hemingwayfitzgerald

Etrange amitié que celle qui se tissa entre Scott Fitzgerald et Ernest Hemingway. Deux écrivains, deux talents au style si différent. Pour autant, ils s’aimaient au risque de se détester parfois, mais faussement.  

« Dans Paris est une fête » Ernest Hemingway écrivait « le pis, c’est quand vous êtes séparé d’un ami par l’esprit ».

Avez-vous déjà éprouvé une forte connivence avec un être où tout ce qui vous relie dépasse la simple attirance physique, où quelque chose de singulier s’immisce dans un va-et-vient insistant qui anime une force de vie : une joie véritable.

Je ne sais pas si comme Scott Fitzgerald l’écrivait « tendre est la nuit », je crois que le jour aussi porte ses rayons de tendresse à condition que l’autre aussi partage votre passion pour l’acte qui, sans prétention, vous rend le mieux à vous-même.

Quinze années d’échanges épistolaires entre ces deux grands de la littérature américaine, passionnantes correspondances où se mêlent vérité et désespoir : désespérante vérité sans doute..

Scott aide Ernest à promouvoir ses écrits et réciproquement, même si cela ne durera pas. La mauvaise rencontre de Scott avec Zelda, l’alcool  comme unique breuvage et pharmacopée à son spleen existentiel auront raison de sa jeune vie.

Comment un ami peut-il aussi bien décrire celui qui représentait à ses yeux le talent par excellence de l’écrivain né : « Scott était un homme qui ressemblait à un adolescent dont le visage hésitait entre la joliesse et la beauté. Il avait des cheveux ondulés très blonds, un grand front, un regard vif et cordial et une bouche délicate, aux lèvres allongées, typiquement irlandaise, qui, dans un visage de fille, auraient été la bouche de la beauté. Cette bouche si troublante encore pour qui ne connaissait pas Scott et plus troublante encore pour qui le connaissait. »

Admiration, jalousie peut-être ici s’entremêlent dans une sensibilité à fleur de peau, à fleur de l’être. Scott se tenait sans balancier sur le fil du rasoir avec « ce goût de l’intensité au mépris du risque ». Ernest l’encouragea en vain à continuer d’écrire, mais le mal était déjà là, trop présent, trop puissant...

Ironie du sort Ernest Hemingway se suicida quarante années plus tard avec un fusil W. & C. Scott & sons.