien choir qu’importe ! Certains objets célestes astralisent l’esprit.

Emu par la rosée nocturne de l’univers, le cœur s'est enfin adouci. Il irradie dans cet écrin de nacre.

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06 juillet 2016

Le cor

Pahule-2 (2)

J’avais onze ans lorsque je découvris ce merveilleux poème intitulé « Le Cor » d’Alfred De Vigny, qui chante nos Pyrénées. Dimanche, par cette belle journée d’été, Démocrite et Sibylle se tenaient au sommet du Pic de la Pahule où résonnaient encore ces vers : Extraits 


"Que de fois, seul, dans l'ombre à minuit demeuré,
J'ai souri de l'entendre, et plus souvent pleuré !
Car je croyais ouïr de ces bruits prophétiques
Qui précédaient la mort des Paladins antiques.

O montagnes d'azur ! ô pays adoré !
Rocs de la Frazona, cirque du Marboré,
Cascades qui tombez des neiges entraînées,
Sources, gaves, ruisseaux, torrents des Pyrénées ;

Monts gelés et fleuris, trône des deux saisons,
Dont le front est de glace et le pied de gazons !
C'est là qu'il faut s'asseoir, c'est là qu'il faut entendre
Les airs lointains d'un Cor mélancolique et tendre.

Souvent un voyageur, lorsque l'air est sans bruit,
De cette voix d'airain fait retentir la nuit ;
A ses chants cadencés autour de lui se mêle
L'harmonieux grelot du jeune agneau qui bêle.

Une biche attentive, au lieu de se cacher,
Se suspend immobile au sommet du rocher,
Et la cascade unit, dans une chute immense,
Son éternelle plainte au chant de la romance.

Ames des Chevaliers, revenez-vous encor?
Est-ce vous qui parlez avec la voix du Cor ?
Roncevaux ! Roncevaux ! Dans ta sombre vallée
L'ombre du grand Roland n'est donc pas consolée..."

 

Pahule_2-1

Gavarnie -  La grande cascade au dessus de l'épaule du Marboré- Photo de Démocrite ( non libre de droits)

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