cosmogonie_cosmologie

« Ce ne sont pas mes commencements c’est le commencement qui m’importe. Si je me heurte à ma naissance, à une obsession mineure, c’est faute de pouvoir me colleter avec le premier moment du temps. Tout malaise individuel se ramène, en dernière instance, à un malaise cosmogonique, chacune de nos sensations expiant ce forfait de la sensation primordiale, par quoi l’être se glissa hors d’on ne sait où… » (Emil Cioran « De L’inconvénient d’être né »).

Le non - savoir concomitant à cet instant zéro du premier commencement participe à cette énigme insurmontable de l’acte par excellence de la naissance. On pourrait s’interroger ou plutôt s’inquiéter sur ce qui va ad-venir, sur ce qui prochainement pourrait nous concerner.

Pourquoi diable donc vouloir revenir vers sur ce qui est passé, révolu et en conséquence de quoi ne nous menace plus ?

Il y a là, en apparence du moins, quelque chose de retors.L’esprit revient, et comme tiré en arrière sur l’origine obscure d’un temps primordial, d’un temps fondateur. Sensation ou intuition peut-être que là réside le creuset qui contient en germe toute ces foliations qui entravent toutes ses possibilités vécues et entendues comme telles. Je suis née, ou plutôt : “il y a eu naissance” ; cet acte m’échoit, sans que j’ai pu « contractualiser cet accord ou choisir d’être », avant même que je puisse en assumer la charge ou l’héritage, en personne éminemment concernée. Il me faut y retourner, sentir, éprouver l’acte originaire et tenir le fil de ma vie.

Quelle gageure !  

Au fond, la naissance est aussi obscure que la mort, les deux en réalité me sont complètement étrangères et pourtant, elles m’habitent en ces deux points temporels extrêmes de mon ek-sistence. Je fais même corps avec elles : au début et à la fin.Reste l’entre deux de l’ek-sistence sans fin ni origine à tutoyer. Débrouillez vous avec cela : une vie arrimée à une équation aux deux inconnues.

Je n'ai pas le choix. Riche peut-être de cette pauvreté, immémoriale par principe, j’embarque sans boussole mais j’aime chaque instant : petite perle de chaque jour, passionnément, terriblement mienne.