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Le « je pense doit pouvoir accompagner toutes mes représentations » » (Kant- Anthropologie d’un point de vue pragmatique) : ce pouvoir du  « Je pense » élèverait l'homme au-dessus de tous les autres êtres vivants. En effet, l’homme est une personne grâce à l'unité de sa conscience immuable malgré tous les changements qui peuvent lui survenir. Pour autant, cette unité :  précieuse monade en apparence est la cause de tous ses maux : le plus grand, le plus insidieux, le plus douloureux aussi : celui de l’incommunicabilité.

«  Il n’a pas de rapport sexuel » disait Lacan, le sexuel ne conjoint pas, il nous sépare. Resterait peut-être « réparation suprême », le sentiment amoureux qui tenterait, tel un pis aller de combler la faille, le manque : l’incommunicabilité à l’autre. L’être humain en bafouille,en crève même et crée du symptôme car il se sent déstabilisé.

Les outils auxquels l’homme accède depuis sa naissance comme le langage, l’art, les échanges physiques ne donnent rien en partage et surtout pas le réel qui résiste à toute tentative intrusive.Plein, il est tout ce qu'il est à chaque instant, si tant est que la temporalité le touche, l'effleure. Le réel est hors symbole, hors champ représentationnel, malgré tout omni présent aussi car il n’est pas troué. Quoi de plus effrayant que cette impuissance à rejoindre le réel, de poursuivre indéfiniment ce mensonge éhonté de la vérité. La chaîne des mots prononcée m’en-chaîne et me désarticule au réel. Ironie du sort.

Le «  je pense » est hors jeu et contribue à développer le mal être, le « mal savoir » et au bout du compte le mal vivre. Force est de constater que c’est «  le un tout seul » qui perdure, existe, qui désagrège tout lien social, toujours d’ores et déjà mort-né.

Le corps social n’existe pas, son absence est la marque de la résultante du mensonge de la vérité. Il n’y a pas de signifiant pour dire le monde, il n’y a pas de signifiant pour vivre l’autre. Il faut en prendre la mesure et l’accepter.Pour autant, si la parole est muette à l'égard du réel, qu'en est -il de l'agir, de l'acte qui l'impacte, des effets de coupure ressentis çà et là dans notre peau trouée ? Le "je pense" n'a pas de territoire mais le "çà pense" pointe semble t-il dans une direction d'une liaison désespérée...