J’observe la société politique de notre temps et je m’interroge de plus en plus sur sa nature, ou plutôt sur sa déconfiture. C’est un fait, nous sommes sous un système représentatif, je n’ose dire d’une « démocratie » représentative. Mais  la vraie question demeure. Dans quelle mesure pouvons-nous nous sentir représentés alors même que  l’institution a failli à toutes ses obligations, a perdu la mémoire et l’intelligence de ce que nous appelions jadis un contrat. Le premier contrat par lequel les hommes se liaient entre eux afin de former une communauté d’actions en vue du bien commun, était fondé sur la réciprocité et présupposait l’égalité d’accès aux droits. C’était un sauf-conduit qui aurait dû être réitéré en permanence par l’intermédiaire de nouvelles lois, de décrets, d’amendements, faisant ainsi retour à la source originaire, au souvenir de l’évènement lui-même.

Autrefois, le privé (zoé) représentait le domaine du caché, de la nécessité, de l’accomplissement et la réalisation des besoins. Aujourd’hui, il n’y a plus de privé, pire c’est l’intime qui apparait sur la scène publique. Le politique est devenu ob-scène ,il  se préoccupe de son image, il participe à des shows médiatiques, autorise que l’on dresse en  « prime time » son profil psychologique au grand dam de son adversaire.

 En perdant son autorité (et non son autoritarisme) celle qui est issue du monde romain ( auctoritas- augere : augmenter)  le pouvoir a perdu sa vitalité liée à l’esprit du contrat, de la fondation et donc par là même sa légitimité . L’émancipation du pouvoir séculier était une bonne chose, à condition d’être capable de fonder et constituer une autorité nouvelle, sans elle, sans véritable matrice, le politique est voué à sa propre perte.il nous faut réitérer l’esprit du contrat, «  ce corps intermédiaire établi entre les citoyens et l’Etat chargé de l’exécution des lois et du maintien de la liberté civile et politique »Il semblerait qu’aujourd’hui dominent deux forces antagonistes ( les citoyens ou sujets) et l’ Etat qui se heurtent inévitablement car elles ont un point d’aboutissement radicalement différent. Le citoyen n’est plus l’auteur de ses actes via le processus représentatif.  Nous sommes sous le joug d’un Etat tutélaire, d’un Etat qui retire aux citoyens toute passion et toutes actions communes, tout besoin mutuel, pour atomiser et réduire leurs forces. Diviser pour mieux régner.

Dans une acception qui se veut résolument moderne, une démocratie représentative résiderait dans le droit à la différence, c'est-à-dire « le droit au droit » comme ce qui existe de techniquement, de politiquement plus proche de la vérité du consensus originel. Mais l’ère de l’impérialisme est loin d’être éteinte…