moi

J’aime souvent prendre en compte le point de vue de la conscience  commune et son cortège d’expressions employées ici et là. Pour autant, je ferais une exception quant à l’absence de distinction ou principe d’équivalence qu’elle effectue volontiers entre le moi et le soi.

En effet, la question se pose eu égard à la nature du sujet, ce que le « moi » et le « soi » recouvrent précisément comme signification. La langue française est pauvre en la matière et c’est plutôt vers la langue allemande que je me tournerai.

En allemand, le moi se dit « das Ich », le soi se dit « das selbst »et avec une légère extension, il pourrait rencontrer une certaine connivence avec le « Dasein » : l’être-là de la philosophie existentiale de Heidegger. Selon la conception jungienne, la sphère du soi embrasserait la psyché consciente mais aussi inconsciente tandis que celle du moi serait restreinte à celle de la conscience.

Que voudrait dire alors un ami, un parent lorsqu’il nous recommande de prendre soin de nous ? La difficulté est redoutable si l’on considère les derniers présupposés. En effet, « prendre soin de soi » supposerait que nous puissions exercer une vision globale et une préhension d’ensemble sur notre psychè et de la sorte d’affirmer pleinement d’une certaine façon: le pouvoir d’être soi. Vaine prétention, impossible libre arbitre, en vérité.

De fait, dire «  soi » ce n’est pas dire « Je », car il apparaît difficile de connaître le soi (mélange de conscient et d’inconscient) et donc de pouvoir  le nommer. Comment pouvons-nous extraire une connaissance de ce chemin illusoire de soi à soi, si l’on décide de se libérer des arcanes pervers du cogito cartésien qui pose d'emblée l'évidence du moi, du soi ? Comme le soulignera quelques siècles plus tard Nietzsche : le doute hyperbolique part dèjà d'un présupposé, pire de la conclusion, à savoir de l'existence de la conscience elle même. 

Dans cette acception bien comprise, l'universel  serait en quelque sorte fondu dans le moi et réciproquement, absence d’un dehors et d’un dedans avec le postulat fantasmagorique d'une intérieure extériorité.

Pour autant, il est assez étrange de constater que le soi existe malgré tout, puisqu’il est au quotidien impliqué dans des actions ne serait-ce qu’à titre: « réfléchi ». Chacun « pour soi » et qu’on se le dise ! Mais, si le soi se révèle comme un autre qui se distinguerait du moi,  comment puis-je savoir « QUI je suis », « suis-je » seulement ? La pensée à soi disait Pascal "est le commencement de tout désordre", et c'est peu de le dire n’est-ce pas ?

Ne serais-je pas à moi-même au bout du compte « Ma » propre étrangeté, une forme d’altérité inconnaissable et malgré tout constitutive de mon être ou bien d'un çà pense, çà est ?

Alors pour en sourire : Etre, c'est être «  Soi-même comme un autre ? » oui, sans contredit.