le "jargon" de l'authenticité

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Gérard Granel (était un philosophe français influencé à la fois par Marx et par Heidegger) et Martin Heidegger

Je rencontre souvent de fervents adversaires du courant philosophique que représente la phénoménologie. Les mêmes mots reviennent : confus, nébuleux, incompréhensible ou littérature pour « esprits légers ».

Je n’insiste plus pour tenter de rectifier ces points de vue, ou convaincre telle ou telle personne de l’intérêt de ce courant : qu’importe après tout ! Je garde cette idée en tête, j’ai eu la chance inouïe d’avoir d’excellents professeurs en la matière qui m’ont donné le goût pour effectuer certaines de ces lectures.

Etudiante en philosophie, je réfléchissais alors sur l’intérêt de cette nouvelle appréhension de notre relation au monde. Peut-être que le courant phénoménologique voulait simplement mettre fin à cette fantasmagorie théorique, à cette scission classique entre le sujet et l’objet, à cette construction totalement artificielle qui arrange dans le fond, plus d’un philosophe.

De fait, la phénoménologie raisonne sur l’apparaitre, sur la prééminence perceptive comme dévoilement du sens, d’une orientation de notre rapport-au-monde. Il y avait là, pensais-je, quelque chose qui me correspondait.

Pour autant, je n’aime pas tout, mais certains auteurs comme Maurice Merleau Ponty, Heidegger (texte sur l’art, sur la technique), ou des auteurs beaucoup plus contemporains comme Eliane Escoubas, Gérard Granel, Renaud Barbaras, Françoise Dastur savaient saisir ce qui au fond dans ces textes renvoyait, selon moi à l’essentiel.

Il est fort probable que c’est à l’empreinte sensitive et sensible au sens de l’aisthesis que préside toute saisie phénoménologique de la chose. Mais pour recevoir cet écho, il est nécessaire d’avoir inscrit en soi cet horizon expressif : véritable réceptacle des formes du sensible ». Prisonniers des « nouvelles » technologies, voici une pensée qui nous invite à revenir aux choses mêmes délestées de tout artifice, encore faut-il savoir se tenir dans cet ouvert..encore faut-il pouvoir éprouver cette intuition. Je me souviens d'avoir dit à ma professeure de l'époque ceci: "je crois que pour accéder au mouvement de la pensée de cet auteur (Sein und Zeit d' Heidegger notamment..), il faut renoncer à l'envisager sur le plan strictement conceptuel et se laissait envahir par ce flux, cette attitude si singulière que représente tout accueil.

C’est une joie silencieuse que de savoir revenir à l’originaire, à ce lien ténu qui se tisse entre moi et le monde, là où les choses peuvent toujours et encore éclore dans cette co-apparescence entre elles et moi et ce, dans un fleurissement éternel des humeurs.