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Sous cette nuit étoilée, j’ai quitté la ville et ses tribus d’animaux grégaires, pauvres citadins en déroute. La rue est assourdissante. Je passe devant ces restaurants où s’agitent ces groupuscules d’humains, ils mangent, rient, boivent et se remplissent la panse jusqu’à plus faim. Mieux qu’au théâtre, chacun joue son rôle, ils cherchent leur triste pitance.Scènes de vie.

Les élans naturels reviennent au grand galop inévitablement : séduire pour exister, séduire pour être aimé toujours davantage : Ô insondable gouffre narcissique !

C’est une saynète de la vie quotidienne, d’hommes et de femmes tellement ordinaires que j’observe dans ces lieux artificiellement éclairés. La serveuse pose, le client l’observe. Des petites phrases faussement anodines échangées çà et là sur un comptoir de café, des propos flatteurs, des regards insistants, puis fuyants pour feindre l’innocence d’avoir osé demander ce que l’autre espère.

Un appel du pied, un appel du cœur, non du corps et du régime insoumis du désir mimétique, du désir guerrier, vainqueur un jour, destructeur pour toujours. Sisyphe se laisse littéralement happer par ses pulsions sexuelles, arrimé à leur rythme, commence à fabuler sur une "ouverture" possible, jubilation intérieure. Chacun danse autour de l’autre, sans le toucher pour jouer à nouveau la même partition réitérée sans cesse comme le plus vieux métier du monde.

  Au travers de cet acte « routinier », que faisons nous sinon tenter d’immiscer un acte de surréalité entre le monde et autrui, relations amoureuses, amicales, toutes plus éphémères les unes des autres, que le temps use inexorablement..

Peut-être n’était-ce qu’un mauvais rêve, car ce matin à l’aube tout avait disparu. Dès potron-minet, c’est un autre spectacle magnifique qui frappe ma rétine : les sommets des montagnes enneigés me rappellent ici à l’essentiel : le calme et la présence muette des choses. La véritable rencontre est là, celle des singularités minérales, sensibles. Leur vision, claire , nette se fait geste vers cet originaire qui me livre cette vérité perceptive esthéthique : une a-cosmicité du sens, sans « gravity »…