promethee

( Prométhée)

Génération « écran », génération mutante, à la recherche d’un plaisir toujours imminent et surtout permanent. Pauvre petite «  Poucette » addict des SMS, des jeux vidéo, des sites sociaux, sites somme toute très AMICAUX, qui ne veulent que votre bien et qui l’auront assurément.

Nos enfants sont le « résultat » de ce que la technologie fascine et façonne, avec la construction d’un soi en trois dimensions : à chacun son avatar interchangeable et jetable à l’improbable apparence, parfaite, lisse, et ce, au micron près. Notre société éduque et structure nos enfants en mode binaire : plaisir-déplaisir, jouissance- frustration, maintenant-demain, facilité-contrainte, richesse-pauvreté, c’est là un constat redoutable et de plus en plus prégnant. L’entre deux n’existe pas, l’unité centrale de la machine n’a pas de cœur avec sa carte mémoire dépourvue d’affects.

Là où l’adolescent clique pour « communiquer », les parents reçoivent une claque à toutes tentatives d’échanges, de discussions avec lui, toujours déjà avortées car jugées inquisitrices voire même sans objet par leur progéniture. Celle-ci les observe hébétée, agacée par cette longue litanie de mots, de vocables « bien agencés » qui les fatiguent dans leur pensée désarticulée ou réarticulée dans un langage qui nous échappe. Passeuse de sons, de BIPS, c’est Hermès que préfère cette génération à Prométhée : communiquer vite et à tout prix sans jamais rien produire, voilà ce qui importe.

L’écran est pratique, il protège ces adolescents de leur propre inaptitude à l’effort, de leur ignorance ou mécompréhension des choses de la vie, des évènements publics, privés quelquefois intimes. Une société écran est celle qui dissimule des transactions souterraines qui masque le détenteur principal des opérations, emprunte des chemins insidieux vers des lendemains incertains. La gagne à tout prix, à n’importe quel prix.

Comment prévoir un futur privé de sa propre histoire ? Le danger est imminent, celui là même que Tocqueville percevait déjà à son époque : « Le passé n'éclairant plus l'avenir, l'esprit marche dans les ténèbres". Où va le monde ?

Si nous le désirons, il nous appartient de dissiper ces écrans de fumée pour oser aller voir nos structures essentielles : notre tonalité fondamentale. L’écran n’est-il pas ce refuge du petit enfant grâce auquel il fait taire ses craintes ou ses peurs les plus inavouées, souvent inconscientes d’ailleurs. Il coïnciderait peut-être avec ce temps de prématuration où la parole est inscrite à la croisée des sensations corporelles et des mots.L’ordinateur réactive, me semble t-il, cette sensation d’exister à travers ces impressions, ce contact entre ma peau et l’objet, mais à l’exception de l’essentiel : la chaleur humaine, peut-être « maternelle » pour le coup résolument absente.

Nos enfants sont dans le « maintenant » (littéralement que la main tient), ils pensent tenir, ob-tenir avec leur tablette numérique le monde dans leurs mains. Les distances spatio-temporelles sont abolies, rétrécies, disséminées aux quatre vents. Surgit alors ce sentiment de puissance démesurée dans un esprit résolument infantilisé.D’aucuns le qualifieront d’immature peut-être d’inouï, c’est à dire d’une génération qui reste encore à naitre sans aucun héritage.

De part et d’autre, c’est l’inquiétude qui domine, les parents sont soucieux comme leurs enfants, pris dans ce monde de virtualités qu’ils ne maitrisent pas.

Prométhée avait façonné les êtres humains à partir d’éléments encore naturels (l’eau et la terre), il outrepassa ses « droits » en dérobant le feu à Zeus. Gageons que les ondes « du tout numérique » jour après jour, ne viennent pas dévorer nos organes vitaux, et cette « fibre » sensible et sensitive sans autre « optique » que celle de rester avant tout des humains…

Juste humains mais terriblement humains…