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La meilleure des traductions, trahison par essence comme le « on » s'empresse de le dire, peine à créer semble t-il du commun, à abolir les frontières. Langues et peuples ne coïncident pas.

Pour autant, à y regarder de plus près, cette non coïncidence décloisonne l’espace et chavire toute forme de temporalité linéaire. Derrida disait langue et peuple « çà n’appartient pas ». Le traductible pur n’existe pas. Heureuse ou malheureuse « chancelante équivocité du monde » qui selon H. Arendt part d’un mauvais présupposé. Vouloir de toutes forces revenir à une communauté originelle, primitive au lieu d’en faire un point d’arrivée sape toute possibilité d’universalité du langage : universalité sans uniformité, cela va sans dire. La nostalgie du temps d’avant, d’avant la babélisation des langues et donc de l’être, de l' identité est une (re)conquête vaine.

En effet, que désirons nous vraiment sinon, être de retour « chez soi », voilà le fond du fond. Sur le rivage d’Ithaque, mille fois Ulysse aussi avait rêvé du retour et pourtant le pays dont il s’agit lui est étranger, c'est à dire familier et non familier. Le réel est l’ombre de la perception, le sens vacille dans cette brèche de l’équivoque d’une histoire personnelle qui n’a pas encore eu lieu mais qui reste de toute façon à venir, à construire.

Sommes-nous donc condamnés tous à l’exil, pauvres apatrides nostalgiques que nous sommes ? Le pessismisme n'est pas de mise, il nous appartient de faire bouger nos propres frontières. Ainsi, notre langue « consonnera » peut-être un jour, loin de tout particularisme et de tout signifiant singulier, dans un rythme inédit : celui d’un bien vivre-ensemble et d'un bien vivre avec soi…