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Difficile de pouvoir « se conduire » dans la vie lorsque des inclinations sinon opposées pour le moins différentes vous animent. Ecartelée entre l’inspiration philosophique et l’inspiration poétique, je me suis souvent demandé à quelle sensibilité je devais me soumettre le plus heureusement. L’argument le plus fort est celui de la qualité de mon adhésion au monde, plus précisément à ce caractère fécond qui provoque quelques élans intenses de jubilation.

De fait, c’est là mon sentiment, l’acte poétique est celui qui me ravit le plus joliment car il s’approprie réellement l’espace, les couleurs, la lumière, la profondeur des phénomènes comme purs apparaissants. L’extraordinaire est tout entier retenu dans ce renversement par l’imaginaire des perspectives qui de part en part, fracturent tous nos codes. Le poète écoute, peint, insuffle des vibrations sonores, voire mêmes ontophaniques dans les mots jusqu’à faciliter quelquefois les accès à ce que la raison refuse obstinément d’unir : une ombre blanche.

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La matière onirique du phénomène et la matière du mot se heurtent, puis résonnent dans l’espace d’une compréhension nouvelle qui se dilate dans l’infini cosmique. Le corps oublie peu à peu sa pesanteur terrestre, telle « une Sibylle sans gravité ».

Ici, l’intimité se fait chair.