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Possédons nous vraiment un visage au sens où celui-ci est ce que l'on présente à autrui, ce qui est vu ou bien encore comme son étymologie grecque nous le suggère (prosôpon) : comme ce qui se tient devant les yeux d'autrui, ce que l'on montre aux autres.

Notre visage en dit peut-être « long » pour l’autre mais reste muet pour soi. Il est simultanément ce qui voit et ce qui se fait voir sans pou-voir se regarder. En effet, mon miroir ne me dit rien, il me fige, se contente de circonscrire les contours de ce masque innervé par des rictus, des plis, des couleurs et sensations mêlées de chaud ou de froid. Pauvre Narcisse, que contemples-tu ?

Mais pour autant, le mouvement oculaire et le mouvement des lèvres, que j’effectue sans les voir ni même les vouloir quelquefois délivrent une sorte de « message » à autrui qui l’interprète tant bien que mal.

L’autre est-il joyeux, impassible, triste, indifférent, ailleurs ? Rien n'est certain mais tout est possible.

Absence de réversibilité- Une partie de mon être est incarnée dans cette façade, dans cette chair tout en m’étant prodigieusement inconnue, invisible. Mon visage résiste à toute ipséité, à toute auto-préhension et par là même se dérobe à toute tentative de saisie constituante.

S’il existe une traversée vers l’autre, celle-ci est à notre égard, sans point de retour.

Nos relations se réduisent-elles à des liens de façade ? Comment puis-je accueillir la présence de l’autre dans cette disproportion ?

Mais peut-être est-elle nécessaire pour fonder la différence, le dissemblable, l’altérité, insuffler l’échange communicationnel. Lorsque le manifeste, c’est-à-dire « ce qui apparait » littéralement se fait « dire » alors la subjectivité se déploie…s’affirme aussi.