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Le paysage est à la fois le phénomène le plus proche et le plus lointain, le plus indicible et le plus incertain. En effet, le « paysage » ne donne-t-il pas toujours à penser une valse de concepts, de mots qui s’enlacent, se croisent comme la nature, l’espace, le volume, le temps, la perception, la structure, la terre, le cosmos, la forme, le mouvement, le rythme, le visible/invisible ?

Penser le paysage, ce n'est pas représenter un ensemble d'ob-jets assemblés ou accumulés qu'on observerait en surplomb, en survol ou en face, comme un spectacle. Le paysage est antinomique au spectacle car il se lit toujours à contre jour de toute mise en scène, de tout artifice. Il vous possède en vous dépossédant.

Il est la « traversée ».Le paysage est ce que l’on parcourt par la marche, le regard, par le cœur aussi. Il nous enveloppe, il est ce qu'on « habite » de sorte que l’on pourrait presque dire : on « y est» en somme.

De l'ordre du « vécu », le paysage est « sensible », il libère des affects, il est de l'ordre de la « présence », de la « rencontre", maestro prodigieux d’une symphonie qui reste toujours à écrire, sans portée, sans clé d’ut, de fa ou de sol.

Pour autant, le paysage n'est pas d’emblée constitué, ni spontané. Il est « construit », il «résulte». Il résulte de quoi ? Il résulte de l'existence humaine, historique, pragmatique, individuelle. Il résulte de l'immensité ou du rétrécissement de l’espace. Il résulte de l’aléatoire des phénomènes météorologiques. Il résulte aussi et surtout des rais de lumière qui tissent la toile, sous la patine du temps.

Le pinceau de l’artiste use et joue à l’infini d’imprévisibles circonvolutions. Ces petites touches de capillarités soyeuses virevoltent çà et là dans l’espace aérien, glissent, s’arrêtent, dansent sur un support impalpable, cette enveloppe diaphane ou somptueuse résidence privilégiée du vivre.