Plateau et lac_modifié-2

(Plateau d'Anayet 11 novembre 2015)

 

En cette fin d’après-midi, l’ombre des sommets gagne petit à petit la frange herbeuse des steppes ibériques, le doigt des pics s’allonge. Le Vertice d’Anayet que nous venons de quitter a rempli toutes ses promesses..

Je suis maintenant perchée sur un rocher.

Devant ce plan d’eau étale, en altitude, se tient un photographe que je connais si bien. Plongé dans ce miroir léthargique du lac, il contemple cette eau étonnamment calme, sans trouble aucun. Mais peut-être est-ce lui qui précisément se trouble à cet instant, immergé dans un ailleurs.

Une envie me traverse, aller le retrouver, mais non surtout pas, je me retiens..

Le respect du silence des lieux, le respect de sa solitude aussi me convainquent de ne pas bouger. Ces lieux d’altitude travaillent la dynamique inconsciente par leurs énergies solaires, nourrissent la rêverie aussi. Elles ôtent toute sensation terrestre d’écrasement, elles apaisent le souffle.

La terre ondulée, innervée çà et là par quelques filets d’eau respire. Sans doute inhale-t-elle quelques colossaux mystères. La montagne anime ce héraut, cet esthète toujours en partance,  peut-être en communion avec la grande polyphonie du monde..  

Les lignes de crêtes interpellent le ciel empourpré où sourdent les premiers commencements. Tout là-haut sur un trône d’écume, floconne et frissonne le sage démocritéen dans les célestes nuées : tropes des sentiments terrestres.