lassitude

 

La lassitude est une étrange compagne, si familière, quelquefois sourde, mais toujours là.

Est-elle affaire de connaissance trop sue, trop perçue, trop vécue ou bien est-elle le fruit d’une décision qui affleure çà et là à la surface. L’achèvement de quelque chose se fait voir, peut-être pour commencer quelque chose de nouveau. Elle s’inscrit comme un pouvoir de métamorphose des êtres, des choses, une meta-representation.

Hier, tandis que je marchais dans une forêt saupoudrée des premières neiges, face aux géants rocheux, je sentis plus que jamais ce sentiment d’insignifiance de l’existence. Ce que je percevais me renvoyer à mon for intérieur, hors du temps, hors de toute spatialité objective nouée dans le secret de ma chair, de ma naissance aussi, il y a si longtemps.

 

Les sensations se dilatent pour rejoindre in fine l’immémorial. Ces parfums de l’ailleurs sont des filets qui ne retiennent rien. C’est un fait, les mailles s’effilochent avec le temps. Nous sommes les prisonniers de deux lignes de forces à l’opposé l’une de l’autre, et pourtant c’est dans ce tiraillement qu’il nous faut exister.

La question de l’unité revient comme un boomerang, comme cette volonté de réduire ou supprimer ce difficile antagonisme.

Et si ces deux chemins n’en faisaient qu’un pour s’ouvrir à un monde nouveau : rien d’autre que NOTRE monde, celui dans lequel nous croyons vivre. Ironie du sort, une pensée cioranesque  surgit comme une forme de réminiscence de «l’incon-venant d’être là ».