Sibylle philosophe sans gravité...

20 septembre 2018

L'INVISIBLE

invisible

Un ami propose de réfléchir sur la notion d’invisible : vaste problématique autour d’une notion qui n’est pas un concept. Le débat, pensais-je, risque d’être immense tant le champ de l’invisibilité est large et on ne peut plus transversal.

En effet, celui-ci navigue dans plusieurs sphères comme la perception, le psychologique, la connaissance etc…que sais-je encore ?

D’emblée une question surgit : comment pouvons-nous parler de l’invisible lorsque seul le visible nous est donné ? Pouvons-nous sentir, expérimenter l’invisible alors que celui-ci se dérobe d’ores et déjà toujours sous nos sens?

Pour autant, quelques indices de son existence semblent se manifester, notamment sur le plan psychologique, affectif, scientifique. Lorsque des problèmes ou des soucis disparaissent, ils deviennent invisibles. Sont-ils alors réduits au néant ou bien se tiennent ils au-delà ou en deçà du champ conscientiel, d’une perception immédiate, dans un lieu presque inaccessible, dit d’apaisement ou de repos?

Je pense que ce qui est le plus énigmatique, au fond,  ce n’est pas tant de comprendre ou de circonscrire l’invisible que de pouvoir sciemment expérimenter cette frontière entre le visible et l’invisible, pouvoir se tenir sur le fil du « rasoir », là où la pensée s’inquiète, là où elle est mise en déroute.

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14 septembre 2018

Une rencontre

Sib

Ces belles journées de septembre ne cessent de nous donner la douce illusion que nous sommes toujours en vacances. Le week-end dernier nous étions au bord de l’océan avec ses températures somme toute très « amicales » qui nous permettent encore de nous baigner : quelle chance !

Comme il est heureux de pouvoir pleinement profiter de ces lieux magnifiques que nous réservent nos envies de vagabonder. Ces souvenirs en images et en textes sont rassemblés dans un très beau livre intitulé « Sibylle et Démocrite au bord du monde » (ouvrage entièrement confectionné par Démocrite (avec ses somptueuses photos) accompagnés de mes textes qu’il a choisi avec tact et beaucoup de délicatesse.

C’est un très beau cadeau : une œuvre commune mais unique et très personnelle qu’il me fit pour mon anniversaire.

Il y a, me semble-t-il, des rencontres heureuses, inattendues où se croisent des singularités unies par de très beaux agencements. L’existence est courte et il est bon d’en prendre acte et surtout de vivre intensément ces moments : ceux d’une harmonie pré-établie mais toujours nouvelle dans l’intuition de l’instant...

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05 septembre 2018

Ephémère

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( Pic Merlheu - juillet 2018) 

 

Beauté suprême du Lac Bleu (Pic Merlheu) qui stimule l’imagination et vous invite au silence. Sa couleur intense n’a d’égale que son extrême profondeur (150 mètres). Un ciel renversé, miroir d’ étoiles à la nuit tombée.

Ce jour-là nous étions seuls sur ces crêtes, quelques rapaces déchiraient l’azur. L’onde du lac était calme, une brise murmurait bien des secrets, ceux-là mêmes qu’il faut savoir entendre.

Sur une pierre, près du cairn deux noms sont gravés : Sib et Dem : marcheurs et philosophes pour l'éternité.  

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Une tradition

Jaut

(Sibylle au sommet du Jaut - Photo de Démocrite - Juillet 2018)

Ce jour-là, ce fût une magnifique ascension en compagnie de nos amis ( Nicolas, Janine, Jean-Paul) sur ce sommet devenu mythique pour Sibylle et Démocrite. Oui, une tradition qui nous tient à coeur de respecter au fil des ans. Pour autant, il faut passer ces trois phases ascensionnelles du Jaüt avant de parvenir au sommet. Mais le panorama exceptionnel vous fait rapidement oublier l’énergie déployée pour l’atteindre, et ce, d’autant plus que notre tradition depuis plus de sept années maintenant, est de célébrer notre ascension par un apéritif dinatoire ibérique sur ces crêtes.Des retrouvailles joyeuses en somme.

