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Notre époque confond tout, elle confond malheureusement l’essentiel. L’obligation de télétravailler pour nombre d’entre nous est l’expérience même de cette confusion avec l’effacement des frontières entre le public et le privé et de l’intime si précieux. Dans cette nouvelle configuration, le sujet perd ses repères dans cet espace-temps qu’il ne connait pas, pire où il ne se reconnait plus.

Autrefois, cette frontière était nette, tranchée. Il y  avait le temps des êtres et des choses mortelles (objets de consommation, produits du travail) et celui des êtres et des choses immortelles. Nous pouvions observer que le domaine public que représente par excellence la politique se jouait strictement dans l’apparaitre, dans l’espace commun de la manifestation de notre engagement social, politique et donc public.

Le non politique résidait dans la sphère du privé, au sens ou privé signifiait la privation de quelque chose, en l’occurrence celle d’être vu. Nous préservions alors notre singularité, notre moi caché qui réalise notre unicité, creuset de notre « qui » irréductible à un « quoi », à cette insoutenable chosification qui opère aujourd'hui en sourdine.

Comment pouvons-nous faire monde avec cet anéantissement des frontières entre le public et l’intime ? Nous vivons probablement là « le mal le plus radical » de notre époque : préférer la destruction de l’individualité jusqu’à qu’elle devienne au même titre que le ferait toute forme de totalitarisme juste : superflue.