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Certaines traductions en disent long…J’en veux pour preuve le titre du dernier ouvrage paru de Fernando Pessoa livre de l’inquiétude, de l’intranquillité ou que sais-je encore ?

Quel est donc ce fond amer qui ronge nécessairement le cœur des hommes, des poètes, des écrivains, des philosophes ?

D’aucuns s’acharnent à vouloir réaliser l’impossible, ils sculptent, ils imaginent leur image, ils la confondent avec une réalité qui jamais ne sera incarnée.

L’imaginaire et l’univers onirique combleront peut-être cette béance qui les nourrit et les tourmente. Fernando Pessoa affronte « son » réel : « Je ne suis rien. Ne serai jamais rien. Ne puis vouloir qu'être rien. A part ça, je possède en moi tous les songes du monde ».

Difficile projet, ambition ingrate, inadéquate qui sape toute assise d’une mer tranquille ou d’un rivage doux de l’existence.

Les mots de Cioran résonnent et lui répondent : « Je ne connais la paix que lorsque mes ambitions s'endorment. Dès qu'elles se réveillent, l'inquiétude me reprend. La vie est un état d'ambition. La taupe qui creuse ses couloirs est ambitieuse. L'ambition est en effet partout, et on en voit les traces ».

Faut-il s’échapper et fuir ce trou noir ? Pessoa s’aventure volontiers dans les intermondes de la création, du rêve aussi pour sentir mieux encore ce sujet inachevé, ce « je » qui est un autre.

Comment faire surgir cet être qui n’est pas le soi ordinaire, qui ne coïncide avec rien de connu mais de justement senti. Pessoa nous dit qu’il n’est ni dans l’acte d’écrire, ni dans le sujet qui lit, entre les deux peut-être.

Comment puis-je faire voler en éclats tous ces artifices pour libérer le « je » inconnu, le moi créateur ? L’hétéronomie du sujet est notre propre énigme. La réponse s’invente probablement en chemin.

Elle s’effectue et se vit au creux de cette insistance qui remonte comme un souffle, dans cette présence immanente où l’être et les choses se rencontrent et se réciproquent.