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Que pensons-nous percevoir vraiment ? Cet acte que nous croyons être un acte banal est probablement le plus énigmatique. Lorsque je perçois autrui en tant qu’être percevant et être perçu, jusqu’à la vision de la chose perçue par autrui qui se dédouble lorsque je décide de m’y attarder, nous pouvons nous interroger sur la nature de ces images qui heurtent ma rétine. Ont-elles seulement une consistance ? La chose perçue se déplace, se modifie sans cesse d’une certaine façon, elle est donc toujours latente.

De plus, comment puis-je avoir une idée de ce que je perçois dans ce positionnement spatio-temporel qui est le mien et qui ne m’autorise jamais à voir d’un seul tenant l’ob-jet ? Ma vision est toujours partielle, tronquée, polymorphe, oserais-je dire presque manquée.

J’accueille des lignes, des traits, des teintes auréolées de clair-obscur par les éclairages diurnes qui constituent des formes, puis une sorte d'obs-tacle visuel. Lorsque le voyant est lui même inscrit dans le visible, l’écart entre moi et l’objet perçu s’amenuise, il y a empiètement réciproque de l’un sur l’autre.

L’avènement de l’apparaissant s’effectue donc probablement entre le moi et le non moi ( le monde ?) . Ne sommes-nous pas ici en présence de l’acte de création le plus originaire par excellence ? Celui de l’ouvert de l’apparaitre….la membrane du visible, la chair du monde.