4370790770_ff9f3ed4a4_n

Sous un soleil hiémal, souffle une brise océanique, quelques badauds défilent devant mes yeux contemplatifs, las. Je les observe, c’est main dans la main et toute génération confondue, qu’ils cheminent ensemble sur la jetée. Etrange grégarisme que celui-ci comme une éthologie inscrite dans une carte génétique sans téléonomie consciente. Archétype relationnel banal, probablement et pourtant, je m’interroge : que cherchent-ils dans cette « prise ou re-prise en main » de l’autre ?

Difficile dé-prise à contracter en vérité, car il s’agit là probablement de maintenir un lien nécessaire et vital pour trouver la juste distance, l’écart idoine avec l’autre et soi même et ce, afin d’éviter sa propre pesanteur et ressentir quelques douces effluves d’une existence lestée par un flux continuum de petites joies.

La présence de l'autre me rassure, son contact m’écarte de toute sensation « de vide », de ce redoutable face à face toujours possible avec moi-même qui me présenterait un moi étranger, effrayant peut-être, celui là même que l’angoisse, existential fondamental, peint comme être – jeté- dans-le monde dans son plus absolu dénuement. Pour celles et ceux qui de temps en temps séjournent dans l’angoisse, ils savent ou ressentent de quoi il retourne ou plutôt de qui.

En effet, l’angoisse individualise l'être car elle le confronte à toutes ses potentialités dans un champ d’action illimité le plus propre, toujours et encore à venir. En tant que telle, elle est un phénomène redoutable dont l’expérience me révèle et me rapproche de ma singularité, de ma chair, de ma tonalité la plus intime du vivre, au même titre que la solitude stimule ma prise de conscience d’être ce que je suis, loin des oripeaux accablants du on.

La véritable solitude n’a pas de forteresse, elle est l'expression d'une libre circulation du moi, car elle n’est pas l’esseulement, moins encore l’isolement, mais un pas de deux avec moi même. Ces distinctions sont essentielles. En effet, l’esseulement est un état de ma subjectivité, lieu où se manifeste un ennui radical, dans lequel je ne parviens pas à établir un contact, une relation avec autrui ou les choses du monde. D’aucuns évoqueraient un enfermement autistique..L’isolement, quant à lui, pourrait être cette posture dans laquelle je me laisse littéralement absorber par les choses du monde, par « le faire » de mon activité, au point que je deviens absent pour les autres mais également pour moi-même.

Attitude de « commodité » ou solution d’évitement, interrogeons nous sur cette nécessité et schèmes comportementaux d’être AVEC l’autre. Si l’esseulement recouvre des travers morbides et redoutables capables de mettre en péril notre équilibre psychique, la solitude peut être lumineuse comme généalogie et découverte du soi.

Peut-être nous faut-il apprendre à naviguer autrement, loin de ces barques fatiguées arrimées au vieux port des coutumes ancestrales, là où, à fleur de l’être notre grain de peau frissonne étonnamment pour nous aimer encore, pour nous retrouver enfin dans un redoublement de la pensée originaire comme re-connaissance de soi.