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Tantôt au cours d’un débat philosophique entre gens « de bonne compagnie »nous réfléchissions sur une notion en apparence somme toute « banale » : mais dont le caractère d’évidence nous échappa rapidement : la Modernité. Notre embarras ne portait pas tant sur le point qui anime telle ou telle attitude ou discours dit moderne mais bien plutôt à nous interroger sur la Modernité.

Peut-on clairement identifier la Modernité ?

Est-ce l’idée qu’une époque se fait d’elle-même dans sa différence avec ce qui la précède ? Est-ce ce qui s’inscrit dans la césure entre la tradition et une ère à venir ? Ces questions ont probablement du sens mais insuffisantes en vérité au regard de l’essentiel, à savoir la saisie de l’élan, de la source ou du fondement de la Modernité. Derechef, la difficulté redouble ici si l’on pense à l’instar de Bacon que « la vérité est fille du temps » et que les modernes seraient donc les anciens au sens propre du terme puisqu’ils accumuleraient d’une certaine façon toute l’expérience de l’humanité. Le serpent se mord la queue..sortons de l'impasse.

Qu’est-ce que la Modernité ?

Le mot « moderne » vient du latin modernus et signifie : qui est récent.  La modernité serait tout d’abord « un phénomène » de civilisation caractérisé par une révolution majeure d’ordre intellectuel, social, politique qui s’inscrit en rupture totale avec un modus vivendi sociétal devenu inapte à répondre aux exigences de son temps. Ouvert à la nouveauté, mieux ouvert par la nouveauté, cette tension : terreau d’une ère nouvelle participerait à l’émergence d’un nouveau paradigme. Les anciens modèles, référents de l’Antiquité comme la physis, la nature sont d’ores et déjà renversés, probablement niés par l’avènement de la Modernité pour laisser ad-venir un autre paradigme celui de la Raison ou la raison au cœur de l’histoire.

Historiquement, il en est ainsi de l’apparition du rationalisme, du positivisme et du scientisme, en somme de l’ère Moderne surgissant contre la tradition et ratiocine tous les pans de la sphère de l’être. Sur le plan proprement philosophique, apparaît la notion relativement inédite d'individu rationnel et autonome, affirmant de plus en plus sa liberté de conscience et capable d'agir sur le monde comme « s’il était maitre et possesseur de la nature » à partir de nouveaux fondements, de nouveaux paradigmes.

Si cette ère nouvelle s’immisce dans la brèche du temps en dehors toute forme de linéarité, à savoir sans ancrage fixé dans le passé et sans orientation future déterminée, cela supposerait qu’elle soit à elle même sa propre norme sans offrir par le fait aucune garantie. Peut-être, est-ce là où le bât blesse. S’il y a bel et bien une rupture avec ce qui a été, l’horizon à venir reste silencieux. L’équilibre est fragile, car en filigrane, un danger pointe, celui là même que pressentait Tocqueville lorsqu’il écrivait dans «  De la démocratie en Amérique » : « Le passé n'éclairant plus l'avenir, l'esprit marche dans les ténèbres ».

À cela se rajoute la question récurrente et sous-jacente de l’auto-référencement. La modernité serait à elle-même sa propre norme et s’offrirait un vis-à-vis hors champ visuel, autodéterminé, autodéterminant, un fondement sans fond. L’idée semble redoutable et déstabilisante.

Ce faisant, la crise menace toujours « un semblable système » ou process auto-référencé instable par nature. Dès l’instant où l’homme ne se reconnaît plus dans l’actuel paradigme, un champ de forces surgit, véhiculé par des aspirations nouvelles à l’aune de valeurs qu’il juge d’ores et dèjà essentielles.

La véritable Modernité consisterait peut- être à réduire nos prétentions à toujours vouloir tendre vers l’exactitude, la maitrise, la recherche de la justesse dans notre relation avec autrui, avec le monde et de susciter une autre prétention celle de la sincérité d’être enfin nous-mêmes. Sommes-nous encore capables d’instaurer cette forme d’honnêteté et d’humilité de soi à soi comme creuset du berceau de notre humanité ?

Une post- modernité me direz-vous ?

Pas vraiment…une alter-modernité assurément….