CARPE DIEM

 

 

 

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01 septembre 2018

Les guises de l'être

Castillo - Pano Ossau Ballaitous_

( Vue du Castillo d' Acher en Aragon - Photo de Démocrite aout 2018)

Ces vacances d’été furent l’occasion de vagabonder entre océan ( Landes et Pays basque)  et montagne jusqu’au Nord de l’Espagne, dans la très belle vallée d’ Hecho. Sur les pentes solitaires du Visaurin (2669 mètres), nous pûmes, sous la barre rocheuse, contempler çà et là, la floraison tardive de quelques pousses légères auréolées de jaunes et de blanc immaculé.

Sur ce splendide sommet, c’est un atlas des crêtes pyrénéennes et espagnoles qui se présente  sous nos yeux ébahis. Le schiste rouge avec ses contrastes de gris perle et de vert presque tendre du Castillo d’Acher, gravi la veille, nous laissa sans voix. Des lignes de crête dessinaient l’azur sculpté par les nuages.

« Ces géographies solennelles » incitent au silence et à l’humilité, loin de cette multitude vile des cités affairées.

Pourquoi redescendre alors ? Peut-être pour ne pas voir, ne pas çà-voir.

L’en deçà et l’au-delà de ces paysages, sans dehors ni dedans, nous renvoient à l’infini, celui là même qui nous échappe toujours et encore lorsque nous voulons fixer l’être.Or, notre être est spiralé, tourbillonnaire, enchevêtré dans des chemins qui au fond « ne mènent nulle part », surtout si nous tentons de le trouver, de le saisir ou de vouloir le modeler.

Les guises de l’être sont multiples et facétieuses, sitôt là elles disparaissent. Le Belharra de l’âme, ce voile onirique recouvre ses contours de nébulosités et si notre existence n'était que cela : une pure évanescence.

 

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( Vue du Visaurin sur le Castillo d'Acher, photo de Démocrite)

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29 juin 2018

Lumineuse

 

 

Democrite

"Quoi que dise de moi le commun des mortels (car je n’ignore pas tout le mal qu’on entend dire de la Folie, même auprès des plus fous), c’est pourtant moi, et moi seule, qui, grâce à mon pouvoir surnaturel, répands la joie sur les dieux et les hommes.

Je viens encore d’en donner la preuve éclatante ; à peine ai-je paru au milieu de cette nombreuse assemblée, pour prendre la parole, que tous les visages ont aussitôt été éclairés par la gaieté la plus nouvelle et la plus insolite ; tous les fronts se sont tout de suite déridés ; vous m’avez applaudi avec des rires si aimables et si joyeux que, vous qui êtes venus de partout et tels que je vous vois, vous m’avez l’air ivre du nectar des dieux d’ Homère mêlé de népenthès  alors qu'il y a un instant, vous étiez sur vos sièges aussi sombres et soucieux que si vous veniez de sortir de l’antre de Trophonius. "

(Erasme : Eloge de la folie)

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25 juin 2018

L'intervalle

Pic d'Anie

Nous avançons dans le lapiaz de la Pierre Saint-Martin aux diaclases élargies, serait-ce là le « Mordor » ?

L’arrivée à ce sommet semble suspendre Chronos dans son élan, tant l’horizon l’agrandit. Elle immobilise les montagnards pourtant aguerris. Une brise légère caresse nos visages, sans doute pour mieux nous porter sur ces crêtes lumineuses.

La tranquillité des cimes répare le souffle. De fait, on respire mieux dans l’illimité. A mes pieds, des petits jardins miniatures résonnent dans ce chant printanier de couleurs.

Je me souviens de textes anciens, de ma jeunesse d’étudiante. L’ascension de la montagne constitue selon l’expression de Bachelard « le voyage en soi, le voyage imaginaire le plus réel de tous ». Belle lucidité en vérité.

C’est un mouvement ascendant qui soulève l’esprit porté par l’éther azuréen. Comme il suggère la divinité du lointain, je me tiens en poète dans l’intervalle des monts.

