(Qu'il me soit ici permis de remercier chaleureusement Madame Eliane Escoubas pour avoir eu le bonheur de participer à ses cours)

Il m’arrive souvent de penser à une personne que je considère être une « grande dame » malgré sa taille moyenne. J’ai eu la chance de la croiser voici plus de vingt cinq ans au sein de l’UFR de philosophie de Toulouse le Mirail.

Chaque mardi matin, nous étions, nous élèves de licence en philosophie en cours de phénoménologie avec E. Escoubas, helléniste, germaniste, latiniste etc… traductrice d’E. Husserl . Quel nom barbare que ce terme de phénoménologie qui circulait comme un courant, mieux comme une méthode philosophique.En la découvrant, je compris enfin que l’acte du philosopher était aussi et surtout une façon d’être au monde, de se tenir dans le monde, en apprenant quelquefois à se libérer de la pensée pour laisser opérer une sorte d’ ἐπιστροφή : de conversion du regard.Les lectures des œuvres de Maurice Merleau Ponty accompagnées d’un travail en salle de cours exercé par cette professeure produisaient en moi la merveille des merveilles : un ravissement intellectuel, existentiel extra-ordinaire.

En effet, ce qui s’ouvrait et m’apparaissait c’était cette entente pré-réflexive, hautement singulière avec le monde par la seule présence d’une co-phenoménalité : celle du corps et celle du monde. Dans cette acception, « le corps devient le sujet de la perception » ,il y a une liaison intime avec le monde au point que je devrais dire plus justement : « On perçoit en moi et non pas je perçois  ».

Ce n’est pas le corps objectif qui s’immisce dans cet entre deux mais le corps phénoménal, celui qui produit cette étrange synthèse temporelle enracinée dans une pré-histoire et pro-venance du sentir. C’est autour de ce pathos, ce pathique , que s’enroule et se déploie notre existence. L’extra-ordinaire consiste en ceci que l’unité du sentir réside dans l’incroyable contingence des flux perceptifs « sentant-senti » qui président à toutes nos relations premières, primordiales avec le monde.

Ce que nous croyons percevoir de façon claire et organisée n’est au fond que l’effleurement des choses. «  La part de l’œil » (pour reprendre le titre de l’un de vos ouvrages chère Eliane Escoubas) est probablement celle d’un organe qui reste toujours dans l’incapacité de se voir lui-même.

Reste alors à ça-voir ce que nous voyons vraiment….