Sibylle philosophe sans gravité...

21 mars 2017

Gazelles de Sarnath

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(Pic du Pourtalet - Dimanche : 19 mars 2017- Photo de Démocrite non libre de droits)

Les matières naturelles ont toujours produit un effet ambigu sur la subjectivité. Elles suscitent un va-et-vient entre l’introversion et l’extraversion. Nous éprouvons notre réversibilité du sentant-senti. Nous sommes traversés par des influences atmosphériques dans un clos-ouvert : paradoxe peut-être du vivant.

Toute tentative d’accommodation est vaine. La matière minérale des éléments crée une cinématique inédite de nos mouvements. Elle dissémine nos réflexes posturaux pour inventer une autre verticalité. Naissance d’un psychisme ascensionnel, à la fois descente et montée qui fond et surplombe tel un oiseau de proie.

Voler librement, ne rien vouloir, délivre de toute attente, de toute dépendance aussi qui leste notre esprit.

Les gazelles de Sarnath ne sont plus, à ces altitudes, seules les paroles de Bouddha résonnent encore.

 

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14 mars 2017

AZUR WINDOW

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(Photo de Démocrite Azur Window - prise le 27 février 2017 - non libre de droits)

Nous pouvions encore voici quelques jours contempler cette arche naturelle du XIX ième siècle : fleuron de cette petite ile de l’archipel Gozo-maltais.

Cette splendide photo de Démocrite est devenue aujourd’hui « historique » puisque une tempête a eu raison de cette sculpture rocheuse naturelle. «L'être voué à l'eau est un être en vertige. Il meurt à chaque minute, sans cesse quelque chose de sa substance s’écoule » (Gaston Bachelard «  L’eau et les rêves »).

Les flots ont rongé les pieds de ce géant calcaire : Azur Window. L’âme d’Edmond Dantès, amère et vengeresse pleure peut-être encore cette fenêtre d’azur.

Les eaux turquoise même limpides peuvent être terribles, leurs morsures deviennent mortelles. L’Arche engloutie épouse sans doute la mer primordiale sans rivage et sans fenêtre, celle d’une cosmogonie oubliée : celle des atlantes et des colonnes d’Hercule..

 

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( Falaises hautes de 160 mètres - Gozo- Photo de Démocrite non libre de droits)

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07 mars 2017

Lourd héritage

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Sud de l'île de Malte : Grotto

Sibylle et Démocrite

( Mars 2017- Photo de Démocrite non libre de droits)

Avec sa position stratégique en Méditerranée. Les îles de Malte et de Gozo connaîtront l'occupation de toutes les puissances qui se succéderont pour le contrôle de la Méditerranée : les Phéniciens, les Grecs, les Romains, les Barbares, les Byzantins, les arabes Aghlabides d'Ifriqiya, les Normands, les Hohenstaufen, les Angevins, les Aragonais.

Retour de notre voyage sur l’archipel Gozo-maltèque avec mon atomiste où l’on découvre un mode de vie ilien, presque autarcique. Leur langue contient quelques sonorités étranges, mélanges d’intonations, de rythmes inédits portés à nos oreilles. Absence de repères, de sons familiers… une tour de Babel.

S’il y a des mots qui sont en pleine fleur, en pleine vie et qui sont les bijoux mystérieux d’une langue, d’autres, par leur brutalité sonore cèlent tout espoir, toute espace onirique.

Comment s’identifier, comment se reconnaitre et s’éprouver dans ce tumulte des origines sur l'onde d’une mer en apparence calme où dorment les étoiles?

Marsaxlokk : l’âme des pécheurs flotte sur ces barques. Les eaux claires contrastent avec la prunelle noire de leurs yeux qui suscite chez l’étranger une forme de mélancolie. Toute sensualité est absente.

 

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Village de pêcheurs de Marsaxlokk ( Mars 2017- Photo de Démocrite non libre de droits)

Leur ailleurs ne semble pas aller plus loin que leurs refuges religieux chargés d’or et de lumière. Edifices qui favorisent à la fois tout ce qu’ils pensent être comme précieux, mais qui dans le fond ne privilégient aucune joie, aucun sourire. Gravité des lieux ou de leur naissance, un héritage austère semble les accabler.

Que veulent-ils sauver, que veulent-ils fuir ?

Nous ne sommes pas dans le secret de leur cœur, moins encore des dieux et des longs chapelets qu'ils egrennent en priant.

 

 

 

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21 février 2017

Point trop n'en faut !

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« A chaque jour suffit sa joie » (Clément Rosset). Clément Rosset est toujours là où le commun ne l’attend pas. C’est probablement ce qui me plait le plus en lui : malin comme un singe, espiègle aussi, qui tel le berger perçoit la chèvre que vous ne voyez pas ( Clin d'oeil) . J’entends cette phrase comme une invitation à apprendre à vivre avec sa propre temporalité, celle du moment.

