Lac inférieur_modifié-2

Je me suis souvent demandé par quel influx sensori-moteur l’émotion provoquée par la vision d’un paysage, d’une photographie, d’un animal (un petit écureuil ce matin) ou bien encore d’un végétal, pouvait à ce point modifier mon rythme biologique. Emerveillement, sourire, arrêt sur image et déploiement de douceur.

Peut-être est-ce là d’abord, un mouvement de recul spontané, instinctif, de fuite de l’insoutenable tumulte et affairement des humains ? Causeries et préoccupations insupportables de ce que d’aucuns : nos propres congénères se gargarisent, interminables prêchi-prêcha. C’est bien volontiers que je quitte ces automates formatés au 1 ou 0, langage binaire et unilatéral.

Certaines personnes, j’ose le croire, bien intentionnées et soucieuses de mon bien être, me voyant peu encline aux douleurs existentielles : angoisse ou peur du lendemain, me considèrent comme une douce rêveuse. La belle affaire que voilà ! Faut-il toujours être en prise avec les tourments passés ou à venir que la vie nous assène au quotidien ? Pour ma part, je me refuse obstinément à produire de l’inquiétude là où l’évènement redouté peut ou pas se produire.

Mes nuits, sont peuplées par mes montagnes, mes lacs, mes ruisseaux pyrénéens. Depuis plus d’une décennie maintenant, j’ai senti à défaut de comprendre, que tout ces paysages, m’ont vu grandir, pousser devenir moi, que mes pas d’adolescente ont foulé ces monts herbeux baignés par le soleil où a dormi mon enfance. La plus belle des demeures serait pour moi au bord d’une eau vive sous l’ombre des chênes et des noisetiers.

C’est un fait, certaines sensations sont éprouvées à l’état brut, elles vous emportent, vous transportent, vous traversent de part en part en provoquant une étrange alchimie. Dépossession d’abord, saisissement ensuite, émergence et projection d’une vitalité démesurée, inédite aussi, parce que vécue sous le mode d’une irruption forte, inouïe. Dévastation- déprise puis empoignement.
C’est un déploiement de présence, mieux, de coprésence entre moi et l’élément naturel qui se réciproquent l’un et l’autre. Un va-et-vient, un tourbillon qui s’ouvre dans les couloirs d’un temps vécu sous le mode du laisser être.

C’est ainsi que j’ai réappris à vivre, à respirer après de longs silences forcés et subis sous les affres de la douleur. J’ai dû rééduquer mon corps, l’accompagner dans l’effort, l’apprivoiser souvent et l’aimer encore. Une sensibilité exacerbée, oui peut-être, à fleur de l’être, à fleur de l’âme, mais loin de tout précipice… C’est l’expérience de la beauté sans commune mesure. Je renonce à le dire mais vous enjoins de le vivre comme un état de grâce à l’aune du thaumazein, du pur étonnement, de l’émerveillement.

Une gravité ou acuité de l'existence sans pesanteur, les pieds sur terre...