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Quelle étrange sensation que celle que nous fait expérimenter l’ennui.  Éprouver un profond ennui constitue une véritable épreuve. Forçage des conversations entre amis de « mauvaise » compagnie pour combler l’abjecte et criante absence d’intérêt commun.

Puis surgit un sentiment de solitude et de rejet face à cette mise en scène ob-scène de faux semblants, de senti-ments et politesse de courtoisie. Peut-être, dans de telles circonstances,  faisons nous alors un exercice très singulier, voire même salutaire celui d'apprendre à s’engouffrer dans une brèche où s’insinue la différence de rythme, de temporalité dans laquelle un lien se fissure.

Incontestabelement, quelque chose dans cette assemblée de personnes, se passe, se trame, nous expulse en dehors de ce qui pour nous fait monde. L’ennui interpelle l’instant, chaque seconde pèse comme un couvercle lourd posé là de toute éternité. Le temps apparait dans sa plus grande nudité parce qu’il insiste et ne passe plus.Un sentiment de vide survient, puis jaillit un vouloir-vivre qui désire instinctivement tuer ce vide par un autre vide : bla-bla et discussions intramondaines...

Que cache donc tout cela ? Derrière ce vide de façade, il n’y a peut-être rien mais « un rien »  qui n’est pas rien précisément. De fait, il y a vide et vide. Il y a un vide de surface comme il y a un vide qui rejoint la profondeur. Le tour de magie qui devrait s’opérer ou demande à naître serait une sorte de renversement,  transformation nécessaire de l’ennui superficiel en un ennui profond, histoire de se retrouver, de réactiver ses possibilités les plus propres.

Or, être ou devenir ses possibilités, c’est d’abord les comprendre, mieux se comprendre et sentir par la suite le lieu le plus propice qui favorise leur réalisation pour pouvoir engager au fond si peu de choses : oui si peu, juste la qualité de son existence..

« Pour sortir du sortilège de la molle immobilité de l’ennui, il faut se délivrer. Lorsque plus rien n’avance, il faut se mettre en route soi-même. Plus rien n’a d’importance sinon ce que nous faisons. » Heidegger.