ailes_papillon

 

Le discours d’un journaliste ne trompe personne, toujours trop ramassé, trop condensé, il galvaude la pensée. Pour autant, l’adhésion de l’homme du commun à ces écrits de surface se fait naturellement. Ils sont ce que l’on espère lire car ils renforcent nos convictions et confirment nos attentes, gare à celles et ceux qui ne les combleront pas.

Mars 1961, une femme philosophe juive allemande : Hannah Arendt envoyée spéciale du New Yorker couvrira le procès d’A. Eichmann à Jérusalem. C’est en philosophe et non pas en journaliste, apte à se défaire de tout engagement politique qu’elle courba et dessina les arceaux structurels de la logique totalitaire. Ses publications firent grand bruit mais malheureusement pas à son avantage.

Cet acte héroïque qu’elle commit avec force et courage, c'est-à-dire celui de s’extraire de toute écoute passionnelle et partisane du procès, lui valut la réprobation et la perte de ceux qui prétendaient appartenir au cercle intime de ses amis. Pour elle, peu importe le cas Eichmann ou presque, ce qui la surprenait c’était que cet homme n’était au fond qu’un homme ORDINAIRE, terriblement obéissant, un simple élément d’un rouage encore plus grand que lui, misérable chaînon administratif. Cet homme ne pensait pas, c’était là le mal extrême pour Arendt, peut-être à rebours le bien radical pour sa hiérarchie militaire.

Or, vivre, c'est penser et sans penser, il n'y a pas de vérité".

L’humanité de l’homme surgit lorsque la pensée nait, c'est-à-dire à ce moment précis où se déploie cette capacité que nous avons à chaque fois de pouvoir initier une action, une parole, quelque chose de nouveau qui interrompt le flux continuum du temps social, politique, ordinaire pour faire évènement. Nul n’a mieux décelé qu’Hannah Arendt, dans l’inconnu, dans l’inattendu, dans l’imprévisibilité, dans ce qui fait irruption dans nos croyances que nous partageons avec nos proches, le lieu même de la naissance de la pensée, la FORCE d’engendrement de la pensée.

Plus fondamentalement, l’irruption du nouveau à quoi l’événement nous confronte, à trait à l’agir humain LIBRE, pour autant qu’il se distingue d’un pur comportement ou du simple effort de conservation. L’action (la Praxis) constitue la réponse de l’homme au fait d’être né. Nouveaux venus et débutants dans le monde, du fait de cette naissance nous sommes porteurs d’un élément nouveau, capable de maintenir face à toute forme de totalitarisme : l’essentiel du bien vivre ensemble : la pluralité.

La liberté de penser et celle d’agir s’entrelacent indéfiniment au cœur de la nature humaine et ce, en dehors de toute « condition (nement) » humaine .Elles sont les ailes nécessaires qui rythment et guident chaque battement de notre cœur vers les envolées les plus improbables peut-être, mais aussi les plus belles….