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L’adolescence est une période de l’existence réputée difficile à vivre, à la fois pour les parents souvent désorientés et l’adolescent (e) lui-même.De fait, c’est une phase délicate où l’individu est sommé de construire la passerelle qui lui permettra de trouver la bonne tension ou courbure de l’arc pour passer d’un monde proximal, familier à l’espace public dont la dimension moralisante, unitaire peut effrayer l’adolescent.En effet, il lui faut accepter de quitter cette sphère d’attachement, ce cocon affectif dans lequel ses propres géniteurs l’ont placé dans ces jeunes années. A ce stade la difficulté peut-être redoutable lorsque les parents restés éternels adolescents pratiquent le copinage avec leurs progénitures et se tiennent dans une position strictement horizontale..

L’actualité regorge d’exemples de ces quadras, de ces quinquas qui ne veulent pas vieillir et par voie de conséquences favorisent l’émergence de ces « Tanguy » qui se lovent dans le principe de plaisir en évoluant dans ces espaces ludiques qui les maintiennent irrésistiblement dans l’enfance.

Il ne s’agit pas ici de faire des procès d’intention aux parents, tant la tâche est devenue ardue eu égard à cette nouvelle génération que Michel Serres appelle « Petite Poucette ».Pour autant, il semble intéressant de creuser la nature de cet obstacle qui empêche l’enfant de grandir, de murir, de déployer sa maturité, c’est à dire son autonomie et d’engager par là même sa responsabilité à l’égard de sa propre existence.

Le franchissement de l’espace privé vers l’espace public (ici adulte en l’occurrence), nécessite probablement la création d’un type d’espace « intercalaire » qui permettrait cette jonction. Ce lieu est essentiel en ceci même qu’il représente le terrain des doutes, des désirs, des oscillations, des élans que tout adolescent possède et qu’il devra confronter et mesurer aux obligations objectives, sociales des institutions.

Un enfant surprotégé aura toutes les difficultés du monde à se sortir de ses peurs, sa structure sera fragile, chancelante à la moindre difficulté.. Il usera de tous les subterfuges pour se cacher, se recroqueviller et demeurer dans le giron parental. Sa meilleure défense sera l’attaque vis-à-vis de celui ou de celle qui lui intimera la volonté d’acquérir de l’autonomie et des responsabilités. Voilà pourquoi l’adolescent pourra « bondir », se mettre « faussement » en colère lorsqu’il sentira flotter la menace parentale d’aller se frotter à l’espace public et ses obligations et de perdre la douceur de la bulle familiale. Aucune recette n’existe fondamentalement pour pallier ces difficultés, à l’exception peut-être, de celle de susciter chez l’adolescent l’envie de franchir l’espace intercalaire, et d’aiguiser sa curiosité pour naviguer dans l’arène publique.

Un constat demeure, « Petite Poucette » évolue aisément dans la sphère de l’image, du paraître, « de l’étincellement »et s’il existait un environnement familial, privé, intime qui déclencherait le désir de « montrer » au vu et au su de tous, ce qu’elle a décidé d’être ? Désirer s’accomplir dans une virtuosité phénoménale pourrait peut-être mettre à mal ce point critique dans l’espace intercalaire où toute initiative est potentiellement inhibée. Le désir de paraître dans la sphère publique, d’être admiré, reconnu, donc aimé réactiverait sans doute l’élément moteur de toute existence, le plus fiable et le plus sûr : la confiance en soi.