Le challenge, est de ne pas se laisser narrer sa vie par un passé oublieux du présent, qui rongerait, et grignoterait toujours déjà ce que chaque petite perle du temps ou de joie souvent m’offre sur le passage.. Ne sommes-nous pas capables de retrouver une unité fondamentale des trois phases temporelles ?

La véritable déchéance serait l’oubli de soi dans un présent-passé, un présent-ad-venir, une chute dans l’abime à la fois du ressouvenir et de l’attente.

Vivre en bonne compagnie avec le temps qui passe c’est accepter d’être contemporain avec soi-même, c’est de dire à haute et intelligible voix : «  A chaque jour suffit sa joie » !.

Et pour en sourire, mais point trop n’en faut tout de même.

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20 février 2017

Singularite

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Paul Ricoeur

L’état d’exception socialement compris, consisterait selon moi à ne pas avoir besoin du regard d’autrui pour exister. Ceci doit probablement relever du fantasme, de l’affabulation puisque chaque fois que nous sommes en société, nous sortons souvent nos plus beaux atouts pour pouvoir nous mirer dans le regard d’autrui.

Séduire toujours et encore sans cesse…Cela doit assurément procurer une montée de jouissance extraordinaire puisque cette conduite, addictive pour beaucoup, se reproduit inlassablement à chaque rencontre.

Pour autant, j’ai l’impression qu’en vivant de la sorte, l’âme n’est jamais en repos, car jamais satisfaite. S’accroissent alors toujours davantage les susceptibilités et autre vexations lorsque la cible est manquée.

L’affaire ne relève pas de l’intellect mais d’une faille narcissique, d’affects profondément innervés par un « fichu » besoin de reconnaissance. Etre reconnu, c’est être capable de réaliser des actions qui se tiennent au-dessus de l’EXTRA-ORDINAIRE pour le moins c’est ce que l’on croit.

Que cherchons-nous au juste ? Peut-être un sentiment qui nous sécurise, qui comblerait cette anxiété originaire à savoir celle troublante en effet, que nous existons si peu dans ce monde. De cela nous voulons le taire, ne pas le savoir, ne pas y penser.

La véritable force n’est –elle pas celle qui nous permet de nous arracher à cette attraction intersubjective qui parasite cette vision de nous-mêmes et de « l’avantage d’être bien né », c’est-à-dire d’exister par soi et pour soi.

Sans mépriser aucunement autrui, je me confirme dans ce que je suis, dans ma toute belle et unique singularité ou que j’identifie comme telle. Qui pourrait bien la contredire ?

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14 février 2017

Le Phénix

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La musique immatérielle par essence, est une force qui interrompt le flux continuum du temps. Elle fait irruption dans nos sens, bouleverse, irrigue nos émotions. Le plus beau signifiant acoustique reste en deçà ou en dehors de toute portée musicale. La musique semble jouer contre ces sons articulés, enfermés par la langue. Elle murmure tout ce qui est caché, elle crée, libre, insoumise les écarts d’un battement de cœur au rythme irrégulier et puissant. Les dimensions spatiales s’abolissent, s’évanouissent, s’effondrent aussi.

Les pieds brulés par le Phénix, le danseur se soulève. Il invente un espace, celui que son corps éprouve, sculpte dans un demi-soupir, dans une clé « hors sol », une ronde blanche : le clair-obscur de son âme.

 Ces notes qui sourdent en moi, où je m’abandonne enfin, ne font-elles pas danser le monde et ses mystères, sans bruit et sans fureur ?  

 

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31 janvier 2017

Ainsi volait Zarathoustra

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La tristesse peut nous prendre lorsqu’on se sent blessée par des paroles ou des actions ressenties comme injustes. L’âme, momentanément ébranlée s’émeut, bascule dans le vide. Renversement et naufrage sur l’île de Tsalal.

Puis, une petite voix résonne qui se veut rassurante. Dans le fond, tout cela ne m’appartient pas, ne me concerne pas.  Si de l’autre côté de l’horizon le ciel s’assombrit, je ne suis pas responsable des ires de Zeus..

Je ne crois pas en la vérité, je ne la cherche pas. Ce concept est une coquille vide car, trop souvent adossé à une volonté de puissance et de reconnaissance. Transmutation des valeurs, éternel invariant théorique..que nous voulons figer. Nous parlons et vivons tous à partir de notre histoire, de notre vécu, alors quel serait le référent qui pourrait évaluer la dose de vérité enfouie en chacun de nous.

Ce que je sens, ce que je sais est discret, infime, presque imperceptible et très humble. L’habitacle de mon cœur protège ce bien le plus précieux celui de mon intimité terrestre et secrète.

