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On ne sait pas ce que peut un corps. Celui du danseur s’approprie l’espace, il le dessine, le fait vibrer aussi. Si Nietzsche voit en Dionysos la plus belle figure du danseur, c’est probablement parce qu’au moment même où le corps explore l’espace, il nous rend léger et sourd aux miasmes de la foule désenchantée. Le corps dansant, dans son jeu de forces défait toute conscience fatiguée d’inquiétantes turbulences ou de fausses postures. Librement en proie à de nouvelles intensités, le corps déstratifié cisaille la temporalité, s’élance dans l’Aïon. Chronos gît, ventre à terre.

Dans son mouvement tourbillonnant le corps du danseur est évènement. Il s’immisce entre une forme éphémère d’effectuation et l’impossible retour d’un soi. Il expérimente l'insaisissable impermanence : celle d’une identité toujours différée.Jaillit peut-être alors le plus beau, le plus évaporeux des souffles : la liberté de l'entre deux...