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Comme il semble difficile d’éprouver lors de relations inter-subjectives, voire même amicales le plaisir de l’authenticité. L’authenticité (du grec : authenthês « qui agit par soi même »): une vérité sur soi et de soi avec soi vécue sous le mode de l’exigence, d’un impératif, d’un devoir, qui serait le contraire de la mauvaise foi. Le sujet serait fidèle à lui-même en quelque sorte, en adéquation avec ce qu’il est ou ce qu’il pense qu’il est, sachant que l’on a perpétuellement à être ce que l’on est et que la malhonnêteté morale ou intellectuelle ne cesse de nous guetter. L’être file et hante la toile de son existence, raison pour laquelle le risque est permanent, le danger est toujours imminent de se fourvoyer dans le marasme de l’hypocrisie ambiante.

Etre authentique serait côtoyer la vérité, ne pas mentir à autrui, à ses amis, être sincère (sincerus : propre, pur) dans les échanges, les points de vue, les discussions, les avis ou « bons » conseils prodigués pour leur plus « grand bien ». S’« il ne faut pas tout dire cela serait sottise, ce qu’on dit, doit être tel qu’on le pense ». (Montaigne).

Pour autant la sincérité ne suffit pas à caractériser l’authenticité : on peut être un salaud tout à fait authentique ! Celui là même qui vous embrasse et vous promet mille douceurs, tournez lui les talons et une pluie de prêchi prêcha succèdera aux traces de votre passage. Ah le bel ami !

Le salaud est tout à fait en phase avec lui-même, il se plait à virevolter dans le tourbillon du « on », que dis-je, il EXULTE dans les faux semblants et faux fuyants du « j’aime tout le monde »et « tout le monde m’aime », jusqu’au jour où il se fera bel et bien débusquer, tel est pris qui croyait prendre. Comme tout cela est exaspérant, connu et reconnu mais personne ne dit mot : sourires de façade, courbettes, discours emphatiques, comportements faussement assertifs et terriblement compatissants signes en vérité d’AUTHENTIQUES manipulations.

Faut-il quitter ces lieux mondains pour retourner dans la nature, et « cultiver de l’authentique » ? Je ne crois pas à un naturalisme béat : refuge des rêveurs ou de quelques lâches invétérés. Il est bon d’in-sister dans ce monde, d’accepter de le voir avec une autre acuité, de laisser enfin tomber le voile.

Ce n’est probablement que dans l’angoisse, dans cet état existential qui met l’Existant (Dasein) face à lui-même, devant son pouvoir être le plus propre ou devant sa propre impossibilité à infléchir les évènements intra-mondains, comme la mort, que l’authenticité se dévoile. Ouverture et néantisation de mon être qu’aucune « supercherie », ou inauthenticité ne peut venir tronquer mais dont il me faut pouvoir assumer le passage. Etre authentiquement ouvert c’est être transi par « le rien » de mon existence, par « un devant quoi » authentiquement indéterminé, face à la complète insignifiance du monde où se détachent le rien et le nulle part : le monde en tant que tel et l’Existant, renvoyés face à face dans leur ipséité singulière.