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14 juin 2018

Idylle

danse

La danse est l’expression  des mouvements « sur l’abime » : en dehors de toute foi, hors-la-loi : un envol sans filet ..Une idylle des corps éveillés et des amours retrouvés.

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13 juin 2018

Stimmung

Certains esprits dépriment profondément, car terriblement sensibles au manque de lumière et de beau temps. Ce matin, je regardais dans le miroir ces grands yeux verts qui mangent mon visage et cette étrange silhouette d’adolescente éternelle.

Le reflet me convient et j’ai appris à l’aimer.Le printemps est toujours là me dis-je, malgré les giboulées.

Hier après-midi, une étrange nouvelle, surprenante, totalement inattendue…

Des mots sont là, posés sur le papier. Que disent-ils, tout ce qui fait mal, tout ce qui inquiète. L’intranquillité qui nous menace, qui creuse dans tous les humains, tous sans exception, les sillons de la souffrance. Construction–déconstruction : l’éternel retour du même, de la route de nos humeurs, de notre tonalité du vivre captive des turbulences des nôtres et de celles d’autrui.

Je commence à comprendre que l’équilibre est dans la convergence des forces, dans cettre dynamique, et faut-il oser le dire : dans ce champ où elles tentent de s’apprivoiser. Les images primordiales qui nous animent sont celles de l’enfance, elles nous chahutent parfois, nous réconfortent aussi. Inutile de vouloir les réactiver, de jouer avec elles, elles remontent à la surface des choses, des évènements, à l'envie.

Mais qu’est-ce qui fait le commencement de l’existence ?  Le verbe, l’action, non fondamentalement, c’est tout le pré-réflexif qui nous anime.

Hier encore, je dansais, j’évoluais dans l’espace avec ce corps qui sait si bien l’aimer, qui m’arrache à mon passé et me déploie dans l’a-venir. Danser c’est vivre l’instant « comme si la dimension humaine s'agrandissait en nous » pour devenir alors aimable tout simplement. N'est-ce pas là l'essentiel ?

équilibre

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08 juin 2018

Intranquillité

-pessoa1

Certaines traductions en disent long…J’en veux pour preuve le titre du dernier ouvrage paru de Fernando Pessoa livre de l’inquiétude, de l’intranquillité ou que sais-je encore ?

Quel est donc ce fond amer qui ronge nécessairement le cœur des hommes, des poètes, des écrivains, des philosophes ?

D’aucuns s’acharnent à vouloir réaliser l’impossible, ils sculptent, ils imaginent leur image, ils la confondent avec une réalité qui jamais ne sera incarnée.

L’imaginaire et l’univers onirique combleront peut-être cette béance qui les nourrit et les tourmente. Fernando Pessoa affronte « son » réel : « Je ne suis rien. Ne serai jamais rien. Ne puis vouloir qu'être rien. A part ça, je possède en moi tous les songes du monde ».

Difficile projet, ambition ingrate, inadéquate qui sape toute assise d’une mer tranquille ou d’un rivage doux de l’existence.

Les mots de Cioran résonnent et lui répondent : « Je ne connais la paix que lorsque mes ambitions s'endorment. Dès qu'elles se réveillent, l'inquiétude me reprend. La vie est un état d'ambition. La taupe qui creuse ses couloirs est ambitieuse. L'ambition est en effet partout, et on en voit les traces ».

Faut-il s’échapper et fuir ce trou noir ? Pessoa s’aventure volontiers dans les intermondes de la création, du rêve aussi pour sentir mieux encore ce sujet inachevé, ce « je » qui est un autre.

Comment faire surgir cet être qui n’est pas le soi ordinaire, qui ne coïncide avec rien de connu mais de justement senti. Pessoa nous dit qu’il n’est ni dans l’acte d’écrire, ni dans le sujet qui lit, entre les deux peut-être.

Comment puis-je faire voler en éclats tous ces artifices pour libérer le « je » inconnu, le moi créateur ? L’hétéronomie du sujet est notre propre énigme. La réponse s’invente probablement en chemin.

Elle s’effectue et se vit au creux de cette insistance qui remonte comme un souffle, dans cette présence immanente où l’être et les choses se rencontrent et se réciproquent.

 

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