lycene

« Dans les heures heureuses, nous connaissons une rêverie qui se nourrit d’elle-même, qui s’entretient comme la vie s’entretient. » (Gaston Bachelard). D’aucuns souvent me taxent de rêveuse, d’être planant dans une forme d’imaginaire, oui peut-être, j’en conviens volontiers.

Pour autant ce déplacement d’intérêt, cette modification du niveau de conscience me permet de voyager de façon très singulière au sein du réel que je perçois avec mes sens, mon ouïe hyper développée, mes grands yeux qui s’écarquillent, s’étonnent aussi toujours autant devant ces petits mondes que je découvre en effleurant la peau fleurie ou graniteuse de la montagne.   

Tandis que le passé et l’avenir phagocytent souvent notre présence au monde, l’intuition de humer, d’insuffler d’un seul tenant l’instantanéité est une joie sans commune mesure. En effet, c’est un sentiment inouï d’harmonie du vivre qui surgit, comme si je m’accordais, je consentais à me fondre au rythme de l’univers.

D’un coup, les frictions du quotidien deviennent alors dérisoires. Les citadelles intérieures de la rumination des « Chants de Maldoror » s’effondrent tels des murs de poussières. A ces heures-là où le temps est détendu, je me sens plus que jamais auteure de ma solitude mais celle d’une solitude majestueuse, libre, aimée. En effet, ma puissance s’accroît au fur et à mesure que je saisis le monde fragmenté par mes petites perceptions.

Et si celles-ci étaient plus fines, plus justes à l’aune de ce battement d’ailes qui soulève divinement la lycène azurée dans les courants ascendants et tourbillonnants ?