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Certaines personnes ont une peur viscérale de la solitude, ou en vérité de ce que nous appelons l’esseulement. Pour le fuir et surtout pour ne pas le rencontrer, elles s’attachent à leurs souvenirs, à leurs liens amicaux, familiaux, aux liens du sang comme à une bouée de sauvetage.

Mais quelle est donc cette pathologie, cette peur maladive qui pousse l’être humain à refuser la confrontation avec lui-même car c’est de cela en vérité dont il s’agit. L’esseulement est vécu comme un état de « désolation », d’abandon, comme si la fausse et mauvaise  compagnie des autres valait mieux que cela. En effet, nous préférons vivre, lâches que nous sommes, une relation de surface et de pure convention, car celle-ci  est tellement rassurante et stimulante n’est-ce pas ? Dans cette acception bien comprise, l’homme aurait donc une vocation d’essence avant tout relationnelle et qu’on se le dise ! Question de survie, oui rien que cela. Entre l’état d’élection et de déréliction : aucune hésitation n’est possible.

Immergé dans un silence qui ne ressemble à aucun silence, l’homme seul  est au fond inapte à se contempler en vérité. Cela se manifeste par un cri sourd de détresse qu’il pousse jusqu’à l’atteinte de la pire des attitudes : se mentir à lui-même. Pauvre Narcisse autiste, mutilé et naufragé de lui-même dans son unité pure, néantisation et dissolution du soi. Comment alors se tenir droit dans cette vertigineuse verticalité ? Humains trop humains que nous sommes ! Aporétique voie de l’autotélisme : être à soi-même sa propre fin, situation angoissante, impossible paradigme que voilà.

Et pourtant, l’esseulement nous conduit au-delà des apparences et en avant de nous-mêmes, c'est-à-dire devant l’effroi de notre intimité la plus « chair », de surcroît incommunicable aussi car en deçà de l’être et du dicible.Apprendre à se co-naitre ou à se re-connaitre suppose du courage et un certain "çà-voir".. Hum !

Pauvres diables, restez donc au milieu de la foule, l’essentiel qui vous caractérise demeurera invisible jusqu’au jour fatidique où le lien avec l’autre : ami, parent, conjoint de façon accidentelle, inattendue cédera .Là, il vous faudra alors assumer votre humaine condition avec cette intime et aveuglante conviction d’expérimenter un être qui se tient toujours en défaut ou en excès, c’est selon, mais dans tous les cas sera soumis à ses désirs obscurs sans velléité aucune..