waiting_in_black_and_white_by_overcoming_silence

 

« Le vrai contact entre les êtres ne s'établit que par la présence muette, par l'apparente non-communication, par l'échange mystérieux et sans parole qui ressemble à la prière intérieure » (De l'inconvénient d'être né (Cioran))

Le signe linguistique est une menace pour la compréhension de l’être-au-monde, parce qu’il nous ramène précisément à la dualité de toute représentation, c'est-à-dire à des pensées secondes, toujours a posteriori. Le couple signifiant-signifié érige une forteresse de la pensée tissée de moi à moi et de soi à l’autre.Or, c’est dans l’immédiateté (littéralement : sans médiation) que se tient la véritable expression des êtres, c'est-à-dire dans la manière la plus juste que chacun de nous a de s’immiscer dans le visible et l’invisible : fines membranes de la chair du monde.

En effet, le corps « parle », s’organise, se vit comme une signification, signification très singulière par ailleurs, fondamentale qui s’expérimente comme un nouvel organe des sens. A l’écoute du corps et sous le clapotis assourdissant des paroles nous devons retrouver le silence originaire, primordial, car la parole se tient toujours en excès par rapport à toutes mes possibilités les plus propres.

De fait, il y a, en filigrane comme une forme d’idéalité dans l’acte oratoire. Celle de vouloir circonscrire à tout prix la chose ou ce qui se présente à moi comme un ob-jet, une personne dont je tenterais de surcroît, en vain de faire le tour. Or, « nous ne parvenons jamais à des pensées. Elles viennent à nous »disait Heidegger.

Au fond la question qui affleure ici est la suivante : « Que signifie signifier d’une part et d’autre part, quelle intention si elle a lieu, préside donc à cet acte ? Que vaut cette liaison biaisée par le langage, déviée et déliée avec l’autre ? Serait-ce un lien imaginaire, un faux contact?