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Ma chère petite âme,

C’est du bord du monde que je t’écris. Tu as longtemps traversé cette vie dans un immense paysage, gelé, glacé, recroquevillée sur toi-même. Il fallait pour survivre t’inventer un monde, celui là même qui te protègerait et te laisserait tomber dans l’oubli et la paix des tiens.

J’aurais voulu que l’on t’aime avec toute cette force et cette fragilité qui se heurtent dans ce corps frêle, singulier, parce que ces forces ou ces tensions ne sont peut-être pas si laides pour celles et ceux qui osent et savent les regarder.

Ma chère petite âme, que puis-je te dire ?

Tout ce temps, tu t’abstenais d’exister pour eux, pour tes proches, pour tous ces regards inquisiteurs, qui condamnaient d’avance ce que tu pouvais dire, ce que tu pouvais être. Présence muette dans un monde qui ne te désirait pas. J’ignore si la perfection est dans l’enfance et si au regard de certains gestes, l’adulte n’est pas au fond un enfant qui a commencé à pourrir. Comment aurais tu pu , au regard de telles circonstances devenir mère ? Je me souviens d’une nuit automnale, tu souhaitais ardemment pouvoir te reposer dans un bois, là où les chênes majestueux se courbent pour murmurer le plus doux des secrets : « Quoi l’éternité ? ».

Chère petite âme, tu te fondais dans le silence et l’écriture, vivre seule tes mots et les entendre, pour ne pas t’enfoncer, disparaître lentement…

Je t’envoie aujourd’hui ce billet d’une humeur aimante et tendre…Je crois sentir sur ma peau qui frisonne, un frôlement, un battement d’aile celui « d'un saint du jour" qui m’accompagne, à moins que cela soit juste toi...