700-19~1

 

Autrefois, il fallait attendre d’avoir 21 ans pour être majeur, aujourd’hui nous voilà « mûrs » beaucoup plus tôt : à 18 ans en France, voire même dans d’autres pays comme en Argentine, en Allemagne, en Autriche, précocité oblige d’esprits prodigieux n’est-ce pas,  dès l’âge de 16 ans qui dit mieux ? Ah, l’évolution des espèces !

« Me voici majeur : génial, super, enfin ! » Oui, mais au fait, pour quoi faire ?

Question stupide voyons, je vais pouvoir travailler, je dispose de la majorité sexuelle, je peux exercer l’autorité parentale, je peux m’affranchir de l’autorité de mes parents. Trop top, trop cool, merci à la société, au droit positif, aux gentils diseurs de droits qui ont tout soigneusement codifié dans le petit livre rouge et me donnent plein « pouvoir sur ma vie ».

Hum, hum, en réalité foutaise que tout cela !

Nous avons mis au monde une génération de « bébés » à laquelle on a légué des packages de principes de plaisir, de facilitateurs d’obstacles, de lots et legs « d’avoirs » sans efforts pour se sentir être toujours plus parmi ses semblables, bonheur sans contredit de l’instantanéité. Le résultat est désastreux, nos jeunes sont libres, immensément libres certes, mais sans avoir la chance de développer une once d’autonomie. Celle-ci, d’ailleurs, n’est pas toujours liée à l’indépendance financière même si cette dernière contribue à sa structuration voire même à sa pérennisation sociale.

L’autonomie véritable est celle qui permet de se libérer d’un tuteur, d’un directeur de conscience, de toute forme de dépendance, comme celle entre autres choses, de ses propres géniteurs, de ses maîtres à penser, à désirer et d’effectuer de vrais choix, les siens en l’occurrence, et surtout de pouvoir les concrétiser.

D’aucuns diront : « tout cela sent la moraline à plein nez », oui, si l’on se place à notre époque du point de vue de la contrainte, que l’on refuse, qui ne doit pas exister. Attitude, aussi bien présente chez le paresseux qui refuse toute activité salariée que chez le travailleur laborieux qui courbe l’échine toute sa vie sans vouloir interroger l’ombre de Sisyphe. Une conscience qui s’ignore est une conscience manipulée, le risque est MAJEUR.

Que pointe-t-on ici dans les deux cas, sinon la lâcheté des consciences ! Je veux être responsable de mes réussites mais pas coupable de mes échecs, et qu’on se le dise mais sous cape s’il vous plait. Je ne veux surtout pas entendre parler de mes faiblesses dans ce monde qui glorifie le clinquant, qui astique autant qu’il le peut le superficiel, luisance et nuisance : joli couple des temps modernes.

Que serait donc cette majorité, censée façonner et structurer mon existence ? Celle peut-être qui ensemence et préserve ce précieux « deux - en – un » : acte majeur de la pensée, comme pouvoir être de l’hétéronomie, une source normative contre le mal radical : à savoir, celui qui m'impose de rester en minorité à l’égard de moi-même, senti et vécu comme un autre pour le moins « on-tifié ».