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« Parler à quelqu'un, c'est accepter de ne pas l'introduire dans le système des choses à savoir ou des êtres à connaître, c'est le reconnaître inconnu et l'accueillir étranger, sans l'obliger à rompre sa différence. (Maurice Blanchot).

En ce sens, la parole serait la terre promise où l'exil s'accomplirait en séjour.Là est toute la difficulté. Sommes-nous capables d’être exemptés de tous préjugés, de voir ainsi autrui avec des yeux toujours nouveaux de vision, dans sa spontanéité ou sa nudité la plus radicale. L’esprit qui cherche à savoir à tout prix, qui cherche à découvrir autrui voue sa quête à l’errance éternelle, car il crée lui-même son propre obstacle épistémologique, mieux son propre obstacle ontologique.

C’est une lutte contre soi même qu’il faut savoir mener pour créer un lien avec autrui d’amitié ou d’amour réel et authentique. A travers le prisme de la connaissance, l’autre n’est jamais saisi que dans une lumière ternie par quelques ombres et perceptions surannées, résidus de nos représentations et transformées par nos attentes de ce qu’il devrait être à défaut de ce qu’il est.

Faut-il le rappeler, on ne peut rien fonder de fiable et de légitime sur l’opinion ressassée, intégrée et intégrale. Pourquoi ne pas penser, terrible gageure, une nouvelle prose du monde, celle de l’essor, de l’éveil, d’une naissance continuée des choses de la nature et d’autrui dans le droit fil de nos pensées ?

Cézanne était l’homme de la première parole disait Merleau Ponty dans « Sens et non sens ». Il parle comme le premier homme a parlé et peint comme si l’on n’avait jamais peint. Notre agir communicationnel reçu par nos pairs nous condamne à ne jamais pouvoir appréhender l’autre comme tel, mais comme il doit paraître aux yeux de tous. Misère de la civilisation, comme si tout pouvait se décréter, se décider, se façonner à l’envie.

Pouvons-nous seulement séjourner quelques temps dans une nouvelle dynamique opérante au bord des signes conventionnels et linguistiques, pour entendre enfin une parole parlante, neuve mais non parlée semblable à celle de l’oracle de Delphes « qui ne dit, ni ne cache mais fait signe. »