Je marchais tantôt dans la neige lumineuse, éclairée par un beau soleil d’hiver. Les ailes d’un grand corbeau s’étiraient, se frottaient aux ascendances, ses trilles cisaillaient les nuées. Je le regardais avec admiration et bienveillance : le mage de Zarathoustra peut-être ?

Une sensation de paix illuminait ma volonté, tandis que mes pas réassuraient mon être, cicatrisaient ma peine, mes mains sculptaient l’azur.

Le gîte immémorial de mes respirations et de mes souffles évanescents renaissait enfin.

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18 janvier 2017

AGENCEMENT ENIGMATIQUE

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( Heraclite et Démocrite)

Ce que les grecs nommaient LOGOS se joue dans la relation entre le « ouir » et le « dire », c’est à dire une parole à la fois sonore (du point de vue linguistique) mais qui crée également des résonnances au fond de chacun de nous, puis, surgit simultanement un dire qui n’a plus rien avoir avec le dit mais qui fait signe vers et « qui ne va pas sans dire ».

La chose pensée elle-même n’est pas dans l’énoncé, dans ces épousailles conventionnelles entre le signifiant et le signifié, ce qu’elle recouvre précisément échappe à toute saisie conceptuelle. Le legein semble fréquenter un autre champ sémantique comme celui du legs, il serait le dépôt de quelque chose (modulation du terme Legen en allemand, mettre , poser ?).

Si nous acceptons de cheminer sur ces pentes, ce legs, ce dépôt serait peut-être beaucoup plus riche que ce que suggère son sens premier. Il serait peut-être judicieux d’envisager ce legs comme un terreau qui préluderait à toute récolte dont la cueillette à venir s’incarnerait dans le dire.

Cette cueillette est un recueillement vers l’originaire, une « conversion » ou tournure du regard. Ce qui parle à travers le langage, et ce, au-delà de toute vocalisation, c’est l’empreinte que nous avons, mieux que nous VIVONS du présent « d’un avoir été » en prise directe avec son "ad-venir".

L’eau de la fontaine coule, l’écoulement est sonore (révélation), mais son murmure (recel) suppose que nous sachions être dans l’écoute (Αλήθεια.), dans l’entente avec le logos.

« L’un est toutes Choses » : un agencement pour le moins énigmatique.

 

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16 janvier 2017

AVALANCHE EN OSSAU

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Photographie de Démocrite ( non libre de droits)

 

Je découvre dans la presse du jour qu’un « collègue-ami » montagnard, skieur et alpiniste confirmé a été héliporté ce week-end. Parmi ses quatre compagnons de route on compte une victime. Nicolas lui, sera tombé en hypothermie. Heureusement, il survivra. Il partait randonner face au cirque d’Anéou. Pour ma part, j'éprouve une curieuse sensation. Ce site est d’une rare splendeur lorsque le soleil ose taquiner ses courbes herbeuses ou enneigées. Les isards guettent le visiteur du soir, de fin d’après-midi aussi.

Je n’ose imaginer ce que l’on peut ressentir enfoui sous des mètres de neige.

Avalanche en Ossau.

Les yeux se ferment, tandis que résonne, frappe dans l’antre du vivre chaque battement de cœur. Les perceptions s’endorment, s’épousent l’une et l’autre pour se confondrent dans un sommeil sans âge. Le temps nous engloutit minute par minute. La neige immense sculpte des sarcophages qui progressivement s’effacent.

Avalanche en Ossau

Le sommeil attendu n’est pas sûr. Une sonde descend, heurte une masse qui bouge. Le néant s’échappe en terre inconnue. N’était-ce donc que cela ? Ne pas se rendormir, non surtout pas.

Sous les paupières lourdes et glacées qui peinaient à s’ouvrir, naissait d'un coup la plus belle des aurores.La toile épaisse de cristaux soufflée par le vent permettait d'exhaler de nouveau les fragrances hiemales.

Avalanche en Ossau

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29 décembre 2016

ENTENTE

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(Ordessa-Photo de Démocrite non libre de droits)

Cheminer évoque une certaine dynamique celle de mes pas, de mon esprit, de mon imagination aussi. Cela sent bon ces petits chemins muletiers des montagnes où coulent dans une gorge profonde des eaux cristallines. Dans sa coquille diaphane, mon corps se joue des nébulosités aériennes.

A flanc de montagne se dresse une grange, vieille maison de pierres où vont et viennent la rosée et l’étoile. Un petit visiteur au regard curieux profite des lieux pour saisir quelques baies. Son pelage brun demeure un abri..

Le murmure du vent, le fracas des rochers lorsqu’ Eole les pousse surprennent le caprin, mais ne l’effleurent jamais. Il dresse ses oreilles, il incline sa tête, écoute le melèze verdir.

Il entend déjà la sève qui annonce le printemps. Ici, les parfums du silence résonnent

 

 

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