perception-eye

La perception tisse notre relation originaire au monde. Elle ne falsifie pas notre rapport au monde, dussé -je affirmer et réitérer ceci, qu’elle est toujours d’ores et déjà constituée par l’objectivation de nos catégories scientifiques, culturelles, c’est-à-dire par un ensemble de catégories toutes modélisatrices d’un schème a priori universel. Le sujet comme le monde se tiennent inévitablement dans cette corrélation réciproque. L’individu n’existe que par et dans cette liaison avec le monde.

Or cette relation s’effectue précisément dans le mouvement animé par un désir capable d’accueillir tout ce qui peut se donner sans au préalable rien de déterminé, c’est à dire dans cette intentionnalité où le monde et le sujet se réciproquent l’un et l’autre dans une passivité et réceptivité pures : une gratuité en somme.

Ici, le monde n’est pas un espace clos, mais une puissance en incessante effectuation de soi, une dynamique, un espace ouvert qui se manifeste que dans l’absence d’une présence déterminée par nos catégories.

De fait, notre perception ne sera jamais lacunaire puisque le monde en tant que tel n’est ni  ob-jectivé, ni objectivable. La perception est mouvement vers cet accueil de ce fond inépuisable et sans limites du monde. L’erreur consisterait à vouloir circonscrire le perçu dans une vision statique ; une image arrêtée dans la course du processus perceptif lui-même : une face visible sans face cachée et pourtant coextensives l’une à l’autre pour ne faire qu’une dans un battement de cils : un rai de silence perceptif au coeur de l'invisibilité du visible.