L’existence de chaque homme semble être toujours prise dans ce mouvement dialectique entre l’institué et l’instituant. Curieusement, il est les deux à la fois. Aussi, dans ce va-et-vient, le tour de force consisterait alors à tenter d’identifier son moi, c’est à dire de percevoir « qui nous sommes » réellement en dehors de ce jeu.

Mais est-ce encore possible ?

Sommes –nous toujours quelqu’un, un sujet, une forme d’individuation ?

Si tel était le cas, peut-être pouvons –nous croire à une modalité élémentaire d’un « exister », à une pensée sauvage dépourvue des oripeaux des conventions et du langage. Il m’arrive de sentir que ce que l’Institution souhaite produire sous le beau nom d’humanité est tristement son contraire.

Qu’avons-nous fait de l’homme, de ce désir qui l’animait, de ce rapport muet et silencieux qu’il entretenait avec lui même ?  Le retour vers soi a été occulté par l’expérience objective, avec ses us et coutumes, ses habitudes que je pense être miennes. Comment puis-je me défaire de ces acquis qui nourrissent mon logos, ma conscience domptée, ma pensée apprivoisée, dirigée et façonnée par tous ces « on ».

Une étrange sensation affleure de temps à autre celle d’un souvenir, d’une présence qui est véritablement mienne : l’être des lointains et celui de l’intime aussi :  sentinelle du moi.

Mais peut-être au fond, n’était-ce là qu’un songe cisaillant l’épaisseur de ma propre réalité….