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Il m’arrive de me sentir étrangère à tout ce qui m’entoure et ce d’autant plus que les causes ne sont pas clairement identifiables. Spectateur du monde, spectateur de soi aussi. Désolation, tristesse, ennui, vexation, agacement suscitent quelquefois, un mouvement de fuite, une extraction mentale ou psychologique à l’égard du monde et de la présence d’autrui.

Stupéfaction !

En pareilles circonstances, un ami me dirait : « Tu es trop réactive ! », à tort probablement je l’avoue. La véritable question serait plutôt celle-ci : Qu’est-ce qui est touché en toi pour que tu te recroquevilles de la sorte ? Je le sais, je le sens, les braises ardentes de l’enfance me tiennent toujours en otage et me brûlent encore.

D’un coup, une sentence de Marc Aurèle résonne : « Si un objet extérieur te chagrine, ce n'est pas lui c'est le jugement que tu portes sur lui qui te trouble, il ne tient qu’à toi d’effacer le jugement de ton âme ». (Pensées pour moi-même). Ah, quelle belle pharmacopée !

Pour autant, il faut le reconnaître, redoutable est la difficulté, car nous n’avons pas de prise sur les humeurs de nos proches, moins encore sur l’ordre apparent des choses et du monde. Mais, à défaut d’une attitude de résignation, cette maxime nous exhorte, comme une nécessité, à développer une appréciation plus réaliste, « objective » des évènements que nous vivons. C’est le paradoxe du comte de Monte Cristo, avec ce nœud gordien de l’existence, qui tente de changer radicalement de vie tout en restant le même,

Ne serait-il pas plus opportun d’opérer un changement d’états d’âme ?

Cette attitude se travaille, en se frottant aux arêtes effilées de la lucidité, laquelle contre toute attente peut  a-dvenir d'un coup et retentir par quelques vibrations silencieuses au plus profond de notre être. Dans cette perspective, il faut apprendre à « gagner sur soi » plutôt que sur autrui, gravir et dépasser ainsi l’âpre divinité de ces sauvages pensées qui sommeillent encore et toujours au creux de notre âme.

Tendre vers l’euthymie, vers cette douce in-différence qui nous éloigne de ces moments de disgrâce, de mouvements d’humeur de soi ou de l’autre qui gâchent notre instant présent, voilà ce qui m’importe. L’humeur longue, pérenne, stable, amoureuse de lendemains fleuris, est la plus belle des demeures, hors des murs au milieu de pans de prairie caressés par la lumière du soir est, à ce jour mon lieu rêvé de villégiature.