oeillets

Comme chaque jour, mes yeux s’ouvrent dès potron-minet, je suis résolument du matin, il faut le croire. C’est là le plus bel instant de ma journée. Le silence m'accompagne avec cette douceur infinie. J’habite la campagne, dans ce village qui m’a vu grandir, pousser, devenir moi…

Sur le chemin des crêtes, la maison familiale domine un cours d’eau qui chante le long des rives, taquine quelques rhizomes, réjouit ces herbivores qui rituellement font leurs petites ablutions matutinales.

Le soleil hésite à ma fenêtre, plus désireux de s’étendre dans le creux des monts saupoudrés des toutes premières neiges.

Quel émerveillement !  

J’avais trois ans lorsque « courageusement » je traversais seule cette route interdite car, disait-on déjà trop empruntée, pour rejoindre en courant la ferme de mes grands parents. C'était magnifique ! Des champs de légumes, des rosiers à perte de vue dont les premiers boutons tendres abondaient les jeunes palais des biches et des chevreuils.

Les murs épais de la grange protégeaient le plus doux des trésors : des roses cueillies au coucher du soleil pour être vendues à l’aube sur le carreau des halles. La flamme qui animait mon espace intérieur était tout à côté sur cette pente herbeuse : un jardin miniature d’œillets de poète qui agrandissait mes yeux. Leur parfum, leurs pétales semi-doubles ourlés d’un blanc liseré ouvraient un monde, celui là même où les ombres deviennent des soleils...