QTX3XCAE1NDEACA4LKGL5CAU54ZY8CA51QDR9CAQUSD2NCAZ6ZFMSCATHSLT6CAVE5RZPCAO49ECDCARU25TTCA1791YQCA48A3KHCA4F3SC7CADISIGNCAB7U661CA7UU3PICA9EDRE6CAHEHFZ1CA0VDR3K

Un quart de siècle, cela compte dans une vie et comme il est difficile de pouvoir pratiquer une sorte de « aufheben » de son passé : c'est-à-dire la capacité d’en conserver une trace mais surtout d’apprendre à le DEPASSER, d’apprendre à s’en libérer pour renaître et s’ouvrir enfin . Les souvenirs sont là nombreux, affluent de toute part, pourvoyeurs d’émotions, de sentiments confus, empêcheurs de tourner en rond qu’ils sont. Comme si cela ne suffisait pas, dans certains cas, l'être du passé, fantôme d'une vie antérieure, s'acharne, ressurgit sans cesse, jour après jour percute votre présent, troue et condamne d'emblée votre avenir, vous privant ainsi de l'essentiel : réussir votre travail de deuil.  

Réminiscence active, pathologie rédhibitoire ? Ainsi comprise, c’est une faucheuse d’avenir qui œuvre et ravine les sillons de l’existence, véritable fossoyeuse de tout esprit libre. C’est animé d’un désir conscient ou inconscient de vouloir revivre, réitérer les instants vécus, passés dans l’allégresse familiale, amicale qui lamine tout espoir de nouveauté. Logique du tiers exclu peut-être, exclusion à coup sûr de toute présence d’un tiers.

Ah quand le passé vous tient « pieds et poings liés ». Il faut bien se raccrocher à quelque chose, à une bouée de sauvetage pour combler un vide, pour voiler ce risque de déréliction qui pointe en filigrane à l’horizon.

Dans tous les maux qui nous arrivent il serait bon de regarder en face nos propres sentiments, mais en sommes nous toujours capables ? On commande la raison mais difficilement ses penchants moins encore ses passions. De fait, une tuile tombée d’un toit peut nous blesser sérieusement mais ne nous navre pas autant que des sentiments souterrains que l’on réfrène obstinément. Souvent le corps nous trahit et parle « clair » assurément, il nous torture par des douleurs, des maladies qui se fomentent et bouleversent immanquablement notre équilibre.

Pour autant, toutes ces agitations insensées ne sont pas les fruits de la Fortune ou d’une main malveillante mais le résultat d’évènements subis et d’une croyance forcenée à pouvoir surmonter peut-être nos propres échecs. Je ne veux faire ici aucun procès d’intention, car chacun de nous pourra s'y retrouver. Je tente de jauger simplement à quel point il est difficile de préserver cette exigence de vérité de soi à soi de soi avec autrui, par fierté, par orgueil, par attitude purement défensive ou bien encore par ignorance.

Aujourd’hui, il me plait de rêver qu’une tournure du regard reste encore plausible pour affiner l’épaisseur de ces affres qui déchirent et menacent notre existence. C’est un miroir sans tain qu’il nous faudrait poser, un visage sans fards composerait ce reflet. Dès lors, serait-ce envisageable de « revenir aux choses mêmes » en suggérant, peut-être une promenade à nos pensées solitaires, à l’aune de ce que d’aucuns pratiquaient déjà au siècle des Lumières.

Resterait donc à explorer, à l’instar du philosophe, une conversion de l’âme comme celle de « l'habitude de rentrer en lui-même qui lui fit perdre le sentiment et presque le souvenir de ses maux, apprenant ainsi par sa propre expérience que la source du vrai bonheur est en nous, et qu'il ne dépend pas des hommes de rendre vraiment misérable celui qui SAIT vouloir être heureux ».

Il nous appartient de faire et d’expérimenter notre « éducation sentimentale » pour savoir humer les effluves originelles du précieux calice : creuset de toutes nos émotions.