Aristote

Face au silence étourdissant d’autrui, d’un proche, d’un ami, quelle attitude pouvons-nous adopter, c'est-à-dire engager avec justesse et délicatesse ?

La difficulté est redoutable car instinctivement, irrémédiablement nous mettons en place avec tout ce que nous sommes : notre héritage familial, éducatif et social sans compter nos humeurs du moment, des processus d’interprétation qui ne trouvent probablement pas d’écho adéquat et juste face à cette réalité qui nous préoccupe. La tentative d’appréhension de la réalité ne se perçoit qu’à travers le prisme distordu, brouillé de mon psychisme contrarié..Pourquoi ce silence se demande t-on, quelles en sont les causes ? Malaise, mal être inavoué face à ce que l’on ne comprend pas. Il faut trouver du sens. Pourquoi faire ? Se dédouaner, se déculpabiliser, aider l’autre dans sa détresse (Sainte Marie) ?

Comprendre, comprendre à tout prix…Curieuse nature humaine qui veut du sens et qui a horreur du vide aussi.Cet être silencieux est-il malheureux, triste, ou bien encore en pleine réflexion et donc réfractaire à toute forme de présentification ou présence fut elle bienveillante ?

On essaie de faire parler à tout prix une forme de volonté qui souhaite se dissimuler, qui souhaite qu’on l’oublie pour mieux peut-être se rencontrer elle-même, se recentrer et soigner cette division douloureuse qui l’écartèle. Pourquoi vouloir colmater quelque chose, qui seul sans l'aide d'un tiers nous échappera de toute façon, et qui est présent depuis si longtemps, que l'on sent mais qu'il nous est impossible d'explorer avec ce que nous sommes et que nous avons peur d'affronter peut-être.

Ah les dangers de l’interprétation !

Pour autant, le danger est à double sens. En effet, sont concernés par cette perversion du sens à la fois celui qui se tient dans le silence et l’ami qui l’observe, car l'immense majorité de nos frustrations, de nos souffrances, de nos tristesses, de nos divisions, de notre malheur aussi résulte d'une interprétation hâtive, mauvaise, maladroite, mal agencée des choses, des évènements qui nous concernent au plus près.
Dans ces circonstances, comment cultiver un atome d’écart avec ce que l’on nous a inculqué durant toute une vie, il existe des gravures indélébiles, des héritages indépassables.L’écart se joue peut-être dans l’acceptation singulière que celui ci ne pourra jamais exister seul, à part entière parce que je l’aurais décidé, "pseudo-auto création" en dehors de ma structure propre que je n’ai pas choisie mais qui me constitue. L’affaire est d’autant plus redoutable et vicieuse encore, puisque la valeur que j’accorde à vouloir cultiver cet atome d’écart est liée à la valeur que j’accorde au monde, aux choses, à l’autre et donc à l’interprétation que j’en fais.

Qu’est-ce que cela, le « il y a » dans sa grande singularité, que représente t-il pour moi ? En posant cette question le moi, pur ego disparaît. Une chose, un être qui existe et qui a pris forme par autre chose que lui-même est tributaire dans ses caractéristiques les plus manifestes d’une élaboration, et ré-élaboration perpétuelle sous le regard d’autrui qu'il ne maitrisera jamais.

Resterait à explorer « le soi « peut-être et pour en sourire je vous dirais là, chers lecteurs  « à  chacun pour soi ».