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VIVRE !

( Les Canaries mai 2013)


C’est tardivement que je naquis au milieu des hommes, à l’âge précisément où l’on commence à dépasser ses préjugés. Endormie dans sa chrysalide la chenille désormais s’est transformée en papillon et goûte à tire d’ailes, l’air enivrant de ses nouveaux espaces.

Redoutable est l’enfermement psychique crée de toute pièce par les « mécaniciens » de la médecine, ces bourreaux sans merci qui jamais ne cueillent de remords dans leurs sombres délibérations. Leur diagnostic ou conclusions hâtives tombent souvent comme un couperet et vous condamneraient d’avance comme cause perdue en voie de déliquescence et ce, pour l’éternité.

Puis d’un coup, grâce à la parole d’un ami, se déploie un instinct de survie, ou pour le moins une croyance folle en la vie que l’esprit et le corps exultent avec cette terrifiante force que rien ni personne ne pourra entraver. Si l’enfant pousse un cri à sa naissance, ce jour là mes grands yeux de jade-vert écarquillés sur le monde lui criaient : « Je suis DANS la vie ! ».

Je souriais alors à mon corps longiligne en lui promettant de le nourrir, d’en prendre soin, de lui rendre cette énergie et cette vivacité qu’il avait connues, et ce, envers et contre tous avis contraires de ces hommes vêtus d’un blanc linceul, fossoyeurs de tout espoir.

 

Peu à peu, le voile de la peur se déchire, je re-découvre la joliesse de la nature en douce compagnie d'un amoureux des cimes puis la chaleur des êtres avec une fraîcheur et une candeur inouïes. La souffrance est en sommeil car la joie la domine.

Etre-au-monde, c’est naitre-au – monde chaque jour un peu plus avec cette singulière acuité, ou tonalité du vivre que le meilleur reste à venir, à vivre pleinement.

Sur les balcons du ciel, l’eau est une flamme mouillée. Aucun cloisonnement naturel ou superficiel ne tient, comme aucune forteresse psychique ne persiste si l’on accepte que l’être intime puisse se délester de ses fardeaux artificiels et conventionnels.

 

Loin de tout optimisme béat, je décide d’habiter la vie en poète en enfilant chaque jour quelques perles de joies et composer un collier sans fermoir, ni attache.

L’esprit est son propre lieu écrivait Milton, et en soi-même il peut faire un ciel de l’enfer ou un enfer du ciel. Ce poète anglais était presque aveugle lorsqu’il rédigea « le Paradis perdu », quelle abnégation ! La cécité n’est probablement pas là où l’on s’obstine à le croire…

Si « on ne sait pas ce que peut le corps » (Spinoza), on ne sait pas davantage ce que peut l’esprit, là est l’expression la plus admirable de notre liberté comme champ de tous les possibles de l'étonnant « clair-obscur » de l’existence.