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Peut-on à proprement parler d’une inconstance de nature chez l’être humain ?

Ce qui est sensiblement vrai et dit un jour chez un même individu ne l’est plus le lendemain ou l’heure d’après. On se surprendra alors à penser tout bas, si celui-là ne déraisonne pas : encore un brindezingue, OUSTE !  

J’exclus d’ores et déjà de cette réflexion toute forme de pathologie mentale comme celle qui ronge le maniaco-dépressif, le caractériel, le mélancolique, l’abandonnique et autre typologie dissonante prise en charge par quelques éminents spécialistes.

Pour autant, faut-il en convenir, l’idée d’un esprit tout puissant qui maitriserait tout est un leurre. En effet, je note avec insistance l’impact indéniable des impressions extérieures sur l’esprit : les modalités d’être au monde des ob-jets ou des substances, avec leur forme agencée, leurs couleurs, leur saveur, leur odeur, leur chaleur et l’alchimie qu’elles produisent en termes de plaisirs ou de douleurs.

Tout cela est également pris et pétri dans le sablier du temps. Le temps ou plutôt « le nôtre » temps, relie et délie ces qualités de telle sorte que jamais elles n’apparaissent de la même façon à notre corps, à notre esprit aussi. Prises dans un continuum, ces impressions sensitives bouleversent à notre insu nos sentiments, nos idées, notre humeur, elles animent, dirigent, corrigent nos passions, de sorte que le  « ici et maintenant »  reste l’unique référent de toute pensée, de toute déclaration, de toute décision. Effrayant non ?

Simple en vérité, mais difficile en apparence de se re-trouver, et tellement facile de se perdre. En effet, l’idée de mêmeté comme celle de l’identité s’évaporent, reste peut-être l’idée d’un soi à défaut d’un moi : donnée invariante, immédiate, absolue. Cette ipséité échappe à notre entendement, à notre connaissance. Elle est cette présence qui émerge au cœur de ce tissage invisible entre les impressions sensibles et notre esprit.

Dans ce process de « l’antre-deux » l’ourdissage est toujours éphémère sur l’écheveau de l’existence. La co-existence ou la relation à l’autre s’implique dans la réalité sans jamais pouvoir se dupliquer, le lien est toujours neuf, toujours imprévisible aussi.

Rien n’est dans le fond,  parce que tout demande à être, à naitre, c’est probablement là le caractère insigne du vivre : l'impermanence. L’illusion à combattre c’est l’inlassable question du « qui suis-je » pour pouvoir se donner la mesure de l’être, pire une raison d'être.