Pièce Les Marionnettes de Salzbourg La Flûte enchantée et La Mélodie du bonheur : MARSEILLE - THEATRE NATIONAL DE MARSEILLE - LA CRIEE - Octobre 2012

La lutte pour la re-connaissance (Connaissance vient de conascere qui signifie « naître avec ») est au cœur des relations humaines. Chacun de nous la « sait », la sent, la devine, la cherche et l’expérimente au quotidien. Pour autant, rares sont les sujets de conversation mondains, intra-mondains qui osent la prendre à bras- le -corps au cœur de ces échanges interlocutoires. Je tais ici volontairement l’aspect juridique où le politique a légiféré à maintes reprises sur le plan des droits civiques, centrés sur les idées de liberté, de justice et de solidarité.

Celle à laquelle je me réfère est la reconnaissance qui se manifeste de manière insidieuse ou volontariste, que l’on revendique sous cape mais jamais au grand jour.. Il s’agit de celle qui peut tisser des liens d’amitié ou d’inimitié et par là même forger une arme à double tranchant pour l’imprudent ou l’im-posteur qui la déploie.

Si toute vérité n’est pas bonne à dire, parler de soi en vérité peut également créer de terribles dissensions ou malaises avec l’autre, adversaire potentiel qui poursuit le même objet du désir. En effet, j’insiste, l’affaire peut-être dangereuse et le risque majeur. Le désir de reconnaissance repose avant tout sur la monstration non affichée ostensiblement à autrui de ses qualités potentielles, possiblement réelles sur la scène publique pressenties par soi mais non encore visibles par lui.

D’aucuns parleront alors d’ob-scénité de l’acte, de provocation dans ce déballage de l’intime sur l’espace public. Peut-être… mais n’est-ce pas au fond notre propre objet du désir d’un coup capturé, kidnappé, mort né, happé malicieusement par l’habileté de l’autre?

Pour autant, la lutte pour la reconnaissance demande du courage, il s’agit d’accepter de dévoiler ses désirs ou ses passions les plus secrètes sous le regard scrutateur du grand Autre qui menace d’agir toujours à l’identique : miroir possiblement grossissant et déformant de ma réalité, comme un ami qui ne  veut que votre bien.

Mais que cherchons-nous vraiment dans ce désir de reconnaissance sinon le besoin éperdu d’être admiré, jalousé, envié peut-être, AIME assurément.

Etrange nature humaine que celle qui a soif de gloriole, d’être vue, re-connue, de vouloir renaitre à nouveau, éternellement sous les yeux d’autrui : « MATRIX» de ma propre existence. Le marionnettiste n’est probablement pas celui que l’on croit. Ce qui en jeu ce n’est rien d’autre que soi, le poids et la mesure de son existence à travers la gagne et le triomphe du paraitre. Il s’agit là au fond de l’estime sociale, intersubjective qui s’adresse à la valeur personnelle et à la capacité ou non de poursuivre le bonheur selon sa conception de la vie bonne, mieux : de la vie belle, véritable diktat sociétal, serait plus juste de dire aujourd’hui, à défaut d’une belle vie. Décalage insurmontable entre l’être, ce que je suis d’emblée, naturellement et le phaïnesthai (l’apparaître) ce que la société me demande d’être.

Faut-il s’en réjouir, faut-il l’accepter ? L’épochè est de mise, je suspends momentanément tout jugement et réserve ma réponse..

Mais derechef, faut-il regretter une sorte de paradis perdu, une vieille terre d’asile sur laquelle pousseraient les graines de la bienveillance liée à la similitude d’homme à homme dans la grande famille humaine ? Il y a dans cette quête, la lutte pour la reconnaissance ou pour celle qui s’exprimerait différemment dans la mutualité naturelle du lien social, une partie qui serait liée à un mauvais infini, un no man's land.

En effet, que recouvrent ces deux acceptions, sinon par des voies détournées un désir affiché de pacification avec soi même, un désir d’être enfin heureux, une gratitude, une réconciliation de soi avec soi, un désir terriblement archaïque faisant signe vers un rapport absolument primitif à la source que suscite la rencontre d’un autre comme moi-même, mon « aimable »semblable.

Loin de tout asservissement de l’autre il s’agira un jour peut-être d’apprendre à entrer en osmose avec lui, (le reconnaitre) et pour le coup avec soi ( se connaitre), dans ce subtil entre deux ou léger pas de deux… vers un «  Soi même comme un autre ».